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    Énergie Est

    Les prises d’eau potable à haut risque

    Une étude produite pour la CMM évalue qu’une fuite survenue dans la rivière des Outaouais pourrait contaminer 26 prises d’eau après douze heures, dont celles de la région de Montréal

    19 mai 2015 |Jeanne Corriveau | Montréal
    Si un déversement survenait dans la rivière des Outaouais, la qualité de l’eau du Saint-Laurent et des rivières des Outaouais, des Mille Îles et des Prairies s’en trouverait altérée.
    Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Si un déversement survenait dans la rivière des Outaouais, la qualité de l’eau du Saint-Laurent et des rivières des Outaouais, des Mille Îles et des Prairies s’en trouverait altérée.

    Un déversement de produits pétroliers émanant du futur pipeline Énergie Est dans la rivière des Outaouais pourrait non seulement nuire aux écosystèmes aquatiques, mais également priver d’eau potable une part importante de la population de la région de Montréal, selon une étude réalisée pour le compte de la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM).

     

    La firme Savaria Experts Environnement avait reçu pour mandat d’examiner les impacts d’un déversement de pétrole provenant de l’oléoduc que TransCanada entend construire dans la région de Montréal. Le pipeline traversera neuf municipalités, dont Mirabel, Mascouche et L’Assomption, avec un pipeline secondaire se rendant jusqu’à Montréal-Est, sur l’île de Montréal.

     

    Transportant des produits du pétrole brut de l’Alberta, il aura une capacité maximale de 175 millions de litres par jour.

     

    13 ou 60 minutes

     

    Deux scénarios ont été examinés. Le premier s’appuie sur une intervention rapide, soit la fermeture des vannes dans un délai de 13 minutes. Le second scénario tient compte d’un temps de réaction de 60 minutes, comme celui enregistré à Terrebonne en mai 2011 lors d’un déversement de produit pétrolier d’Enbridge.

     

    Présidente de Savaria Experts Environnement, Chantal Savaria estime que le scénario d’un temps de réaction de 13 minutes est « très optimiste » et qu’il est difficilement envisageable dans la réalité.

     

    L’eau potable

     

    Une conduite sectionnée dans l’oléoduc Énergie Est laisserait échapper 1,15 million de litres de pétrole en 13 minutes alors que, en 60 minutes, ce sont 7,5 millions de litres qui seraient dispersés dans l’environnement, soit deux fois plus que le déversement survenu en juillet 2010 dans la rivière Kalamazoo au Michigan.

     

    Le pipeline de TransCanada franchira trois cours d’eau importants, soit la rivière des Outaouais, la rivière des Mille-Îles et la rivière L’Assomption, de même que des marais et des tourbières.

     

    Si un déversement survenait dans la rivière des Outaouais, la qualité de l’eau du Saint-Laurent et des rivières des Outaouais, des Mille-Îles et des Prairies s’en trouverait altérée.

     

    Et si le délai d’intervention pour récupérer le pétrole écoulé dépasse 4 heures, celui-ci atteindrait la première prise d’eau potable située dans le secteur d’Oka. Après 8 heures de propagation sans intervention efficace, plus de 10 prises d’eau seraient touchées dans la couronne nord et dans l’ouest de l’île de Montréal. Après 12 heures, ce sont 26 prises d’eau qui seraient menacées, touchant une bonne part des 3,8 millions de résidants de la région de Montréal.

     

    La firme s’est également penchée sur le cas des rivières des Mille-Îles et L’Assomption et y décrit les impacts d’un déversement. En se basant sur le cas de la rivière Kalamazoo, l’étude estime à plus d’un milliard de dollars les coûts de nettoyage d’un déversement dans l’un des trois cours d’eau étudiés.

     

    Le projet de loi C-46 prévoit déjà l’instauration d’un régime de responsabilité, mais Savaria recommande qu’une garantie minimale de 1 milliard soit exigée de TransCanada.

     

    L’étude examine aussi les effets potentiels d’un déversement dans la tourbière de L’Assomption, les marécages de Mirabel et le marais de Terrebonne. L’impact serait « potentiellement irréversible », souligne-t-on.

     

    Inquiétudes

     

    La quantité de pétrole qui pourrait s’échapper de l’oléoduc en quelques minutes, soit plus d’un million de litres, est importante, souligne Patrick Bonin, responsable de la campagne Climat-Énergie de Greenpeace. « À Lac-Mégantic, c’est 100 000 litres qui se sont retrouvés dans la rivière Chaudière », rappelle-t-il.

     

    L’étude ne mentionne pas l’éventualité d’une rupture de l’oléoduc en hiver, note-t-il.

     

    « C’est préoccupant. Pourquoi courir ces risques quand on sait qu’essentiellement, cet oléoduc servira à l’exportation du pétrole bitumineux et apportera très peu de bénéfices au Québec ?, se demande-t-il. Avec Kalamazoo, on le voit, ça fait cinq ans et le nettoyage n’est pas terminé. »

     

    De son côté, TransCanada fait valoir que l’oléoduc construit au Québec sera « un des pipelines les plus sécuritaires au monde ». « Nous faisons notamment appel à des techniques de surveillance par satellite, qui transmettent, toutes les 5 secondes, des données en provenance de milliers de points de contrôle. En cas de baisse de pression, nous sommes en mesure d’isoler à distance et en quelques minutes toute section affectée », explique le porte-parole de TransCanada, Tim Duboyce.

     

    Il affirme que l’entreprise se dotera de plans d’urgence dans toutes les municipalités traversées. Quant au tracé de l’oléoduc, il n’est pas définitif, dit-il. Ainsi, les scénarios évoqués dans l’étude de Savaria demeurent « hypothétiques », selon lui.













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