Les automobilistes devront lever le pied à Montréal en 2018

La métropole réduira à 30 km/h la limite de vitesse dans ses rues résidentielles.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir La métropole réduira à 30 km/h la limite de vitesse dans ses rues résidentielles.

Montréal réduira à 30 km/h la limite de vitesse dans les rues résidentielles de tout son territoire, et le maire Denis Coderre somme les arrondissements de se conformer à cette règle au plus tard en 2018. Si certains d’entre eux sont récalcitrants, l’administration fera adopter un règlement pour les mettre au pas, a-t-il dit.

Dans la foulée de son adhésion au concept de Vision zéro, Montréal compte aussi abaisser à 40 km/h la limite de vitesse sur les grandes artères situées dans les quartiers centraux, alors qu’en périphérie la limite demeurera à 50 km/h.

Plusieurs arrondissements ont déjà implanté de telles mesures, parmi lesquels Rosemont–La Petite-Patrie, Le Plateau-Mont-Royal, Le Sud-Ouest et Lachine, mais par souci de cohérence, Denis Coderre souhaite étendre les nouvelles limites à l’ensemble des arrondissements. « Les probabilités de décès sont de 85 % lors d’une collision à 50 km/h et diminuent à 30 % lors d’une collision à 40 km/h », a expliqué le maire.

« S’il y a trop de récalcitrants, on fera comme d’habitude : on harmonisera et la ville centre ira chercher un règlement pour s’assurer que ça s’implante partout », a prévenu M. Coderre.

Cette mesure figurait parmi les 30 recommandations formulées en mai dernier par la commission des transports qui s’est penchée sur la cohabitation entre les différents usagers de la route. Le comité exécutif se prononcera éventuellement sur les autres recommandations, dont celles touchant les véhicules lourds.

L’opposition a salué la décision de l’administration, tout en faisant remarquer que celle-ci était « à la remorque » des trois arrondissements dirigés par Projet Montréal qui ont déjà abaissé les limites de vitesse. La conseillère Marianne Giguère craint toutefois que les nouvelles règles ne soient pas assorties d’aménagements physiques, tels que des saillies de trottoir.Seule, la signalisation est peu efficace et nécessite des mesures de coercition, a-t-elle fait remarquer : « Il faut que l’environnement induise le comportement. »

De son côté, le maire d’Anjou, Luis Miranda, ne croit pas aux vertus d’une application unique de limites de vitesse à 30 km/h. « On risque de créer des trappes à amendes », dit-il. Selon lui, il eût mieux valu appliquer des mesures d’apaisement aux endroits problématiques. À titre d’exemple, il mentionne l’implantation récente d’une limite de vitesse à 30 km/h sur la rue Beaubien, dans Rosemont–La Petite-Patrie, une mesure qu’il juge « déraisonnable ».

Les saillies efficaces

La réduction de la limite de vitesse est toutefois accueillie avec enthousiasme par le Centre d’écologie urbaine de Montréal ainsi que par la Direction de la santé publique (DSP) de Montréal. « La réduction du volume ou de la vitesse est une mesure efficace », rappelle Patrick Morency, médecin en santé communautaire à la DSP. Généraliser cette mesure pourrait avoir un « impact énorme », selon lui.

Mais les aménagements tels que les saillies de trottoir et les dos-d’âne ont aussi fait leurs preuves. Dans le cadre de son mémoire de maîtrise présenté en décembre dernier, Ronaldo Cândido a examiné les statistiques de blessés dans quatre arrondissements, soit le Plateau, Mercier–Hochelaga-Maisonneuve, Ahuntsic-Cartierville et Rosemont–La Petite-Patrie. Son étude a démontré que l’implantation de saillies de trottoir a réduit de 23 % le nombre de piétons blessés aux intersections et de 54 % le nombre d’occupants de véhicules blessés entre 2000 et 2014. Les dos-d’âne ont pour leur part diminué de 6 % le nombre de blessés chez les piétons et de 54 % chez les automobilistes.

La décision de l’administration Coderre pourrait inciter d’autres villes à lui emboîter le pas. C’est le cas de Longueuil et de Mont-Royal. « On va étudier la situation et en discuter lors d’un prochain conseil », a indiqué le maire de Mont-Royal, Philippe Roy.

6 commentaires
  • Jean Richard - Abonné 5 juillet 2017 10 h 57

    On ne va que rarement jusqu'au bout

    Un des traits particuliers de l'administration municipale actuelle, c'est de vous en mettre plein la vue, mais de ne jamais aller jusqu'au bout. Ainsi le veut l'électoralisme : multiplier les projets paraît toujours mieux que de mener à terme ceux qu'on a déjà entrepris. Et lorsque ces projets ont abouti à de nouvelles règles, on ne s'est jamais assuré qu'elles étaient respectées.

    Quelques exemples

    Il y a plusieurs années, on avait mis en vigueur sur le territoire de la défunte CUM une règle qui interdisait de laisser tourner les moteurs des véhicules au ralenti (plus de 3 ou 4 minutes). Cette règle est rapidement tombée dans l'oubli jusqu'à ce que Montréal la reprenne pour bien paraître lors d'une rencontre internationale sur l'environnement. Des moteurs qui tournent au ralenti, on en voit chaque jour, à commencer par les autobus de la STM qui font des pauses de 20 minutes en fin de parcours.

    L'interdiction de stationner à moins de 15 mètres d'une intersection ? Ça fait partie du CSR depuis des lustres mais au quotidien, on voit des dizaines de voitures stationnées à 3, 2 ou même 1 mètre d'une intersection.

    La sécurité des piétons ? À l'intersection de Jean-Talon et de Clark, côté sud-ouest, un panneau publicitaire cache la vue des piétons aux automobilistes qui tournent à droite sur Clark. Pour les piétons, c'est une intersection périlleuse (et passablement fréquentée). Ce panneau qui cache la vue, on le doit à la STM et à Vidéotron.

    Et encore ? On en est encore à aménager, à grands frais, le petit parc Shamrock près du marché Jean-Talon. C'est apprécié (et joli), mais quand on arrive au bout et qu'on veut traverser le boulevard Saint-Laurent, ou bien on fait un grand détour, ou bien on se livre à un exercice périlleux (même si la limite de vitesse théorique vient d'y être abaissée, il y a des gens dans le quartier qui adorent les Ferrari).

    Une forêt de panneaux [ Maximum 30 ] ? Poudre aux yeux !

    • Jean Richard - Abonné 5 juillet 2017 11 h 12

      Des règles non respectées, c'est souvent la norme. Des aménagements mal conçus qui ont une incidence négative sur la sécurité des piétons et des cyclistes, il y en a à la tonne et même si les gens les signalent, ils ne sont guère écoutés.

      Il arrive même que les employés de la Ville fassent des bouffons d'eux-mêmes. Rue Saint-Denis dans Rosemont-Petite-Patrie, on avait placé sur le bord du trottoir un détecteur de vitesse des véhicules (petit radar doppler). C'est assez efficace pour réduire un peu la vitesse. Au bout de peu de temps, l'appareil a cessé de fonctionner. Pourquoi ? Il était alimenté par des panneaux solaires qu'on avait placés à l'ombre d'un gros arbre. Il a fallu plusieurs mois avant qu'on l'enlève. Les panneaux solaires des parcmètres, on s'assure qu'ils sont bien exposés au soleil, mais ceux des avertisseurs d'excès de vitesse, on les place à l'ombre. Génial !

      Alors, à qui profiteront d'abord et avant tout les milliers de panneaux sur lesquels ont effacera 50 pour y inscrire 40 ou 30 ?

    • Philippe Hébert - Abonné 7 juillet 2017 16 h 27

      L’article 386 du Code de la sécurité routière stipule qu’aucun véhicule ne doit être stationné à moins de cinq mètres (pas quinze) d’une intersection.

  • Pierre Beaulieu - Abonné 5 juillet 2017 11 h 35

    Limites de vitesse

    Montréal qui est déjà embourbée... bonne chance !
    Bienvenue les amendes pour vitesse excessive !
    Pas si bête le maire de la ville aux cônes oranges.

  • Maxim Bernard - Abonné 5 juillet 2017 14 h 55

    Qu'on commence par les appliquer

    Tant qu'à baisser ça à 30 et tolérer jusqu'à 40, qu'on applique 40 quand c'est 40, pas 50.

    De toute façon, à bien des endroits, particulièrement dans les quartiers peu denses, 30 km/h pour les rues résidentielles, c'est ridicule compte tenu de la largeur des rues et du peu de piétons.

    Autre problème : on sévit contre les excès de vitesse, mais jamais contre le «talonnage». Tous ceux qui tentent de suivre les limites en témoigneront : il y a toujours un imbécile qui va nous talonner. Ça en devient dangereux et on doit, par mesure de sécurité, excéder la limite de vitesse, puisque ne pas suivre l'allure de la circulation est beaucoup plus dangereux.

    Je crains que les limites soient encore moins prises au sérieux si on les abaisse excessivement. Quand les limites sont raisonnables, plus de gens les respectent.

    Laval a récemment ajusté ses limites, et les a augmentées à 60 km/h sur certains grands axes, et abaissées à 40 km/h dans les rues résidentielles. C'est beaucoup plus raisonnable que la proposition montréalaise.

  • Philippe Hébert - Abonné 7 juillet 2017 16 h 52

    Je vis dans le Sud-Ouest depuis 32 ans, et depuis plusieurs année on voit que l'arrondissement travaille fort pour mieux protéger les piétons.

    L'élargissement des trottoirs aux intersections problématiques est une bonne chose. On ne peut plus non plus se garer à moins de 5 mètres d'une intersection, le règlement du CSQ est désormais appliqué, c'est également une très bonne chose, on voit beaucoup mieux les piétons ou les cyclistes arriver aux intersections.

    Cependant, ici depuis au moins 1 an les artères ont une limite de 30 km/h. Le constat est que ça n'a rien changé. Les voitures circulent toujours à 50km/h (l'ancienne limite étant 40). Peut-être que les gens doivent s'habituer, comme lors du passage de 50 à 40 il y a dix ans, mais j'en doute fort. Il y a une limite à la vitesse minimum qu'on peut rouler sur une artère. Une artère est inter-arrondissement, elle sert à la fluidité dans la ville.

    Pourquoi ne pas simplement réduire la limite à 30km/h seulement entre certaines heures durant la journée? J'ai vu ça dans de petites municipalités en Montérégie le long de la 132. C'est beaucoup plus intelligent.

    Si vous pensiez que Montréal avait beaucoup de bouchons de circulation, avec une limite de 30 km/h sur une artère, vous n'avez encore rien vu.

    Attendez de voir les prix en magasins augmenter avec les coûts en transport de marchandises exploser. Après on va dire que les familles quittent Montréal.

    La moitié de la population montréalise est sur le b.s. ou très démunie, ça va juste faire en sorte d'augmenter drastiquement leur facture d'épicerie et autres biens pour faire plaisir aux groupies d'extrême gauche.