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    Le stade, toujours mal aimé

    Quarante ans après les Jeux, l’oeuvre de Roger Taillibert reste critiquée

    16 juillet 2016 |Jeanne Corriveau | Montréal
    L’architecte français Roger Taillibert devant la maquette de sa création
    Photo: Musée Dufresne-Nincheri L’architecte français Roger Taillibert devant la maquette de sa création

    Quatre décennies après les Jeux olympiques de Montréal, Jean-Claude Marsan continue de voir le Stade olympique comme une erreur. Architecte et ex-doyen de la Faculté d’aménagement de l’Université de Montréal, M. Marsan avait présidé en 1977 le comité chargé par le gouvernement péquiste de René Lévesque fraîchement élu de faire des recommandations concernant l’avenir du Parc olympique et du stade. À cette époque, la stade était sans toit et arborait une tour inachevée.

     

    Mal aimé des Montréalais en raison de son coût astronomique, le Stade olympique n’a toujours pas gagné l’estime de Jean-Claude Marsan. « [Leone Battista] Alberti, qui était un grand architecte de la Renaissance, disait qu’il y a trois critères pour analyser une oeuvre : “voluptas”, soit la volupté, “firmitas”, la solidité, et “commoditas”, la commodité », explique d’entrée de jeu Jean-Claude Marsan.

     

    Avec sa tour gracieusement inclinée et ses formes élégantes, le Stade olympique respecte le premier critère de façon « remarquable », reconnaît l’architecte. Mais il échoue quant aux deux autres critères, ceux de la solidité et de l’utilité, estime-t-il. Selon lui, le stade est mal adapté au climat québécois, ce qui limite l’usage qu’on peut en faire. « D’une certaine façon, c’est une architecture qui n’est pas réussie. Dans le fond, s’il n’y avait pas eu de fonction, juste un mât, ç’aurait été parfait », dit-il.

     

    L’hiver québécois

    Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Jean-Claude Marsan
     

    Jean-Claude Marsan n’était visiblement pas fait pour s’entendre avec Roger Taillibert, sur lequel le maire Jean Drapeau avait jeté son dévolu pour concevoir le stade. Marsan était alors directeur de l’École d’architecture de l’Université de Montréal et Taillibert, qui avait aussi conçu le parc des Princes à Paris, était un architecte issu des Beaux-Arts.

     

    M. Marsan se souvient d’avoir rencontré l’architecte français dans le cadre des travaux du comité qu’il a présidé en 1977. Il lui avait demandé des précisions techniques sur le plan original du stade et sur le concept de la toiture, mais les réponses obtenues lui font dire que Roger Taillibert avait sous-estimé l’hiver québécois et la quantité de neige susceptible de tomber lors d’une tempête.

     

    Même les canons d’air chaud prévus dans les plans pour faire fondre la neige n’auraient pas suffi en cas de chute abondante de neige sur le toit, notamment dans un scénario de bris d’équipement, de panne ou de grève, avance Jean-Claude Marsan.

     

    « Quand on conçoit un bâtiment, il faut que le toit soit capable de supporter cinq fois la quantité de neige anticipée. Donc, l’équivalent de 10 mètres de neige. Mais le Stade olympique a été conçu pour 30 centimètres. C’était incompréhensible », explique-t-il.

     

    Ce sont les considérations qui l’amèneront à déposer un rapport dissident en 1977 et à recommander au gouvernement de ne pas parachever le stade dans l’immédiat, donc de ne pas terminer la construction du mât et de doter l’infrastructure d’un toit fixe ou mobile, « mais ne requérant pas un investissement additionnel supérieur à 15 millions», outre les 25 millions déjà requis pour le site olympique.

     

    Les deux autres membres du comité, Aimé Desautels, directeur du Service de planification à la Communauté urbaine de Montréal, et Jean Gérin-Lajoie, directeur du Syndicat des Métallos, ont plutôt suggéré au gouvernement de parachever le stade selon le concept original de Taillibert sous réserve de certaines conditions.

     

    C’est cette dernière option que retiendra le gouvernement Lévesque. Le mât et le toit imaginés par Taillibert, moyennant quelques modifications, seront finalement terminés en 1986. Mais à partir de 1988, la toile de Kevlar se déchire à répétition. Quant à la nouvelle toile de Birdair installée à l’automne 1998, elle se déchire dès janvier sous le poids de l’eau et de la neige lors des préparatifs du Salon de l’auto.

     

    Patrimoine moderne

     

    Alors que le gouvernement devrait annoncer à l’automne sa décision concernant le nouveau toit du stade, Jean-Claude Marsan croit qu’il faut laisser le stade sans toiture, quitte à prendre des mesures pour protéger les surfaces intérieures. Après des décennies de dépenses galopantes, l’heure est à la modération.

     

    Pour sa part, Roger Taillibert a toujours reproché au gouvernement du Québec d’avoir confié le chantier du stade à des ingénieurs qui n’étaient pas qualifiés et qui, selon lui, ont causé plus de torts que de bien au bâtiment.

     

    En entrevue à La Presse canadienne récemment, il affirmait que, s’il devait refaire le projet aujourd’hui, les modifications qu’il y apporterait seraient mineures. « Je suis très content de tout ça », a-t-il confié.

     

    Dans son rapport déposé en 2012 sur l’avenir du Parc olympique, Lise Bissonnette avait suggéré que le Parc olympique soit dûment reconnu comme paysage culturel patrimonial. France Vanlaethem, présidente de Docomomo Québec, abonde dans ce sens. Malgré les critiques dont il a fait l’objet, le Stade olympique a des qualités indéniables, selon elle. « C’est un bâtiment qui s’inscrit dans les tendances architecturales de l’époque et qui se compare bien à d’autres stades », dit-elle.

     

    Le choix du maire Drapeau de faire appel à Roger Taillibert avait suscité les critiques du milieu québécois de l’architecture à l’époque, mais l’architecte français avait déjà une feuille de route exceptionnelle en matière d’équipements sportifs, rappelle Mme Vanlaethem. Et pour elle, il ne fait pas de doute qu’aujourd’hui le stade suscite l’admiration de nombreux architectes étrangers.

     
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    L’architecte français Roger Taillibert devant la maquette de sa création Taillibert aurait sous-estimé l’hiver québécois. Jean-Claude Marsan












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