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    Libre opinion

    Montréal et ses pionnières: un plongeon dans nos racines

    13 septembre 2016 | Denise Campea, Michelle Desfonds et Danielle Pinsonneault - Membres de la Société d’histoire des Filles du Roy | Montréal
    Arrivée des Filles du Roy à Québec, reçues par Jean Talon et Mgr Laval.
    Photo: Tableau d'Eleanor Fortescue-Brickdale, domaine public Arrivée des Filles du Roy à Québec, reçues par Jean Talon et Mgr Laval.

    Le 375e anniversaire de Montréal est une occasion unique de se souvenir des humaines et humains qui nous ont précédés sur le territoire où nous vivons, dans cette chaîne de vie éphémère qu’est notre existence sur cette planète. On leur doit de retenir leur héritage pour le léguer aux générations qui nous suivent. Une sorte de plongeon vers nos racines pour trouver du sens à notre présence ici, maintenant.

     

    La programmation officielle des fêtes de 2017 nous propose quatre thèmes pour célébrer ce 375e anniversaire : Montréal s’allume, Montréal bouge, Montréal se réinvente et Montréal s’éclate, dans lequel se retrouvent quelques événements à saveur historique. Nous aurions souhaité un cinquième thème : Montréal se souvient.

     

    Non seulement des circonstances de sa fondation mystique par des gens hors du commun, Maisonneuve, Jeanne Mance, Marguerite Bourgeoys, mais aussi des gens ordinaires qui ont contribué à sa naissance et à sa croissance, ces pionniers et pionnières souvent laissés dans l’ombre de l’histoire. Cela, sans oublier ces gens qui ont habité l’île sous tous les régimes : français, anglais, canadien. Si on n’entend jamais parler d’eux lors d’événements publics comme cette 375e commémoration, quand pourra-t-on les célébrer, les faire connaître et reconnaître ? Notre société est-elle en train de devenir collectivement atteinte d’Alzheimer ou est-ce le fou du roi qui, juste pour rire, vient jeter un voile sur notre passé ?

     

    Les femmes « ordinaires »

     

    Nous remercions Le Devoir d’avoir fait une place à la fondation de Montréal. Nous aimerions ajouter certaines données à l’article intitulé « Un monde de femmes » (Le Devoir, 24 août) et parler davantage des femmes « ordinaires » qui ont contribué au développement de notre ville.

     

    Peu de femmes accompagnaient Maisonneuve et Jeanne Mance à leur arrivée à Ville-Marie le 17 mai 1642 : selon Gustave Lanctôt, quatre femmes et quelques enfants seulement. Jusqu’en 1653, il n’en viendra que quelques-unes par année, arrivées pour la plupart avec leurs familles ou avec les membres des communautés religieuses qui les avaient fait venir. Le premier mariage n’eut lieu à Ville-Marie qu’en 1647, soit cinq ans après la fondation. Le premier couple à s’unir fut celui de Mathurin Monnier ou Lemonnier et Françoise Fafard, le 3 novembre 1647. Témoins : Maisonneuve, Gilbert Barbier et Jean de Saint-Père. Leur fille Barbe qui naquit un an plus tard, le 24 novembre 1648, fut le premier bébé issu d’Européens né à Ville-Marie.

     

    Faut-il être surpris d’apprendre qu’elle eut pour parrain Maisonneuve et pour marraine Jeanne Mance ? Enfin, la fragile colonie pouvait commencer à espérer durer. Il faudra toutefois attendre le retour des recrues de 1653 et surtout de celle de 1659 pour voir augmenter significativement le nombre de femmes. Marguerite Bourgeoys arrivée en 1653 ne put ouvrir son école-étable qu’en 1658, faute d’enfants à qui enseigner.

     

    Parmi les 493 personnes qui figurent dans le répertoire des pionniers de Montréal du collectif Pour le Christ et pour le roi, La vie au temps des premiers Montréalais, publié à l’occasion du 350e anniversaire de Montréal en 1992, sous les auspices de la Fondation Lionel Groulx, nous retrouvons 185 femmes dont 70 Filles du Roy, filles à marier pauvres et orphelines, arrivées seules. À notre avis, ces femmes méritent d’être célébrées et leurs noms méritent d’être connus.

     

    Femmes hors du commun

     

    Comme Anne Hébert, nous croyons qu’« il faudrait les nommer toutes, à haute voix, les appeler par leur nom, face au fleuve, d’où elles sont sorties au XVIIe siècle, pour nous mettre au monde et tout le pays avec nous ».

     

    Elles étaient venues pour se marier, pour faire des familles, pour fonder une nouvelle société. Il fallait un cran du tonnerre pour oser une telle aventure, surtout à Montréal quand on connaissait l’éloignement de Ville-Marie et l’acharnement des Iroquois sur la colonie naissante. Il fallait avoir la foi, mais sûrement aussi un tempérament des plus énergiques et le coeur intrépide.

     

    C’est grâce à elles qu’entre 1660 et 1680, la population de Montréal s’est multipliée par trois, pour atteindre à l’aube du XVIIIe siècle, près de 3000 habitants. Dollier de Casson traça les premières rues de Montréal en 1672, les familles s’installèrent, certaines partirent vivre dans les nouvelles paroisses ouvertes par les Sulpiciens à Pointe-aux-Trembles vers 1674, à Lachine vers 1676, la ville s’étendit peu à peu… jusqu’à nous.

     

    Mais nous savons bien peu de ces femmes hors du commun. Qui connaît leur vie et l’apport inouï qu’elles ont fourni à leur pays d’adoption ? Nous espérons que dans les prochaines années, elles susciteront davantage l’intérêt d’historiens et de généalogistes et que nous pourrons faire la pleine lumière sur ces femmes pionnières de Montréal.













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