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    Déversement d’eaux usées

    La Ville a mesuré de faibles impacts

    Les élus montréalais auraient approuvé le déversement sans en connaître les détails

    4 février 2016 |Jeanne Corriveau | Montréal
    Les niveaux de coliformes fécaux mesurés pendant et après le déversement n’ont pas, selon la Ville, dépassé les taux observés historiquement. La situation est revenue à la normale quatre à dix jours après la fin du rejet.
    Photo: Olivier Zuida Le Devoir Les niveaux de coliformes fécaux mesurés pendant et après le déversement n’ont pas, selon la Ville, dépassé les taux observés historiquement. La situation est revenue à la normale quatre à dix jours après la fin du rejet.

    Le déversement de près de cinq milliards de litres d’eaux usées dans le fleuve Saint-Laurent en novembre dernier a eu un impact limité sur la qualité de l’eau du fleuve, conclut la Ville de Montréal. Mais celle-ci a dû reconnaître que l’opération avait donné lieu à un important cafouillage en matière de communications.

     

    La Ville prévoyait initialement rejeter quelque huit milliards de litres d’eau lors des travaux effectués dans l’intercepteur sud-est pour la construction d’une chute à neige et le retrait de cintres d’acier décrépits. Mais elle a finalement réussi à réduire la durée des travaux à 89 heures réparties sur quatre jours. Ainsi, 4,9 milliards de litres d’eaux d’égout se sont retrouvés dans le fleuve entre les 11 et 14 novembre.

     

    La Ville disposait de 64 stations d’échantillonnage le long de la rive sud de l’île de Montréal et au large. Des prélèvements ont été effectués avant, pendant et jusqu’à dix jours après la fin du déversement, pour permettre la réalisation d’analyses bactériologiques et physico-chimiques.

     

    Selon les observations de la Ville, la qualité physico-chimique de l’eau a été altérée, mais les impacts ont été de courte durée. « La situation est revenue à l’état initial dans une période variant entre quatre et dix jours selon les points de rejet », a expliqué Richard Fontaine, directeur de l’usine d’épuration de Montréal, alors qu’il dressait le bilan du déversement mercredi matin.

     

    Des tests similaires ont été effectués à 18 stations d’échantillonnage entre Montréal et Québec. « Au-delà de Repentigny, il n’y a eu aucun changement dans les concentrations de coliformes fécaux par rapport aux valeurs historiques. Aucune prise d’eau potable n’a été touchée », conclut le rapport de la Ville.

     

    Les essais de létalité aiguë n’ont pas démontré d’impacts majeurs pour les poissons. Quant aux sédiments prélevés près de L’Île-des-Soeurs et dans le secteur des îles de Sorel, la Ville conclut que « le déversement n’a pas eu d’effet mesurable sur la qualité chimique des sédiments et des plantes et sur la toxicité des sédiments ».

     

    La Ville a indiqué avoir recueilli trois mètres cubes de déchets solides au cours de l’opération.

     

    Fiasco de communication

     

    La Ville maintient que ce déversement était nécessaire, mais elle reconnaît avoir eu de sérieux problèmes dans la gestion des communications auprès de la population, soulignant que l’acceptabilité du projet avait été mal évaluée. C’est même dans les médias que le maire et les élus ont réellement pris connaissance du dossier et connu l’ampleur du déversement, a admis le directeur du Service des communications de la Ville, Jacques Beauchamp. Le sommaire décisionnel, un document remis aux élus lorsqu’ils entérinent des décisions au conseil municipal, mentionnait la nécessité de procéder à un déversement d’eaux usées dans le fleuve, mais il n’en précisait pas l’ampleur, a-t-il souligné. « On parlait de déversement d’eaux usées. L’information se limitait à ça. Il n’y avait pas de quantité mentionnée »,a dit M. Beauchamp.

     

    Tout en admettant qu’il y avait eu un « problème majeur » en matière de communications et d’acceptabilité sociale, Denis Coderre a affirmé qu’il connaissait l’ampleur du déversement. « M. Beauchamp est dans l’erreur. Il y a eu un problème de communications »,a-t-il soutenu lors d’une mêlée de presse.

     

    D’autres déversements ?

     

    La Ville n’écarte pas la possibilité que d’autres déversements surviennent dans le futur, mais diverses solutions sont examinées pour éviter ces rejets. Le maire a d’ailleurs évoqué l’idée de construire une conduite parallèle à l’intercepteur sud-est pour prévenir d’autres déversements importants, un projet qui pourrait coûter 1 milliard de dollars. « Chose certaine, il n’y aura pas de déversement de l’envergure de celui qu’on a connu en novembre,a pour sa part assuré Richard Fontaine. Et s’il y en a, ils seront beaucoup plus petits et localisés. »

     

    L’opposition à l’Hôtel de Ville reproche à l’administration de se préoccuper davantage de son image que du déversement lui-même. Le conseiller de Projet Montréal, Sylvain Ouellet, est d’avis que la Ville devrait faire appel à un comité d’experts pour examiner les méthodes pour éviter d’autres rejets d’eaux usées dans le fleuve.

     

    Le Conseil régional de l’environnement (CRE) de Montréal s’est dit rassuré des impacts limités du déversement dans l’environnement, mais sa directrice générale, Coralie Deny, insiste sur la nécessité pour la Ville de se doter d’infrastructures plus performantes.

     

    De son côté, la Fondation Rivières qualifie de « jovialiste » le bilan dressé par la Ville. Selon l’organisme, bien des questions demeurent sans réponses, notamment en ce qui a trait au déroulement des travaux et à la nécessité d’assécher l’intercepteur sur toute sa longueur.

     

    Rappelons que pour effectuer divers travaux dans l’intercepteur sud-est, la Ville disait n’avoir d’autre choix que de l’assécher et de jeter directement dans le fleuve Saint-Laurent des eaux usées non traitées, une opération qui a suscité une vive controverse. Long de 33 kilomètres, l’intercepteur sud-est achemine les eaux usées du tiers de l’île de Montréal vers l’usine d’épuration Jean-R.-Marcotte.

    Les niveaux de coliformes fécaux mesurés pendant et après le déversement n’ont pas, selon la Ville, dépassé les taux observés historiquement. La situation est revenue à la normale quatre à dix jours après la fin du rejet. Pour effectuer divers travaux dans l’intercepteur sud-est, la Ville disait n’avoir d’autre choix que de l’assécher et de jeter directement dans le fleuve Saint-Laurent des eaux usées non traitées, une opération qui a suscité une vive controverse.












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