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    Frênes

    Montréal déploie des guêpes exotiques pour mater l’agrile

    26 juin 2015 |Jeanne Corriveau | Montréal
    Les bûchettes contenant les larves de guêpes sont suspendues à des frênes malades. Elles pondront leurs œufs dans les larves d’agrile (dans le flacon sur notre photo).
    Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Les bûchettes contenant les larves de guêpes sont suspendues à des frênes malades. Elles pondront leurs œufs dans les larves d’agrile (dans le flacon sur notre photo).

    Les agriles qui déciment les frênes montréalais ont un nouvel ennemi : une minuscule guêpe originaire d’Asie. Au cours des dernières semaines, la Ville de Montréal a lâché des centaines de spécimens de guêpes Tetrastichus planipennisi sur deux sites choisis dans l’espoir de freiner les ravages de l’insecte.

     

    La guêpe Tetrastichus mesure à peine quelques millimètres. De la taille d’une mouche à fruits, elle est beaucoup plus petite que l’agrile, qu’elle parasite.

     

    Dans la frênaie du Jardin botanique de Montréal, Maryse Barrette et Nicolas Dedovic, qui sont à l’emploi du Service de l’environnement de la Ville de Montréal, s’affairaient jeudi à lâcher dans la nature des spécimens fraîchement arrivés des États-Unis.

     

    L’opération n’est pas périlleuse car il s’agit de pupes — stade intermédiaire entre la larve et la guêpe adulte — dissimulées dans des petites bûches de bois qu’il suffit d’accrocher à des arbres déjà sélectionnés. C’était la troisième opération du genre depuis la fin mai.

     

    Chaque bûche contient environ 150 femelles qui, dans les prochaines semaines, émergeront et partiront à la recherche de larves d’agrile.


    La stratégie de Tetrastichus est simple. La guêpe détecte les larves d’agrile sous l’écorce des frênes infestés. Malgré sa petite taille, elle perce l’écorce pour pondre des œufs dans des larves d’agrile qui se transforment alors en garde-manger pour la progéniture de la guêpe. Dévoré de l’intérieur, l’agrile mourra et une nouvelle génération de guêpes ira parasiter d’autres larves d’agrile. Chaque larve d’agrile peut héberger jusqu’à 130 œufs de guêpes. « C’est un peu comme un film d’horreur. Si on veut savoir à quoi ressemble le cycle vital d’un parasitoïde, Alien est un bon comparatif », reconnaît Maryse Barrette.

    Originaire d’Asie, comme l’agrile, Tetrastichus planipennisi a été introduite pour la première fois aux États-Unis en 2007. Depuis, ces guêpes ont été relâchées dans 20 États américains ainsi qu’en Ontario et dans le sud du parc de la Gatineau. Les observations américaines ont démontré que la guêpe avait exercé un certain contrôle sur les populations d’agriles.  


    Les Montréalais n’ont pas à craindre cette guêpe exotique, insiste Mme Barrette. La Tetrastichus est sans danger pour l’humain et elle ne pique pas. De plus, elle est très spécialisée et ne s’attaque qu’à l’agrile. Elle ne deviendra donc pas incontrôlable comme la coccinelle asiatique introduite dans les années 1970 aux États-Unis et qui a fini par envahir l’Amérique du Nord et menacer les espèces indigènes.

     

    « Dans un monde utopique où il n’y a plus d’agriles, ces guêpes mourraient parce qu’elles ont absolument besoin de trouver des larves d’agrile pour compléter leur cycle vital. Donc, les risques pour l’écosystème sont vraiment très minimes », explique Maryse Barrette.

     

    Pas de solution miracle

     

    Le recours à la guêpe Tetrastichus est plus approprié dans les boisés où l’injection de biopesticide ne peut être envisagée. « La lutte biologique ne sera pas une solution miracle, mais c’est un outil de plus dans l’arsenal pour combattre l’agrile », fait valoir Maryse Barrette.

     

    En mars 2014, en entrevue au Devoir, Jacques Brodeur, professeur à l’Institut de recherche en biologie végétale de l’Université de Montréal, avait suggéré l’introduction de la guêpe Tetrastichus à Montréal. Maryse Barrette l’a eu comme professeur et lorsque la Ville l’a embauchée il y a deux ans, elle a entrepris, avec son collègue Nicolas Dedovic, de convaincre les autorités de la Ville de recourir à la guêpe.

     

    Pour mener à bien le projet, la Ville de Montréal a conclu une entente avec les gouvernements américain (United States Department of Agriculture, ou USDA) et canadien (Service canadien des forêts). L’USDA fournit gratuitement des guêpes à la Ville qui, en contrepartie, devra partager les résultats de l’expérience. Montréal est le site nord-américain le plus urbanisé où Tetrastichus a été introduite, souligne Mme Barrette.

     

    Cette année, l’administration Coderre compte consacrer 12,9 millions de dollars pour la plantation d’arbres et la lutte contre l’agrile. Depuis 2012, elle utilise le biopesticide TreeAzin pour traiter les arbres encore sains. Un champignon pathogène a aussi été mis à l’essai l’été dernier par Robert Lavallée, entomologiste à Ressources naturelles Canada.

     

    Il faudra attendre plusieurs années avant de voir si la guêpe Tetrastichus a réussi à s’implanter à Montréal et mesurer son efficacité. Au cours de l’été 2015, des milliers de parasitoïdes seront libérés sur les deux sites visés.













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