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    Eaux usées

    L’insoutenable désinvolture de nos gouvernements

    14 octobre 2015 | Roy Dupuis - Administrateur, cofondateur et porte-parole de la Fondation Rivières | Montréal
    La crise de Montréal a certes permis de voir la grande sensibilité de la population quand il est question de son eau, écrit Roy Dupuis.
    Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir La crise de Montréal a certes permis de voir la grande sensibilité de la population quand il est question de son eau, écrit Roy Dupuis.

    L’ampleur de la réaction de la population au déversement d’eaux usées de la Ville de Montréal et à la pollution bien réelle qu’il provoquera témoigne de son indignation quant à la désinvolture de nos dirigeants.

     

    Au premier chef, la Ville de Montréal, qui a faussement invoqué l’urgence d’aménager une chute à neige dans le cadre des travaux du projet Bonaventure. Or, il est prévu dans le document d’appel d’offres que l’intercepteur resterait en fonction pendant les travaux. De plus, en ce qui concerne l’enlèvement des cintres, les travaux pourraient être réalisés plus rapidement. C’est ce que vient de révéler le Syndicat professionnel des scientifiques à pratique exclusive de la Ville de Montréal représentant notamment ses ingénieurs. La Fondation Rivières, tout comme le syndicat, demande d’évaluer la réalisation des travaux sans assécher l’intercepteur sur toute sa longueur et déplore qu’il n’ait pas été prévu que l’entrepreneur reçoive une prime s’il réalisait plus rapidement ses travaux. En augmentant par exemple le nombre d’équipes. Incidemment, la Ville n’a toujours pas produit de rapport présentant toutes les justifications et tous les efforts visant à trouver des solutions pour minimiser la pollution déversée.

     

    Au deuxième chef, le ministère du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MDDELCC) n’a guère brillé dans son analyse qui n’était basée que sur la déclaration de la Ville. Tout en indiquant « qu’une importante contamination microbiologique » serait occasionnée, le MDDELCC a conclu son rapport en demandant un suivi de la pollution pendant le déversement… et en demandant à la Ville de ramasser ses débris, sans fixer de délai ni définir l’étendue de la corvée…

     

    La population du Québec a été consternée d’entendre la fausse déclaration du ministre Heurtel invoquant la possibilité d’une contamination de l’eau potable de Montréal si les travaux n’étaient pas autorisés. Évidemment, il ne comprenait pas le dossier. Et il a minimisé dès le départ les conséquences du déversement. C’est à se demander si son ministère connaît l’emplacement des prises d’eau et des rejets d’eaux usées des municipalités. Incidemment, la Ville n’était pas en mesure de nommer les municipalités dont la prise d’eau serait affectée lors de sa conférence de presse du 2 novembre.

     

    Quant au gouvernement fédéral, il s’est immiscé tardivement dans le dossier. Il s’est traîné les pieds, comme on dit. La Ville a pourtant mentionné en conférence de presse qu’une entente Canada-Québec lèverait ce dernier obstacle au début des travaux. La confusion dans les champs de compétence augmente d’un cran, mais elle s’éclaircit sur un point : Environnement Canada ne délivre pas d’autorisation de pollution, il ne fait que donner des amendes. Mais pourquoi Victoria n’a-t-elle pas d’amende puisqu’elle déverse directement ses eaux usées en mer ? Sûrement parce que la réglementation fédérale accorde à tous les pollueurs un délai de plus de 25 ans, soit jusqu’en 2040, pour faire cesser de telles pollutions.

     

    Il y a deux ans un reportage de l’émission Enquête a montré le drame vécu par une famille dont l’enfant a été gravement malade en se baignant en aval d’un déversement en Estrie. D’autre part, en 2009, l’Association de protection de l’environnement du lac Raymond et de la rivière du Nord inc. a obtenu gain de cause en justice pour faire cesser les déversements de la Ville de Sainte-Agathe-des-Monts dans la rivière et le lac.

     

    En 2012, la Fondation Rivières a réalisé 10 portraits des déversements dans autant de rivières, et dénoncé publiquement l’ampleur du problème dans l’ensemble du Québec.

     

    Depuis, la surveillance gouvernementale a paradoxalement été réduite et les municipalités s’autocontrôlent depuis 2014. Les rapports annuels n’ont pas été publiés depuis 2013. Voilà pourquoi la Fondation Rivières a ciblé ce problème dans ses priorités d’action de son Plan stratégique.

     

    La crise de Montréal a certes permis de voir la grande sensibilité de la population quand il est question de son eau. Mais il ne faut pas « diluer » le problème sous prétexte qu’il se produit de très nombreux débordements inacceptables. Si certains sont « nécessaires », d’autres, très nombreux, ne respectent pas les exigences du MDDELCC.

     

    Et pourtant, les gouvernements n’imposent aucune sanction contre les contrevenants, notamment les municipalités ou des industries, comme cela s’est produit cet été dans la rivière Yamaska. La suggestion de Luc Ferrandez de prévoir un dédommagement financier pour l’accélération de travaux d’assainissement mérite certes d’être approfondie.

     

    Nous soulignons enfin le témoignage du biologiste Pierre Dumont, qui constate les impacts réels de la pollution sur la faune aquatique du lac Saint-Pierre. Les effets s’y accumulent et il faudrait donner plus souvent la parole aux pêcheurs et usagers, qui sont souvent les mieux placés pour témoigner des conséquences de cette pollution. Les Québécois ont investi massivement depuis 30 ans pour assainir leurs eaux. Il serait regrettable qu’à cause du laxisme des différents ordres de gouvernement, ils ne puissent retrouver un plein usage de ces eaux.













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