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    Des vestiges du Petit séminaire de Montréal détruits

    15 mai 2017 |Jeanne Corriveau | Montréal
    Jeudi dernier, les pelles mécaniques se sont attaquées aux vieux murs de pierre du Petit séminaire, construit en 1807.
    Photo: Marc-Antoine Arel Jeudi dernier, les pelles mécaniques se sont attaquées aux vieux murs de pierre du Petit séminaire, construit en 1807.

    Alors que Montréal fête son 375e anniversaire cette semaine, les derniers vestiges du Petit séminaire viennent d’être presque totalement détruits, rue Saint-Paul Ouest. Jeudi dernier, les pelles mécaniques ont arraché la plupart des restes des fondations du bâtiment datant de 1807 afin de faire place à un projet d’immeuble en copropriété.

     

    Jeudi matin, on pouvait encore voir les murs de pierre exhumés du sol, mais plus tard dans la journée, les pelles mécaniques s’y sont attaquées. Du Petit séminaire qui a accueilli des cohortes d’étudiants au début du XIXe siècle, parmi lesquels George-Étienne Cartier, il ne reste que quelques artefacts et des pierres.

     

    Ce collège avait été construit par les sulpiciens après que le château de Vaudreuil où logeait le Collège de Montréal (Collège Saint-Raphaël) eut été détruit par un incendie en 1803. Le Petit séminaire a accueilli des élèves jusqu’en 1861 avant d’être transformé en entrepôt. Malgré quelques incendies, l’aile ouest a survécu et a même logé une entreprise de saucisses pendant quelques années.

     

    Site non protégé

     

    Rien ne semblait pouvoir empêcher la disparition de ce qui subsistait du Petit séminaire. Le terrain qui se trouve à l’angle des rues Saint-Paul et Saint-Henri est situé à l’extérieur du périmètre du Site patrimonial déclaré de Montréal (Vieux-Montréal). Il ne s’agit pas d’un site protégé au sens de la loi, ni au provincial ni au municipal, précise-t-on à la Ville de Montréal.

     

    En janvier dernier, le ministère de la Culture a délivré un permis de recherche archéologique. « La préoccupation du ministère dans ce cas-ci est de s’assurer qu’un maximum d’information sur le site soit documenté par la firme d’archéologie », a indiqué par courriel Annie LeGruiec, porte-parole du ministère.

     

    Il faut dire que les vestiges étaient limités. Selon les archives consultées par Le Devoir, la démolition du Petit séminaire avait été entreprise en 1975 avant d’être suspendue à la suite des protestations du mouvement Sauvons Montréal. Le ministre des Affaires culturelles de l’époque avait alors signé un avis d’intention de classement. Mais visiblement, il n’a pas donné suite à cette volonté de préserver le bâtiment.

     

    En juin 1980, les derniers murs sont tombés, pris d’assaut par une grue mécanique après que la Ville eut délivré un permis de démolition. L’aile ouest qui subsistait était en mauvais état, mais elle « offrait encore un grand intérêt historique et architectural et véhiculait avec elle toute une période de l’histoire », peut-on lire dans Le Devoir du 21 juin 1980.

     

    Recouvert de gravier, le terrain a par la suite servi de stationnement de surface.

     

    Projet immobilier

     

    Sur le site, le promoteur Prével a l’intention de réaliser un projet immobilier baptisé 21e Arrondissement qui comportera des copropriété, des unités locatives et des espaces commerciaux.

     

    Prével a eu recours à des archéologues et indique avoir travaillé étroitement avec le ministère de la Culture qui « suivait pas à pas les recherches qui étaient faites ».« Rien n’a été trouvé qui pourrait justifier d’arrêter le chantier, souligne Laurence Vincent, vice-présidente vente et marketing chez Prével. « Il a été déterminé que ce n’était pas à valeur de conservation. Donc, les archéologues vont nous remettre un rapport d’ici un an avec tous les artefacts et les informations qu’ils ont trouvés. » Parmi ces artefacts figure un escalier qui sera conservé, dit-elle.

     

    Un quartier ancien

     

    « Un cas comme celui-ci nous ramène à un dilemme qui est encore à résoudre : comment développer des projets en sachant qu’il y a un potentiel archéologique dans le site lui-même ? » souligne Dinu Bumbaru, directeur des politiques chez Héritage Montréal.

     

    Situé entre le Vieux-Montréal et Griffintown, le Faubourg des récollets compte plusieurs bâtiments d’intérêt patrimonial, mais également des zones dévitalisées avec des stationnements à ciel ouvert.

     

    « On est dans un secteur qui a été dévasté sur le plan du patrimoine bâti. On avait un grand espoir de réparer le tissu urbain par des constructions. C’est en train de se faire aujourd’hui avec la Cité du multimédia et les projets résidentiels », dit M. Bumbaru. « Réparer les abords du Vieux-Montréal, c’est bien, ça veut dire qu’on va avoir un quartier extrêmement ancien, mais qui va avoir l’air tout neuf. »

     

    Dinu Bumbaru soutient que, sous l’administration de Jean Doré, il avait été question d’aménager un parc sur le site de l’ancien Petit séminaire compte tenu du potentiel archéologique.

     

    Prével aménagera un square aux abords du futur immeuble. Ce square sera privé, mais accessible à tous. Le promoteur promet d’y intégrer l’escalier ainsi que des vieilles pierres. Le lobby de l’immeuble comportera aussi une inscription expliquant l’évolution du site.

     

    « Comme les pouvoirs publics ont un peu abdiqué ce genre de fonction, il faut compter sur les promoteurs », fait remarquer Dinu Bumbaru.













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