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    Sud-Ouest

    À l’ombre des chantiers

    L’échangeur Turcot, l’un des plus importants chantiers à Montréal
    Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir L’échangeur Turcot, l’un des plus importants chantiers à Montréal

    De la réfection de l’échangeur Turcot à la construction du nouveau pont Champlain, en passant par les travaux de voiries rue Notre-Dame, les chantiers routiers se multiplient dans l’arrondissement du Sud-Ouest, au grand dam de bien des automobilistes. Mais alors qu’on pense souvent à ceux qui restent coincés dans le trafic en raison de ces travaux, on oublie parfois que des gens vivent en marge de ces chantiers au quotidien.

    Benoit Dorais a toujours vécu dans Saint-Henri, ancien faubourg ouvrier situé aux pieds du mastodonte Turcot. « Je suis la cinquième génération de Dorais dans le coin, lance-t-il avec un large sourire. Avec mon neveu, ce sera la sixième ! Je vis même dans la maison où j’ai grandi. » Maire de l’arrondissement du Sud-Ouest depuis 2009, Benoit Dorais connaît bien les lieux, pour les avoir arpentés de long en large au cours des dernières décennies. « L’échangeur Turcot, je le connais par coeur, laisse-t-il tomber, la mine assombrie. Mais surtout, je sais ce qu’il a fait aux quartiers de mon arrondissement. »

    2020
    L’année où les travaux du nouvel échangeur Turcot devraient prendre fin, plus de dix ans après leur mise en branle.

    Source : Ministère des Transports

    Porte d’entrée vers le centre-ville, le Sud-Ouest est, chaque jour, un important lieu de transit pour des milliers d’automobilistes. En tout, ce sont plus de 300 000 véhicules qui empruntent le tortueux échangeur quotidiennement. Pourtant, à l’inverse, les résidants du secteur sont aux prises avec de criants problèmes de mobilité. Et les vastes travaux routiers, dont l’arrondissement est le théâtre depuis quelques années, n’ont rien fait pour les améliorer. Transports en commun insuffisants, pistes cyclables sectionnées et multiplications des traverses piétonnes accidentogènes, le parcours des résidents est semé d’embûches. Et ce n’est pas nécessairement plus facile en voiture !

     

    Difficile évaluation

     

    Il est toutefois difficile d’évaluer avec certitude les impacts des travaux routiers sur la vie des quartiers riverains, peu d’études s’étant penchées sur la question. De fait, la Direction de la santé publique (DSP) de Montréal ne s’est même jamais arrêtée à ces questions spécifiques. Par contre, ses travaux lui ont permis de jeter un oeil sur les secteurs visés par les projets d’implantation et de réfection d’autoroutes urbaines.

    2018
    L’ouverture du nouveau pont Champlain est prévue pour la fin de cette année. Les travaux routiers, pour leur part, devraient s’achever à l’automne 2019.

    Source : Nouveau Pont Champlain
     

    Selon Patrick Morency, médecin spécialiste en santé publique, les projets routiers — peu importe leur envergure — ont toujours un impact sur les populations avoisinantes, que ce soit en entravant leurs déplacements, en augmentant les risques de collisions et de blessures ou, encore, en les exposant à différentes nuisances comme à une pollution atmosphérique plus importante. « Ce qui est certain, c’est que les chantiers ne réduisent en rien pour ces nuisances déjà perceptibles, affirme le médecin sans hésitation. Au mieux, ça ne va pas les empirer. »

     

    D’autant que, dans bien des cas, la fluidité de la circulation prime encore la qualité de vie des résidants, ce que dénoncent depuis de nombreuses années les médecins de la Direction de la santé publique (DSP). « À l’heure actuelle, beaucoup de chantiers montréalais portent sur des projets routiers de grande envergure, indique celui qui travaille à la DSP de Montréal depuis plus d’une décennie. Le cas de l’échangeur Turcot en est un parmi beaucoup d’autres. On n’a qu’à penser au pont de la 25, au Projet Bonaventure ou à celui d’élargissement du boulevard Papineau, en prolongement de l’autoroute 19. »

     

    Mesures d’atténuation

     

    Les instances responsables ont quand même mis en place des outils pour mesurer et atténuer les impacts des travaux sur la qualité de l’air et l’environnement sonore. À titre d’exemple, le ministère des Transports (MTQ) qui s’occupe du chantier Turcot a créé, à la demande du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement, un programme de gestion du bruit qui assure un suivi auprès des citoyens lorsque des travaux sont effectués à proximité des quartiers résidentiels. Un programme similaire existe pour évaluer la qualité de l’air aux abords des vastes chantiers.

     

    Trame sonore mécanique, poussière omniprésente et détours interminables sont le pain quotidien des résidants des quartiers du Sud-Ouest. Pour pallier ces inconvénients, l’arrondissement tente, du mieux qu’il peut, de gérer les désagréments et fait, au besoin, pression sur les ministères responsables des travaux et sur les entrepreneurs pour que ces derniers adoptent de saines pratiques de chantier. « Nous faisons un suivi serré pour que les camions empruntent les tracés prévus et on insiste pour que les contractants procèdent au rabattage de leurs zones de travaux. Mais malgré nos efforts, c’est certain qu’il y a des nuisances, ce sont de gros chantiers, ça engendre nécessairement des problèmes de cohabitation. »

     

    Rêver les quartiers

     

    Décriés par plus d’un, les vastes chantiers qui prennent racine dans l’arrondissement du Sud-Ouest — et tout particulièrement celui de l’échangeur Turcot — sont aujourd’hui coulés dans le béton, et ce, malgré les nombreuses mobilisations populaires. Triste constat ? Très certainement, lance sans hésiter le maire Benoit Dorais. « À un moment, il a bien fallu se rendre à l’évidence qu’on ne pouvait plus rien changer de ce côté-là, lâche-t-il en soupirant. L’octroi des contrats était déjà très avancé, il a fallu baisser les bras. Mais, on va se le dire, les quartiers ont été complètement oubliés dans ce processus. Et c’est à ce niveau-là que, nous, on a décidé d’agir. »

     

    Pour faciliter la cohabitation, l’administration s’est lancée, avec l’aide de l’Office de consultation publique de Montréal, dans un important travail de consultation et de participation citoyenne. L’objectif ? Élaborer et adopter un Plan de développement urbain, économique et social pour les quartiers situés en bordure du géant de béton qui fera l’affaire du plus grand nombre. Lancé en mars dernier, l’exercice vise à remettre les quartiers — et, surtout, les gens qui y vivent — au coeur du vaste projet de développement déjà mis en branle dans le secteur.

     

    Trois mois plus tard, des dizaines d’idées ont déjà été recueillies dans des ateliers créatifs et des portes ouvertes. « L’idée est de prendre le pouls, de mieux comprendre les besoins et, ultimement, d’élaborer un plan dans lequel mes citoyens se reconnaîtront, explique Benoit Dorais, le regard lumineux. On demande aux gens comment ils veulent leur quartier pour qu’un jour, ensemble, on puisse aller au-delà des chantiers. »
     

    Le chantier, bon voisin Pour pallier les différents désagréments entraînés par les chantiers de grande envergure, le ministère des Transports (MTQ) a mis en place, il y a quelques années, les comités de bon voisinage. Composés de représentants du MTQ et de citoyens actifs au sein de leur quartier, ces comités visent d’abord à informer les résidants de la suite des travaux. Ils sont aussi un lieu d’échange entre les habitants des secteurs touchés et les responsables des chantiers. « Ces comités visent aussi à réunir l’ensemble des acteurs des milieux affectés par les travaux, que ce soit les arrondissements, le service de police ou la société de transport », indique Sarah Bensadoun, porte-parole du ministère. La présence de ces derniers permet, notamment, de mettre en place des services d’appoint pour amoindrir les nuisances dues aux travaux.

    Consultez la carte des chantiers de 2016



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