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    De vieilles voitures de métro dans le ciel de Montréal?

    Une équipe montréalaise propose de construire une passerelle inusitée au-dessus des voies du CP

    21 mars 2016 |Jeanne Corriveau | Montréal
    La «Passerelle des possibles» mettrait à profit des voitures de métro MR-63. La nouvelle structure aurait l’avantage de relier directement le pôle d’emploi du Mile-End au métro Rosemont.
    Photo: Image fournie par L’ŒUF et RESSAC La «Passerelle des possibles» mettrait à profit des voitures de métro MR-63. La nouvelle structure aurait l’avantage de relier directement le pôle d’emploi du Mile-End au métro Rosemont.

    La Société de transport de Montréal (STM) cherche des idées novatrices pour réutiliser les voitures de métro MR-63 qui prendront leur retraite au cours des prochaines années. Un Montréalais travaillant dans le Mile-End, épaulé par une firme d’architectes, propose d’intégrer une dizaine de vieilles voitures dans un projet de passerelle qui enjamberait les voies du Canadien Pacifique (CP) entre Rosemont–La Petite-Patrie et le Plateau-Mont-Royal.

     

    Cela fait des mois que Beat Richert travaille sur le projet. Oeuvrant pour l’agence Ressac Media, une entreprise de communication et de créativité numérique dont les bureaux sont situés dans le Mile-End, M. Richert voit dans son projet une solution à l’éternel problème de traversée des voies ferrées du CP. De plus, la passerelle aurait l’avantage de mettre en valeur les voitures de métro, objet du patrimoine montréalais.

     

    Selon les plans élaborés en collaboration avec la firme l’OeUF (l’Office de l’éclectisme urbain et fonctionnel), la passerelle relierait le Mile-End, dans le secteur du Champ des possibles, au métro Rosemont, en passant au-dessus de la rue Saint-Denis. Des voitures de métro, sans leurs roues et vidées de leurs éléments intérieurs, seraient déposées sur la partie aérienne de la passerelle, permettant ainsi aux piétons de marcher à l’abri des intempéries. Ce tunnel aérien pourrait devenir un lieu d’exposition pour des artistes, fait valoir Beat Richert.

     

    « Le projet s’appelle la “Passerelle des possibles” parce que ça se veut une solution concrète, durable, design et en même temps responsable parce qu’on récupère des voitures de la STM », explique M. Richert.

     

    Selon lui, le projet n’a rien de farfelu. Il s’agit d’une « structure d’art fonctionnelle », dit-il : « C’est sûr que c’est un projet d’envergure. Mais on a bon espoir de pouvoir le réaliser, tant au niveau de l’ingénierie et du design, qu’au niveau des coûts. »

     

    Conscient que les voitures MR-63 d’acier oxydable n’ont pas été conçues pour résister aux intempéries, M. Richert soutient que le problème peut être résolu en les traitant à la peinture époxy ou en couvrant la structure d’une enveloppe de plastique transparent.

     

    Selon les plans imaginés par l’architecte Sudhir Suri, de l’OeUF, et Beat Richert, la structure pourrait s’étendre sur environ 300 mètres, dont 150 mètres dans sa partie aérienne. « Il y a une grande coupure dans la ville causée par une voie ferrée. Il y a une certaine élégance poétique d’enjamber une voie ferrée avec une rame de métro », soutient Sudhir Suri.

     

    L’architecte assure que le projet est techniquement réalisable, mais selon lui, une des principales difficultés réside dans le tracé de la passerelle. « Ça va bien du côté du Champ des possibles, mais c’est difficile de l’intégrer dans le secteur du métro Rosemont parce qu’il y a beaucoup de parties prenantes », explique M. Suri.

     

    Lorsqu’elle a lancé, la semaine dernière, l’appel de projets pour donner une seconde vie aux MR-63, la STM a insisté sur la nécessité pour les soumissionnaires qui feront des propositions de démontrer leur capacité de réaliser leur projet, techniquement et financièrement, et de prendre en charge tous les frais liés au transport des voitures et à leur transformation. « On demande aux gens de rêver, mais de rêver éveillés avec leur calculatrice », avait dit Philippe Schnobb, président du conseil d’administration de la STM.

     

    Avec l’arrivée du métro Azur, la STM doit se départir des 336 voitures MR-63 qui roulent dans le métro depuis 50 ans. Elle offre ses voitures pour 750 $ ou 1000 $, sans les bogies. Des institutions muséales pourraient en conserver quelques spécimens — le Musée ferroviaire canadien de Saint-Constant compte conserver une voiture —, mais les autres seront démantelées et leurs pièces recyclées, à moins que certaines voitures ne soient réutilisées pour des projets novateurs.

     

    Les soumissionnaires ont jusqu’au 1er juin pour présenter leurs projets qui seront étudiés par un comité de sélection.


    Partenariat avec la Ville ?

     

    Construire la Passerelle des possibles coûterait au moins 3 millions, indique Beat Richert, qui mise une campagne de sociofinancement pour réaliser une étude de faisabilité. Quant au projet de passerelle, M. Richert indique avoir engagé des discussions avec des entreprises, dont Ubisoft, pour solliciter leur participation financière.

     

    Un partenariat avec la Ville sera nécessaire, croit M. Richert, qui dit avoir déjà discuté du projet avec le responsable des transports au sein de l’administration Coderre, Aref Salem.

     

    M. Salem confirme avoir rencontré M. Richert l’an dernier au sujet d’une collaboration pour divers projets, mais il demeure prudent. « Dans le cadre de son appel de projets pour la reconversion des MR-63, la STM analysera ce projet dans son ensemble. […] Nous laisserons le processus d’évaluation suivre son cours », a-t-il indiqué dans un courriel.

     

    La Ville est depuis des années à couteaux tirés avec le CP, qui refuse d’autoriser l’aménagement de passages à niveau qui permettraient aux piétons de traverser ses rails. Les citoyens qui se faufilent dans les brèches de la clôture s’exposent à des contraventions pouvant atteindre 146 $.

     

    En février 2015, le maire Denis Coderre avait discuté du dossier avec le président du CP, Hunter Harrisson, mais l’impasse demeure.

     

    « Il ne se passe pas une semaine sans que les citoyens m’en parlent », commente le conseiller de Projet Montréal Richard Ryan, qui reproche à l’administration Coderre de manquer de leadership dans ce dossier.

     

    Beat Richert insiste pour dire que la Passerelle des possibles, si elle se réalise, ne remplacerait pas les passages à niveaux tant souhaités à Montréal, mais qu’elle serait complémentaire. Elle aurait toutefois l’avantage de relier directement le pôle d’emploi du Mile-End au métro Rosemont.













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