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    Éditorial

    De l’utilité d’une opposition forte à Montréal

    Brian Myles
    25 septembre 2017 |Brian Myles | Montréal | Éditoriaux

    Le lancement de la campagne électorale marque l’occasion de réfléchir aux défis qui attendent les principales villes du Québec. Aujourd’hui : Montréal.


    Le maire de Montréal, Denis Coderre, cherche une majorité absolue au conseil municipal, et c’est précisément le problème. La démocratie montréalaise est à son summum lorsque les décisions prises par les élus résultent de débats et de compromis visant à assurer la primauté des intérêts citoyens sur ceux des partisans.

     

    Denis Coderre donnait le meilleur de lui-même, dans la première partie de son mandat, lorsqu’il était minoritaire au conseil. Il a dû se montrer sous ses plus beaux atours : ceux du politicien rassembleur, en « mode solution », et désireux de rendre sa fierté à Montréal. Il a réussi à rallier des pointures importantes, dont l’ancien chef de Projet Montréal, Richard Bergeron, et deux anciens piliers de Vision Montréal, Réal Ménard et Chantal Rouleau. Et la tendance se maintient. Cet été, Denis Coderre a consolidé ses appuis en attirant notamment Elsie Lefebvre et Lorraine Pagé.

     

    Si Denis Coderre tient autant à sa majorité absolue, c’est pour imposer son programme sans la moindre contestation. À deux tiers des voix au conseil, il pourrait mener à terme sa réforme du partage des pouvoirs entre les arrondissements et la ville-centre. La réforme vise à mettre les arrondissements que le maire ne contrôle pas à sa botte. Les arrondissements de Rosemont–La Petite-Patrie et du Plateau-Mont-Royal (deux bastions de Projet Montréal), pour ne nommer que ceux-là, seraient alors forcés de renoncer à leur façon singulière de dispenser les services publics, en privilégiant d’abord et avant tout les besoins de la population locale.

     

    Depuis l’épisode pénible des fusions et des défusions, les arrondissements montréalais sont perçus comme de petits royaumes. S’il est vrai que cette structure a entraîné des dédoublements de coûts, elle a cependant permis l’essor du principe de la décentralisation. La vie de quartier s’en est trouvée améliorée. Ce n’est pas un hasard si centralisation rime avec bureaucratisation. Au terme du règne de Jean Drapeau, Montréal était devenue une technocratie coupée de ses citoyens. Il faut reconnaître à Jean Doré et au Rassemblement des citoyens de Montréal le mérite d’avoir doté la métropole d’institutions axées sur la démocratie participative qui sont aux antipodes de la philosophie politique de l’actuel « omnimaire ».

     

    Denis Coderre est l’homme des grands projets, pour ne pas dire l’homme des promoteurs. Dans le dossier du réaménagement du parc Jean-Drapeau, il a fait passer les intérêts d’Evenko avant ceux des citoyens attachés à ce paradis perdu de verdure. C’est dans le dossier du grand prix de Formule E qu’il a manifesté les signes les plus inquiétants de son penchant autocratique. Les citoyens et les commerçants de Ville-Marie ont été pris en otage par une course dont ils ne voulaient pas, sans avoir l’impression que leurs doléances ont été entendues. Pire, le montant de la facture qui devra être assumée par les Montréalais pour la tenue de l’événement est encore inconnu. Par un drôle de hasard, le promoteur de la course, Montréal c’est électrique, ne dévoilera aucun chiffre avant les élections du 5 novembre. Il y a une expression pour qualifier un tel procédé : prendre les citoyens pour de parfaits imbéciles.

     

    Il est beaucoup trop tôt dans la course pour octroyer un appui à Denis Coderre ou l’en priver. La chef de Projet Montréal, Valérie Plante, est une femme pugnace, vive et intelligente. Elle donnera du fil à retordre au maire, qui le sait trop bien.

     

    La principale faiblesse de Mme Plante reste son manque de notoriété. Elle affronte un adversaire pour qui la politique est un concours de popularité permanent. La pente sera abrupte.

     

    D’entrée de jeu, M. Coderre a accusé Mme Plante de mener une campagne négative, comme si son irrépressible besoin d’amour populaire l’exemptait de toute critique. Ce n’est ni du dogmatisme ni de l’autoflagellation que de mettre en relief les échecs de son administration. Gestion chaotique des chantiers majeurs, intérêt limité et tardif pour les transports collectifs et la mobilité durable, proximité malsaine entre le cabinet du maire et la haute direction du SPVM et difficultés à contrôler la bête budgétaire font partie de la liste des insuccès du maire, ce qui n’enlève rien à ses qualités.

     

    Sa proximité avec les citoyens, sa vigilance en matière de lutte contre la corruption et la collusion et sa disponibilité sans limites ont grandement contribué à faire oublier le marasme des années Tremblay-Zampino. Par contre, son penchant pour la centralisation et la gestion de style autocratique inspirent de grandes réserves. S’il est réélu, il aura besoin d’une opposition forte, pour mettre en boîte ses instincts les moins nobles, et ce, dans l’intérêt des Montréalais.

     













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