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    Montréal

    Le déversement d’eaux usées a commencé

    11 novembre 2015 13h44 |Jeanne Corriveau | Montréal
    <p>La Ville de Montréal a notamment installé une barrière flottante près des rives de Verdun pour limiter la dispersion des matières. De la berge mercredi matin, les odeurs des rejets sanitaires étaient perceptibles.</p>
    Photo: Jacques Nadeau Le Devoir

    La Ville de Montréal a notamment installé une barrière flottante près des rives de Verdun pour limiter la dispersion des matières. De la berge mercredi matin, les odeurs des rejets sanitaires étaient perceptibles.

    Le déversement de huit milliards de litres d’eaux usées dans le fleuve a commencé la nuit dernière après minuit, tel que l’avait annoncé le maire Denis Coderre.

     

    Après des semaines de controverse, les eaux usées du tiers de l’île de Montréal seront donc rejetées sans traitement dans le fleuve au cours des sept prochains jours. L’intercepteur Sud-Est qui achemine habituellement ces eaux d’égout jusqu’à l’usine d’épuration de Montréal doit être complètement asséché pour permettre la réalisation de divers travaux.

     

    La Ville de Montréal a notamment installé une barrière flottante près des rives de Verdun pour limiter la dispersion des matières. De la berge mercredi matin, les odeurs des rejets sanitaires étaient perceptibles.

     

    Quatre équipes d’employés se sont affairées cette nuit à préparer les travaux qui seront entrepris à compter de midi dans l’intercepteur, a expliqué le maire Denis Coderre lors de la réunion du comité exécutif mercredi matin. La Ville compte notamment retirer quatre séries de 14 cintres de bois et d’acier qui avaient été installés en 1997 dans l’intercepteur, mais dont l’état s’est beaucoup détérioré.

     

    « Je réitère que ce n’est pas de gaîté de coeur qu’on fait ce déversement. Personne n’est content. Mais quoique la décision soit impopulaire, il faut aussi prendre nos responsabilités », a expliqué le maire Coderre.

     

    « On doit aussi profiter de cette conscientisation du dossier pour dire que ce n’est pas juste l’affaire de Montréal, c’est l’affaire de l’ensemble des municipalités au pays. Et c’est l’affaire de tous. »

     

    Répondant aux critiques de son homologue Yves Lévesque, Denis Coderre a mentionné que la Ville de Trois-Rivières procédait à plusieurs centaines de déversements chaque année. « Il faudrait regarder dans sa propre cour comment on gère cette chose-là », a-t-il dit.

     

    Rappelons que lundi, la ministre fédérale de l’Environnement, Catherine McKenna, avait signé un arrêté ministériel autorisant ce déversement sous certaines conditions. Le maire Coderre a promis que la Ville respecterait les exigences imposées par Ottawa.

     

    L’image de Montréal

     

    Ce déversement massif a suscité maintes critiques à l’étranger, notamment celle de l’Agence de protection de l’environnement des États-Unis (EPA) qui a qualifié ce geste de mauvaise décision tant sur le plan environnemental que celui de la santé publique. Questionné sur l’effet négatif de ce déversement pour l’image de la métropole à l’étranger, le premier ministre Philippe Couillard a rappelé que Montréal n’avait pas le monopole des déversements.

     

    « Depuis le début, je dis que c’est regrettable et que ce n’est pas ce qu’on souhaite, a dit M. Couillard mercredi matin. Mais en passant, Montréal n’est pas la seule ville nord-américaine qui, malheureusement, a recours à cette méthode-là. Je pense qu’il faudrait remettre les choses dans leur contexte. Croyez-moi, s’il y avait eu une autre façon de faire, et une façon différente de réagir, je suis certain qu’avec toutes les personnes qui se sont penchées là-dessus, on aurait trouvé une autre solution. Force est de constater qu’équipe après équipe — Ville de Montréal, ministère de l’Environnement du Québec et ministère de l’Environnement fédéral — tout le monde arrive à la triste et même conclusion qu’il n’y a pas d’autre option que ce qui est fait actuellement. »

     


    Examen de conscience

     

    De son côté, le ministre québécois de l’Environnement, David Heurtel, s’est porté à la défense de son ministère. « Je crois qu’on n’a pas de leçon à recevoir de qui que ce soit sur notre système de gestion environnementale au Québec. On a un système qui est rigoureux, qui est sérieux et qui est basé sur la science. Dans l’ensemble des cas, on a parfois des situations qui sont très difficiles comme celle-là. Dans ce cas-ci, on a appliqué une rigueur scientifique. Le processus et la solution ont été validés par des experts scientifiques externes. Alors, on a fait notre travail, il a été confirmé. »

     

    Le maire de Trois-Rivières, Yves Lévesque, dénonçait mardi la politique du « deux poids deux mesures » appliquée par le gouvernement qui n’a pas imposé d’amende à Montréal pour ce rejet dans le fleuve. Questionné par les journalistes, Pierre Moreau a offert cette réponse : « Ça changerait quoi d’imposer une amende à la Ville de Montréal ? En quoi le maire de Trois-Rivières serait plus heureux s’il y avait une amende ? Ça va changer quoi dans sa vie à lui ? ».

     

    Le ministre Moreau a indiqué qu’il ne fallait pas confondre deux notions. Ainsi, a-t-il expliqué, il ne s’agit pas de quelqu’un qui commet une infraction, mais bien d’une ville qui mène une opération planifiée dont les impacts à long terme seront vraisemblablement négligeables, selon les avis scientifiques.

     

    Le député de la Coalition avenir Québec (CAQ) François Bonnardel a parlé d’un « désastre environnemental » : « On a un examen de conscience à faire au Québec. On demande aux plaisanciers de ne pas vider leur fosse septique dans les lacs. On demande aux riverains de changer leur fosse septique et leur champ d’épuration. Et aujourd’hui, on autorise huit milliards de litres d’eaux usées à être déversés dans le fleuve Saint-Laurent. Je suis extrêmement déçu ».

     

    « J’espère que le ministre de l’Environnement va être capable de resserrer la vis plus fortement à toutes les municipalités du Québec qui ont déversé des eaux usées dans le fleuve Saint-Laurent », a-t-il dit.

     

    Avec Marco Bélair-Cirino













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