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    Le coroner remet en question l’interdiction des pitbulls

    3 octobre 2017 |Jeanne Corriveau | Montréal
    Le coroner s’interroge sur le fait que le projet de loi de Québec met l’accent sur les races de type pitbull, qui sont automatiquement déclarées «potentiellement dangereuses».
    Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir Le coroner s’interroge sur le fait que le projet de loi de Québec met l’accent sur les races de type pitbull, qui sont automatiquement déclarées «potentiellement dangereuses».

    Le coroner qui s’est penché sur le décès de Christiane Vadnais, attaquée par un chien à Montréal en juin 2016, estime que le gouvernement du Québec fait fausse route en interdisant les chiens de type pitbull dans son projet de loi déposé en avril. Selon le Dr Ethan Lichtblau, il n’a pas été démontré que cette stratégie était efficace pour réduire le nombre ou la gravité des morsures de chien.

     

    Dans son rapport rendu public lundi, le coroner Lichtblau recommande au gouvernement de clarifier la définition de chien dangereux dans sa loi et de créer un registre québécois afin de centraliser les données sur les signalements de blessures infligées par les chiens.

     

    Le chien qui s’en est pris à Christiane Vadnais le 8 juin 2016 était un American Staffordshire terrier à 87,5 %, selon le résultat d’analyse d’ADN. Le coroner Lichtblau indique cependant être incapable d’identifier formellement le chien comme étant un pitbull. Il décrit toutefois l’animal comme un chien « agressif et violent » qui avait attaqué d’autres personnes auparavant.

     

    L’autopsie a confirmé que le décès de Mme Vadnais était imputable aux morsures du chien de son voisin. Elle se trouvait dans sa cour arrière quand l’animal l’a attaquée, lui infligeant de profondes blessures aux bras et aux jambes. Très agressif à l’arrivée des policiers, le chien a été abattu par balles.

     

    La clôture de bois qui séparait la propriété de Mme Vadnais de celle de son voisin, où vivait le chien, comportait un gros trou, ont constaté les policiers sur place. Quant à la porte arrière de la maison du propriétaire du chien, elle était déverrouillée.

     

    L’animal n’en était pas à sa première attaque. Selon un rapport policier, ce chien s’en serait pris à deux amis du propriétaire le 26 octobre 2015.

     

    Ayant subi des blessures importantes à l’avant-bras, l’une des deux personnes avait dû être conduite à l’hôpital. L’autre n’avait subi qu’une blessure jugée mineure. Mais, note le coroner, la municipalité n’a jamais fait le suivi requis dans ce dossier.

     

    Chien violent

     

    Absent lors du drame, le voisin de Mme Vadnais avait été interrogé par les policiers à son retour à la maison ce soir-là.

     

    L’homme a indiqué que son chien était extrêmement « anxieux et agité en présence d’inconnus », mais il a assuré qu’il prenait bien soin de son animal.

     

    Les divers témoignages contredisent cependant cette version. Le chien semble être laissé seul à la maison pendant de longues heures et souvent enfermé dans une cage à l’extérieur, et personne n’a vu son maître promener ce chien dans le quartier, écrit le coroner. Tout porte à croire qu’il s’agissait d’un chien « extrêmement frustré, agressif et violent ».

     

    « Il semble qu’une combinaison tragique d’événements a amené Mme Vadnais à être simplement au mauvais endroit au mauvais moment. Entre autres, une absence prolongée du propriétaire du chien, un chien déjà connu très agressif, portant une muselière mal attachée, la porte du logement qui n’est pas bien fermée, un trou dans la clôture et une heure du jour où aucun voisin n’est autour pour lui prêter assistance », résume le coroner dans son rapport.

     

    « On peut se demander si cette attaque aurait pu être évitée si, en 2015, la municipalité impliquée avait effectué le suivi requis et pris des mesures appropriées. »

     

    Le coroner s’interroge toutefois sur le fait que le projet de loi 128 sur l’encadrement des chiens déposé par le ministre de la Sécurité publique en avril dernier met l’accent sur les races de type pitbull, qui sont automatiquement déclarées « potentiellement dangereuses », alors que les preuves recensées dans la littérature « démontrent que l’interdiction ne contribue en rien à diminuer la quantité ou la gravité des morsures de chien ».

     

    Précisons que l’American Staffordshire terrier fait partie de la classe des chiens pitbulls considérés comme potentiellement dangereux dans le projet de loi.

     

    Dans ses conclusions, le coroner recommande au ministère de la Sécurité publique de centraliser les signalements de blessures infligées par les chiens sur l’ensemble du territoire québécois, d’obliger l’enregistrement annuel de tous les chiens auprès des municipalités et de prévoir des dispositions pour privilégier la stérilisation des chiens, peu importe la race. Il lui demande également de clarifier les notions de « dangereux », « potentiellement dangereux » et « nuisible » qui s’appliquent aux chiens et aux propriétaires de chiens.

     

    La SPCA de Montréal a salué le rapport du coroner qui confirme sa position quant à l’inefficacité des lois ou règlements ciblant certaines races. Elle espère que Québec procédera à une révision importante du projet de loi 128.













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