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    Montréal accusée de censure

    L’administration Coderre refuse le choix d’un site pour exposer une oeuvre en croix de peur de heurter des sensibilités religieuses

    22 septembre 2016 |Jeanne Corriveau | Montréal
    «La croix du mont Royal», de Pierre Ayot, lors de l’événement Corridart (1976).
    Photo: Gabor Szilasi Succession Pierre Ayot SODRAC «La croix du mont Royal», de Pierre Ayot, lors de l’événement Corridart (1976).

    Quarante ans après le démantèlement de Corridart, la réplique de l’une des oeuvres de cette exposition fait des vagues. La copie de La croix du mont Royal de Pierre Ayot, qui devait être installée aux abords de l’avenue du Parc ces jours-ci, devra changer de lieu, l’administration Coderre ayant jugé que le site choisi n’était pas approprié et que l’oeuvre pourrait heurter des sensibilités religieuses.

     

    Dans le cadre d’une rétrospective des oeuvres de l’artiste Pierre Ayot (1943-1995) présentée à la Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) et dans plusieurs autres lieux de diffusion, la réplique de La croix du mont Royal devait être exposée jusqu’en décembre sur la pelouse du côté est de l’avenue du Parc, au nord de l’avenue des Pins. L’oeuvre présentant la croix du mont Royal couchée sur son flanc faisait partie de l’exposition Corridart dont l’ex-maire Jean Drapeau avait ordonné le démantèlement pendant la nuit du 13 juillet 1976, à quelques jours des Jeux olympiques de Montréal.

     

    Or, l’administration Coderre estime que le site choisi pour exposer l’oeuvre, soit devant le mur du couvent des Religieuses hospitalières de Saint-Joseph, ne convient pas. « Il y a une question de sensibilité religieuse qu’on a vue comme potentielle », a indiqué au Devoir l’attaché de presse du maire Coderre, Marc-André Gosselin. La Ville reproche notamment aux promoteurs du projet d’avoir omis de consulter la Congrégation religieuse.

     

    Censure ?

     

    Au cabinet du maire, on se défend de vouloir censurer l’oeuvre ou les artistes derrière le projet, mais on avance n’avoir été informé du projet que tout récemment. « On a réalisé que la démarche de sensibilisation auprès des différents acteurs n’avait pas été faite. On n’est pas contre l’oeuvre ou contre les artistes, mais on a pris nos responsabilités », a expliqué M. Gosselin.

     

    Selon l’administration, la proximité de l’oeuvre avec le couvent des Religieuses hospitalières de Saint-Joseph est problématique. Même 40 ans plus tard, on estime que la croix du mont Royal couchée sur le côté pouvait potentiellement heurter certaines personnes dans le contexte du « vivre-ensemble ».

     

    Le Bureau d’art public de la Ville de Montréal a pourtant donné son accord au projet, ayant même promis une aide financière de 10 000 $, tout comme le Conseil des arts de Montréal, qui a accordé une subvention de 5000 $. Même le ministère de la Culture a donné son autorisation puisque la croix sera installée dans le périmètre du Site patrimonial du mont Royal. Pour sa part, l’arrondissement du Plateau-Mont-Royal a déjà délivré un permis pour la tenue de l’événement.

     

    Consultation

     

    Les commissaires responsables du dossier, Nicolas Mavrikakis — qui est également critique d’art au Devoir — et Marthe Carrier, directrice de la galerie B-312, sont atterrés par la tournure des événements. Lors d’une rencontre d’urgence à l’hôtel de ville vendredi dernier, à quelques jours du début de l’installation de l’oeuvre, les fonctionnaires de la Ville auraient invoqué un problème d’acceptabilité sociale et demandé que les organisations et citoyens susceptibles d’être incommodés par l’oeuvre, dont l’Archevêché de Montréal et les Religieuses hospitalières, soient consultés dans le cadre d’une « médiation »

     

    « Donc, ça veut dire que ce sont eux qui décident ? C’est l’Archevêché et les religieuses qui vont décider si on a le droit de montrer une oeuvre d’art public en 2016 à Montréal ? » s’indigne Nicolas Mavrikakis, qui travaille sur le projet depuis deux ans.

     

    M. Mavrikakis affirme qu’il n’était pas dans son intention de remettre en question la religion. « Mon but, c’était de montrer la croix parce que personne ne l’a vue. Et c’était aussi de l’installer à côté de l’Hôtel-Dieu pour faire réfléchir sur la question du patrimoine religieux et de l’usage qu’on fera de l’Hôtel-Dieu », explique-t-il. Selon lui, la proximité du mont Royal est primordiale.

      

    « C’est Corridart 2. On a l’impression de vivre une censure très claire parce que le sujet serait soi-disant sensible, mais ce n’est même pas notre but », ajoute-t-il.

     

    Place Émilie-Gamelin

     

    Marc-André Gosselin affirme que c’est d’un commun accord que Denis Coderre et le maire du Plateau-Mont-Royal, Luc Ferrandez, ont convenu de déplacer l’oeuvre, l’arrondissement du Plateau ayant offert de l’installer dans un de ses parcs. « Ni le maire Ferrandez ni le maire de Montréal ne trouvent que la place originale est une bonne idée », a répété M. Gosselin au Devoir mercredi.

     

    Luc Ferrandez dément catégoriquement cette affirmation. « On avait déjà accordé un permis. C’est par crainte de voir le projet ne pas se réaliser qu’on a suggéré de déplacer l’oeuvre dans un autre lieu », a-t-il expliqué.

     

    Selon lui, il est inconcevable qu’en 2016, la Ville invoque des préoccupations d’ordre religieux pour bloquer le projet. S’il ne parle pas de censure, M. Ferrandez estime que l’administration Coderre fait de l’ingérence.

     

    Le maire Denis Coderre propose maintenant que la place Émilie-Gamelin accueille l’oeuvre. « C’est le meilleur endroit pour ça. Ça concorde avec la stratégie d’art public. C’est au coeur du Quartier des spectacles et à côté de la Bibliothèque nationale qui va présenter une exposition sur Pierre Ayot », a expliqué M. Gosselin.

     

    Le cabinet du maire Coderre assure que la promesse d’une subvention de 10 000 $ sera respectée malgré la controverse.

     

    Des réticences

     

    Joints par Le Devoir, l’Archevêché de Montréal et les Religieuses hospitalières ont indiqué ne pas avoir été informés du projet.

     

    L’Archevêché de Montréal n’entend pas prendre position, mais les Religieuses hospitalières ont exprimé quelques réserves. « Comme Religieuses hospitalières dont la congrégation est liée à la fondation de cette ville, nous serions très mal à l’aise de voir cette oeuvre installée près de chez nous, masquant partiellement des immeubles porteurs d’une histoire culturelle et religieuse des origines de Montréal », a expliqué soeur Marie-Thérèse Laliberté, supérieure générale des Religieuses hospitalières de Saint-Joseph.

     

    De leur côté, les Amis de la montagne n’ont pas d’objection à la réalisation du projet au pied de la montagne.













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