Volte-face: Montréal conservera une partie d’Agora

Vue à vol d’oiseau de l’îlot Daudelin, à partir du Centre de recherche du CHUM (CRCHUM), au coin Saint-Denis et Viger.
Photo: Réalisons Montréal Vue à vol d’oiseau de l’îlot Daudelin, à partir du Centre de recherche du CHUM (CRCHUM), au coin Saint-Denis et Viger.

Montréal fait volte-face dans le dossier du square Viger et conservera la moitié des pergolas d’Agora, l’oeuvre de Charles Daudelin réalisée il y a plus de 30 ans. Après des mois de controverse, le nouveau concept présenté vendredi par le maire Denis Coderre a rallié la famille du sculpteur.

Cette fois devrait être la bonne. Alors que le concept initial présenté par l’administration Coderre en juin dernier prévoyait la destruction d’Agora, la nouvelle mouture fait en sorte que des 22 pergolas existantes, une douzaine seront conservées. Mais les toits seront retirés pour éviter que les structures de béton servent d’abris aux itinérants. La fontaine Mastodo sera déplacée et remise en fonction dans un nouvel aménagement comportant des jets d’eau.

L’endroit très minéral sera verdi, et une cinquantaine d’arbres seront plantés de part et d’autre du square. Les murets qui entouraient Agora seront éliminés pour rendre les lieux plus accessibles. Dans l’espace des pergolas, la Ville envisage d’installer un café-terrasse et près de la rue Berri, un atelier de réparation de vélos pourrait voir le jour. Malgré les changements au plan initial, le budget demeure le même, soit 28,3 millions.

La controverse

« Je suis certain que le nouveau concept pour le square Viger fera largement consensus », a indiqué le maire Coderre lors du dévoilement du projet vendredi. Selon lui, le nouvel aménagement sera plus convivial et sécuritaire tout en respectant l’esprit de l’oeuvre de Charles Daudelin.

Le square Viger a mal vieilli, a admis Denis Coderre. Composée de structures de béton et inaugurée en 1983, Agora avait été conçue pour accueillir des activités d’animation, mais son aménagement n’a jamais été complété. La fontaine Mastodo s’est brisée après un mois et n’a pas été réparée. Au fil des ans, le square est devenu un repaire d’itinérants et de marginaux.

Denis Coderre a fait valoir que le concept présenté en juin dernier par son administration n’était pas satisfaisant : « Moi, je trouvais qu’il n’y avait pas assez d’espaces verts là-dedans. »

Il a moins insisté sur le fait que le projet initial, avec la destruction d’Agora, avait été très mal accueilli par la famille et qu’il avait été décrié par le milieu des arts. Quatre musées montréalais, dont le Musée des beaux-arts et le Musée d’art contemporain, avaient pressé le maire Coderre de revenir sur sa décision de détruire Agora. Ils décrivaient l’oeuvre de Daudelin comme une « réalisation majeure de l’un des pionniers modernes de l’intégration de l’art à l’architecture, au Québec comme au Canada ».

Pendant des mois, le maire a maintenu qu’il gardait le cap malgré les critiques et qu’Agora serait détruite. Puis, en juillet, la Ville a annulé l’appel d’offres visant la transformation du site. Elle a par la suite fait appel à deux architectes, Christian Thiffault et Éric St-Pierre, pour concevoir une nouvelle proposition d’aménagement.

La famille Daudelin n’a pas participé à la réalisation du concept, a précisé le maire Coderre, mais la nouvelle proposition d’aménagement lui a été présentée.

La famille satisfaite

Dans un bref communiqué, la famille Daudelin a salué le travail de l’administration qui a permis de sauver Agora de la destruction : « En s’appuyant sur une étude sérieuse du contexte historique, du site, des principes fondateurs et des éléments constitutifs d’Agora, telle qu’imaginée par Charles Daudelin, cette nouvelle proposition rejoint plusieurs de nos recommandations et de?montre qu’il est possible de pondre aux problématiques de sécurité soulevées par la Ville tout en évitant la démolition. »

Le directeur du Regroupement des artistes en arts visuels du Québec (RAAV), qui avait dénoncé avec virulence le projet initial de la Ville, s’est dit satisfait du dénouement. « C’est une bonne nouvelle, a indiqué son directeur général, Christian Bédard. On a réussi à conserver une partie de l’oeuvre de Daudelin. Ce n’est pas tout à fait comme on aurait voulu que ce soit, mais je crois que ça représente un honorable compromis dans les circonstances. Je pense qu’il faut être reconnaissant au maire d’avoir continué sa réflexion et d’avoir accepté de revoir le projet. »

Nathalie Bondil, directrice du Musée des beaux-arts de Montréal, juge que la Ville a su concilier la revitalisation du patrimoine et les enjeux de sécurité avec le nouveau concept. « Il y a une actualisation de l’oeuvre de Daudelin avec la préservation de certains éléments bâtis, mais à la lumière d’une dynamique qui va permettre à ce square de revivre, a expliqué Mme Bondil au Devoir. Ce sera beaucoup plus ouvert sur l’extérieur et mieux intégré à l’espace du CHUM. J’ai envie de dire : “Bravo la Ville” parce qu’ils ont réagi de manière intelligente. »

Un nouvel appel d’offres sera lancé sous peu et la Ville entend clôturer le site en novembre. Des ressources communautaires ont été mises à contribution pour venir en aide aux itinérants. Les travaux devraient commencer au printemps 2016 pour se terminer en août 2017, année du 375e anniversaire de Montréal.

L’opposition à l’Hôtel de Ville s’est dite déçue. « Dès le départ, on avait un sentiment d’improvisation dans ce dossier. On reconnaît qu’il y a certaines améliorations au projet. On conserve une partie de l’oeuvre de Daudelin, mais on en perd quand même plus que la moitié », a déploré la conseillère de Projet Montréal Anne-Marie Sigouin.Selon elle, il faudra davantage qu’un café pour animer les lieux.

3 commentaires
  • Denis-Émile Giasson - Abonné 25 septembre 2015 17 h 11

    Ah bon!

    Au lieu d'être complètement moron, Montréal ne le serait plus qu'à moitié. Faudrait-il ici parler d'improvisation?

  • Yves Corbeil - Inscrit 26 septembre 2015 09 h 46

    J'espère que les gens réalisent de plus en plus...

    Qu'en s'impliquant dans notre société pour faire valoir nos besoins et valeurs culturelles et sociales, il y a moyen de faire tourner les paquebots.

  • Claude Bélanger - Abonné 26 septembre 2015 13 h 15

    Un défi créatif qui n'a pas à être politisé.

    Vous dite : «...le concept initial présenté par l'administration Coderre...». Cela nous laisse supposer que ce genre de décision est prise à un niveau politique. Le problèmee est peut-être là, car il s'agit essentlellement d'un problème d'aménagement urbain. Je ne voit pas un architecte ou un urbaniste compétent acquiescer à la démolition d'une oeuvre d'art : il saura répondre avec créativité et compétence professionnelle au défi d'inscrire l'oeuvre dans un aménagement convivial et urbain, tout en respectant le budget.