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    Pont Champlain

    Le chantier menace l’eau de Montréal

    D’importants travaux seront nécessaires pour sécuriser l’usine Atwater

    26 mars 2015 |Jeanne Corriveau | Montréal
    Or, dans le cadre du chantier de reconstruction du pont Champlain, Infrastructure Canada procédera à des travaux sur l’autoroute 15.
    Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Or, dans le cadre du chantier de reconstruction du pont Champlain, Infrastructure Canada procédera à des travaux sur l’autoroute 15.

    La construction du futur pont Champlain constitue une menace pour l’approvisionnement en eau potable de Montréal. Le réaménagement de l’autoroute 15 obligera la Ville de Montréal à procéder à d’importants travaux dans le canal de l’Aqueduc afin de protéger la prise d’eau potable de l’usine Atwater, a appris Le Devoir. La facture pourrait s’élever à plusieurs dizaines de millions de dollars, mais la Ville juge que c’est à Ottawa et à Québec d’assumer cette facture.

     

    L’agglomération de Montréal compte cinq prises d’eau potable pour desservir son territoire. Celle du canal de l’Aqueduc approvisionne l’usine de traitement d’eau Atwater, dans le Sud-Ouest, et représente 42 % de l’alimentation en eau potable de l’agglomération.

     

    Si la principale prise d’eau dans le secteur Atwater est située en amont des rapides de Lachine, l’eau brute emprunte le canal de l’Aqueduc pour se rendre jusqu’à l’usine Atwater. Il s’agit d’un canal à ciel ouvert qui longe l’autoroute 15, entre la rue de l’Église et l’avenue Atwater. Une cinquantaine de mètres, soit la largeur du canal, séparent l’autoroute de la prise d’eau de l’usine Atwater.

     

    Or, dans le cadre du chantier de reconstruction du pont Champlain, Infrastructure Canada procédera à des travaux sur l’autoroute 15. Le ministère des Transports du Québec (MTQ) devra aussi faire des interventions sur cet axe routier en lien avec le chantier Turcot. Les risques de contamination étant trop élevés, la Ville de Montréal dit n’avoir d’autre choix que de procéder à des travaux majeurs pour sécuriser sa source d’eau.

     

    « C’est un immense projet », confirme Chantal Rouleau, responsable du dossier de l’eau au comité exécutif de la Ville en entrevue au Devoir. « Avec les travaux qui vont se faire, le risque qu’il y ait un incident est trop important. C’est une prise d’eau qui est essentielle. Il faut s’assurer de garder la qualité de cette eau. »

     

    Facture salée

     

    La Ville a envisagé plusieurs scénarios avant de retenir celui de la construction en tunnel d’une nouvelle canalisation de 800 mètres en amont de la prise d’eau de l’usine Atwater, à partir du secteur de la rue Galt. En aval, Montréal installera une canalisation de 400 mètres pour acheminer l’eau à l’égout en cas de nécessité. « Différentes options ont été regardées et l’option la plus économique et la plus réaliste, c’était celle-là », explique Chantal Rouleau.

     

    Aux dires de Mme Rouleau, il s’agit d’un chantier majeur que la Ville n’avait pas prévu. Si elle refuse de préciser les coûts estimés des travaux, Chantal Rouleau soutient que la facture grimpera « à plusieurs dizaines de millions de dollars ». Depuis les scandales entourant l’octroi de contrats, la Ville ne divulgue plus les estimations des projets afin de ne pas nuire à l’obtention de meilleurs prix lors d’appels d’offres.

     

    La Ville estime qu’elle n’a pas à assumer cette facture puisque la menace à l’eau de Montréal émane du chantier d’infrastructure Canada et de celui du MTQ. Des discussions ont été entreprises avec le gouvernement fédéral, soutient Mme Rouleau. « Ce n’est pas à nous de payer ça. C’est énorme », avance-t-elle avant d’ajouter que la Ville ne veut pas que ce projet vienne grever les fonds déjà dédiés aux infrastructures de Montréal.

     

    Échéancier serré

     

    Le 18 mars dernier, le comité exécutif de la Ville a autorisé le lancement d’un appel d’offres pour des services professionnels afin de préparer les plans et devis, la production d’études, la gestion de projets et les services d’arpentage. Cet appel d’offres sera lancé au cours des prochaines semaines.

     

    Le temps presse, car les travaux de réaménagement de l’autoroute 15 par Infrastructure Canada doivent commencer le 1er mai 2018. La Ville souhaite donc octroyer le contrat pour les services professionnels en juin 2015 et lancer un appel d’offres pour la construction des canalisations en février 2016. Les travaux devraient être effectués de mai 2016 à mai 2018.

     

    Infrastructure Canada soutient collaborer « étroitement » avec la Ville pour la mise en place de mesures d’atténuation pour protéger le canal de l’Aqueduc durant les travaux. Ces mesures seront incluses dans les exigences techniques que devra respecter le partenaire privé qui construira le nouveau pont. Le gouvernement fédéral assumera ces coûts, mais pas ceux liés aux canalisations envisagées par la Ville, car ils ne sont pas liés à la réfection et à l’élargissement de l’autoroute, a souligné le porte-parole d’Infrastructures Canada, James Chow.

     

    « Si la Ville de Montréal souhaite obtenir l’appui financier du gouvernement du Canada concernant le projet de canalisation de l’aqueduc Atwater, celle-ci peut effectuer une demande de priorisation à la province de Québec en vertu du nouveau Fonds Chantiers Canada », a pour sa part indiqué Vincent Rabault, attaché de presse du ministre fédéral de l’Infrastructure, Denis Lebel.

     

    De son côté, le MTQ dit n’avoir aucune intention de payer pour les travaux envisagés par la Ville. « Dans le cadre du projet Turcot, le ministère a eu une centaine de rencontres avec la Ville de Montréal », explique Sarah Bensadoun, porte-parole du MTQ.Après plusieurs discussions, les deux parties se sont entendues sur les mesures qui seraient acceptables pour limiter les risques de déversement et préserver la qualité de l’eau du canal de l’Aqueduc, assure-t-elle.

     

    Mme Bensadoun précise par ailleurs que la structure de l’autoroute 15 sera déplacée et éloignée du canal et que sa géométrie sera améliorée pour faire en sorte que sa courbe soit moins prononcée. Un mur étanche de 2,29 m sera également érigé entre le remblai de l’autoroute et le canal.

     

    Chantal Rouleau n’en démord pas. N’eût été les chantiers de Champlain et Turcot, la Ville n’aurait pas eu à faire ces travaux : « C’est aux gouvernements à payer, car ce n’est pas nous qui sommes responsables de ça. »













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