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    Idées

    Changer le monde, ville par ville

    Montréal gagnerait à intensifier ses efforts en matière de diplomatie internationale

    3 août 2016 | Philippe Fournier - Chercheur au CERIUM, chargé de cours en science politique à l'Université de Montréal | Montréal
    «Montréal gagnerait donc à intensifier ses efforts en matière de diplomatie internationale en se joignant à un plus grand nombre de regroupements», estime Philippe Fournier.
    Photo: iStock «Montréal gagnerait donc à intensifier ses efforts en matière de diplomatie internationale en se joignant à un plus grand nombre de regroupements», estime Philippe Fournier.

    Bien que Montréal se soit récemment engagée dans la voie de la diplomatie internationale et qu’elle se prépare à recevoir le statut de métropole cet automne, la ville gagnerait à intensifier ses efforts sur ce plan en attirant encore plus d’organisations internationales, en publicisant et en élargissant ses initiatives, et en tissant des liens plus étroits avec les villes américaines et latino-américaines.

     

    Depuis environ 20 ans, de plus en plus d’États, d’organisations internationales et d’organisations de la société civile reconnaissent l’importance des villes en matière d’activité économique, de lutte contre les changements climatiques, d’intégration et d’expressions des forces sociales et politiques. Pourtant, les administrations nationales et régionales tardent à leur octroyer la même reconnaissance. Dans ce contexte, les villes ont entrepris leur propre effort diplomatique sur la scène internationale.

     

    Plusieurs villes, dont Montréal, se sont récemment dotées de bureaux ou d’agences vouées exclusivement aux relations internationales. Ces organismes s’occupent généralement d’assurer le rayonnement à l’étranger, d’organiser des rencontres internationales, d’accueillir les délégations étrangères et de tisser des liens avec différents acteurs sociaux, économiques et politiques. Elles doivent souvent composer avec des limites de taille, de juridiction et de financement. Malgré ces limites, ces organismes peuvent devenir des plateformes importantes pour déterminer et partager les meilleures pratiques, façonner et promouvoir la « marque » de la ville et créer des partenariats fructueux avec d’autres villes et des organisations internationales.

     

    Montréal est déjà membre de plusieurs regroupements internationaux, dont le Réseau mondial des villes, gouvernements locaux et régionaux et l’Association internationale des maires francophones. Denis Coderre assure présentement la présidence de Métropolis, un forum de première importance pour les grandes villes qui permet d’échanger sur la gouvernance, l’innovation et l’assistance technique. L’engagement du maire tombe à point nommé dans un contexte où les grandes villes sont en voie de constituer un pôle de gouvernance distinct qui viendra s’ajouter aux juridictions régionales, nationales et internationales.

     

    Prévisible et souhaitable

     

    Selon le philosophe Benjamin Barber, auteur d’un ouvrage intitulé Et si les maires gouvernaient le monde ?, ce développement est à la fois prévisible et souhaitable. Prévisible dans la mesure où les États n’ont pas été en mesure d’endiguer des menaces comme le terrorisme, les changements climatiques et la pauvreté, et souhaitable parce les maires sont mieux placés que les chefs d’État pour offrir une gouvernance efficace, pragmatique et non partisane.

     

    Montréal gagnerait donc à intensifier ses efforts en matière de diplomatie internationale en se joignant à un plus grand nombre de regroupements, y compris à C40, un conglomérat de 83 « villes-monde » qui vise à lutter contre le réchauffement climatique et qui profite du soutien financier de plusieurs fonds importants, comme la Fondation Clinton. Montréal International, une organisation qui vise essentiellement à attirer l’investissement direct étranger à Montréal et qui est principalement constituée de représentants des milieux économiques et financiers, se concentre surtout sur des secteurs d’activités précis comme l’aéronautique, la haute technologie et l’industrie pharmaceutique.

     

    Bien que l’organisation s’engage déjà à attirer et à retenir des organisations internationales, le bureau des relations internationales de Montréal, créé en 2014, pourrait quant à lui miser sur les forces de la ville en matière d’économie sociale et solidaire et solliciter encore davantage les organisations internationales à vocation sociale, culturelle, environnementale et politique. Une plus grande implantation de ce type d’organisations contribuerait à attirer et à retenir les meilleurs talents des universités montréalaises et de l’étranger. Selon une étude menée par Montréal International, 51 % des étudiants étrangers invoquent le manque de perspectives d’emploi comme raison principale derrière leur départ.

     

    Pôle de gouvernance

     

    Deuxièmement, le bureau des relations internationales devrait promouvoir ses initiatives et fournir des informations sur les organisations installées à Montréal sur la page Web de la Ville, à l’image de plusieurs autres métropoles, comme Barcelone et Berlin. Troisièmement, Montréal a jusqu’ici privilégié les liens et surtout les jumelages avec des villes européennes et asiatiques comme Milan, Paris, Shanghai et tout récemment Dublin. Par contre, les États-Unis et surtout l’Amérique latine constituent des partenaires qui recèlent plus de potentiel à moyen-long terme.

     

    D’un côté, les États-Unis demeurent notre principal partenaire économique et certaines villes américaines comme Boston et San Francisco présentent des affinités intéressantes avec Montréal, en plus d’avoir une configuration urbaine plus semblable à la nôtre que les villes européennes.

     

    De l’autre, malgré les défis en matière de sécurité et de gouvernance, la plupart des experts s’accordent pour dire que l’Amérique latine présente un fort potentiel de croissance dans les années à venir. À ce titre, Montréal aurait tout intérêt à tisser des liens formels et informels avec des villes comme Monterrey, Medellín, Mexico, Bogotá, pour n’en nommer que quelques-unes.

     

    Les villes sont en voie de devenir un pôle de gouvernance crédible, légitime et important. Elles peuvent contourner les lourdeurs bureaucratiques des administrations nationales et s’engager à trouver des solutions de manière plus directe et pragmatique.













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