Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Amis du Devoir
    Connectez-vous
    Montréal

    Le remorquage est infiltré par le crime organisé

    Intimidation et violence, vol de voitures et trafic de drogue font partie du quotidien de l’industrie

    25 avril 2017 |Jeanne Corriveau | Montréal
    Le crime organisé aurait graduellement pris le contrôle de certains secteurs du remorquage, dont celui des véhicules accidentés.
    Photo: iStock Le crime organisé aurait graduellement pris le contrôle de certains secteurs du remorquage, dont celui des véhicules accidentés.

    Le crime organisé contrôle certains secteurs du remorquage à Montréal, révèle le Bureau de l’inspecteur général (BIG) dans un rapport déposé au conseil municipal lundi. Les actes de violence, les menaces et l’intimidation sont pratiques courantes dans cette industrie pour protéger les territoires, a constaté Me Denis Gallant.

     

    Après avoir reçu des signalements concernant le remorquage lors d’opérations de déneigement, l’équipe de l’inspecteur général a décidé d’élargir son enquête aux autres contrats accordés par la Ville de Montréal en matière de remorquage.

     

    Les découvertes du BIG sont alarmantes. Le crime organisé, qu’il s’agisse des Hells Angels ou de la mafia italienne, aurait graduellement pris le contrôle de certains secteurs du remorquage, dont celui des véhicules accidentés. Montréal n’ayant pas accordé de contrats d’exclusivité depuis février 2016 pour ce secteur, des entrepreneurs auraient la mainmise sur certaines zones.

     

    « La quasi-totalité des secteurs est aujourd’hui contrôlée, en tout et en partie, par au moins une compagnie reliée d’une façon ou d’une autre au crime organisé. Parfois, les dirigeants des compagnies de remorquage sont eux-mêmes membres de ces organisations criminelles », note le BIG dans son rapport. Et le crime organisé est présent dans 18 des 19 arrondissements montréalais, note le BIG.

     

    Activités parallèles

     

    Pour garder la mainmise sur un territoire, certains entrepreneurs utiliseraient des méthodes fortes. « Un climat de violence et de représailles règne sur l’industrie : afin d’acquérir ou encore de « protéger » les secteurs qu’ils estiment être les leurs, les entrepreneurs usent de menaces, ont recours à l’intimidation et posent des actes de violence [voies de fait, vandalisme, incendies d’équipements] à l’égard de leurs compétiteurs », indique le BIG.

     

    En cours d’enquête, le BIG a également découvert que le remorquage favorisait les « activités parallèles ». Ainsi, des témoins ont affirmé que certains chauffeurs de remorqueuses se livraient au trafic de stupéfiants, au vol de voitures, au proxénétisme, au blanchiment d’argent et au prêt usuraire.

     

    Dans d’autres cas, les dirigeants sont appuyés par le crime organisé, ce qui leur permet d’avoir l’assurance de pouvoir opérer de façon exclusive dans des secteurs donnés sans crainte de représailles des concurrents. Mais l’appui du crime a un prix. Ainsi, le propriétaire d’une entreprise a reconnu avoir versé entre 500 $ et 700 $ par semaine pour être appuyé par un membre influent des Hells Angels. Un entrepreneur a payé jusqu’à 150 $ par véhicule remorqué.

     

    Différentes tactiques

     

    Les entrepreneurs qui ont osé remorquer un véhicule dans une zone déjà sous le contrôle du crime organisé en auraient subi les conséquences : vandalisme et garages et remorqueuses incendiés, ont indiqué des témoins. Des différends se règlent parfois sur le terrain à « coups de tapes sur la gueule » ou de « coups de chaînes », ont-ils relaté. Une tactique utilisée consiste aussi à encercler une remorqueuse par 3 à 5 remorqueuses d’un concurrent. Certains chauffeurs garderaient même des armes à feu dans leur remorqueuse.

     

    Les remorqueurs utilisent aussi d’autres moyens pour obtenir le contrôle de certains secteurs : l’un d’eux a dit avoir déboursé 80 000 $ pour acheter un secteur alors qu’un autre a dû payer 120 000 $ pour acheter la compagnie d’un tiers.

     

    Le domaine de la location de remorqueuses est pour sa part entaché par la collusion, précise le BIG. Plusieurs entrepreneurs communiquent entre eux pendant le processus de soumission pour s’informer mutuellement de leurs intentions.

     

    L’inspecteur général déplore l’absence de contrats d’exclusivité dans le domaine des véhicules accidentés. Il recommande notamment que dans ce secteur, les contrats soient octroyés par appel d’offres et que des enquêtes de sécurité soient effectuées systématiquement sur les entreprises et leurs dirigeants.

     

    Il presse également la Ville de poursuivre le rapatriement des compétences en matière de remorquage au conseil d’agglomération.

     

    Le Far West

     

    Le maire Denis Coderre a fait valoir que son administration avait déjà entrepris des démarches pour modifier l’environnement dans lequel évolue cette industrie. En 2016, l’administration a demandé que le remorquage, qui était encadré jusque-là par le Bureau du taxi de Montréal, soit transféré au Service de police de la Ville de Montréal (SPVM). Et en février dernier, l’agglomération a adopté une résolution pour uniformiser l’octroi des contrats à l’échelle de l’île. Cette mesure nécessitera toutefois l’autorisation de Québec, a-t-il indiqué.

     

    « Ça m’écoeure », a commenté le maire au sujet de l’infiltration du crime organisé dans l’industrie du remorquage. « C’est sûr que quand tu regardes ça, c’est effrayant. Moi, je suis ici pour faire le ménage. Ça nous prend des politiques de gestion contractuelle et d’approvisionnement harmonisées. Tu ne peux pas en avoir 19 différentes politiques. »

     

    L’opposition à l’hôtel de ville reproche à l’administration d’avoir cessé d’octroyer des contrats d’exclusivité et laissé Montréal devenir un Far West du remorquage. « Le maire Coderre avait promis qu’il allait mettre de l’ordre dans tout à Montréal et qu’on allait mettre fin à la corruption. Manifestement, depuis les quatre dernières années, ce n’est pas ça qui s’est passé dans l’industrie du remorquage. C’est le contraire. La situation a empiré », a constaté le conseiller de Projet Montréal Alex Norris. Selon lui, la Ville devrait envisager de confier le remorquage aux ressources internes.

     

    De son côté, le Bureau du taxi de Montréal, qui avait la responsabilité d’encadrer l’industrie du remorquage, a indiqué que son rôle était limité à l’application du règlement comme la vérification de la validité des permis et des vignettes.

     

    La Commission sur l’inspecteur général analysera le rapport du BIG avant de faire ses recommandations à l’administration.













    Envoyer
    Fermer
    Les plus populaires


    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.