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    Procès pour fraude

    Michael Applebaum était méfiant

    16 novembre 2016 |Jeanne Corriveau | Montréal
    Michael Applebaum entre dans la salle du palais de justice de Montréal en compagnie de son avocat.
    Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Michael Applebaum entre dans la salle du palais de justice de Montréal en compagnie de son avocat.

    Enregistré à son insu par son ancien directeur de cabinet, Michael Applebaum s’est avéré un interlocuteur méfiant. Au 2e jour du procès de l’ex-maire par intérim de Montréal accusé de fraude envers le gouvernement et d’abus de confiance, la Couronne a fait entendre les enregistrements audio de conversations au cours desquelles Hugo Tremblay a tenté de soutirer des aveux de son ancien patron.

     

    Le témoin-clé de la Couronne, Hugo Tremblay, a accepté de collaborer avec la police et, à deux occasions, il a consenti à porter des micros sur lui alors qu’il essayait de forcer Michael Applebaum à se compromettre au sujet d’actes allégués de corruption auxquels l’ex-maire de l’arrondissement de Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce se serait livré.

     

    Une mission difficile

     

    La première conversation s’est déroulée le 2 mai 2013 dans la voiture du témoin. Selon le scénario convenu avec les policiers, Hugo Tremblay a informé Michael Applebaum que des enquêteurs de l’escouade Marteau avaient sonné à sa porte le matin même et avaient sollicité une rencontre avec lui. Hugo Tremblay devait alors tenter de faire réagir Michael Applebaum dans l’espoir de l’amener à faire des aveux.

     

    La mission n’était pas aisée, a reconnu Hugo Tremblay lors de son témoignage mardi. « Le gars est intelligent », a-t-il dit en soulignant que Michael Applebaum était méfiant et agissait comme s’il était toujours sous écoute. Dans l’enregistrement présenté au tribunal, Hugo Tremblay se dit inquiet, mais Michael Applebaum tente de le rassurer et répond que les enquêteurs de l’escouade Marteau rencontrent « tout le monde » au sujet des factures de la firme Octane. Il ajoute que tous les élus qui ont été rencontrés par l’Unité permanente anticorruption (UPAC) ont été interrogés sur « toutes sortes de choses » et qu’Hugo Tremblay sera probablement questionné sur les campagnes de financement politique. « Y’a rien là », soutient Michael Applebaum.

     

    «Bouleversé»

     

    Hugo Tremblay relate s’être senti « bouleversé » après cette rencontre : « Tu viens de confronter quelqu’un que tu aimes. Émotionnellement, c’est difficile. »

     

    La seconde rencontre a lieu le jour suivant, à la résidence de Michael Applebaum. Hugo Tremblay signale un événement « étrange » : au moment où il s’assoit sur le divan, Michael Applebaum tâte ses épaules et son dos à la hâte comme s’il cherchait des micros.

     

    Cette fois, Hugo Tremblay tentera d’accentuer la pression sur Michael Applebaum et lui expose les soupçons des policiers. Il évoque plusieurs noms, mais il ne parle pas ouvertement des dossiers qui les concernent, soit le projet immobilier de la rue Troie et le contrat de gestion du Centre aquatique de Notre-Dame-de-Grâce, pour lesquels ils auraient tous deux touché des pots-de-vin totalisant 55 000 $.

     

    À plusieurs reprises au cours de la conversation, Michael Applebaum s’exclame : « C’est complètement ridicule ! » Et en anglais, il ajoute qu’avant de porter des accusations, il faut que les policiers « voient » l’argent.

     

    La troisième conversation enregistrée se déroule le 10 juin 2013 par téléphone. Hugo Tremblay doit faire croire à Michael Applebaum qu’il est sur le point de « craquer » et de consentir à collaborer avec la police. Cette fois, il lui parle de Patrice Laporte, ex-vice-président chez Dessau, qui, prétend-il, aurait accepté de collaborer avec les policiers.

     

    Patrice Laporte avait été l’un des interlocuteurs d’Hugo Tremblay lorsque celui-ci a voulu obtenir un pot-de-vin de Sogep, une filiale de Dessau, dans le dossier du Centre aquatique. « Je ne comprends pas de quoi tu me parles », rétorque Michael Applebaum avant d’ajouter : « Si vous avez fait quelque chose d’illégal, tu dois prendre tes responsabilités. »

     

    Jamais au cours de ces trois conversations, Hugo Tremblay n’a été en mesure de tirer d’aveux de Michael Applebaum, mais il a suscité l’inquiétude chez lui, a affirmé le témoin devant le tribunal : « Je vois clairement qu’il fuit la réalité. »

     

    Témoin contre-interrogé

     

    La contre-interrogation du témoin a débuté en après-midi. L’avocat de M. Applebaum, Me Pierre Teasdale, a longuement questionné Hugo Tremblay sur les liens d’amitié qu’il a développés avec le policier Luc Lamy et les nombreuses communications qu’ils ont eues avec lui jusqu’en juillet 2016. « Ça me sécurisait d’avoir des contacts sur une base fréquente », a expliqué Hugo Tremblay en invoquant les moments difficiles qu’il traversait.

     

    Aucun chef d’accusation n’a été retenu contre Hugo Tremblay. Son contre-interrogatoire se poursuivra mercredi.

     

    Arrêté en juin 2013, Michael Applebaum fait face à 14 chefs d’accusation, dont fraude envers le gouvernement, complot, abus de confiance et actes de corruption dans les affaires municipales.













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