Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Connectez-vous
    Jean Doré en entretien au Devoir

    Des Champs-Élysées au coeur de Montréal?

    Au crépuscule de sa vie, l’ancien maire Doré jette un regard sur le passé et l’avenir de sa ville

    25 novembre 2014 |Jeanne Corriveau | Montréal
    L’ancien maire de Montréal Jean Doré, photographié au cours de l’entretien qu’il a accordé au Devoir
    Photo: Jacques Nadeau Le Devoir L’ancien maire de Montréal Jean Doré, photographié au cours de l’entretien qu’il a accordé au Devoir
    Il y a près de 30 ans, une nouvelle génération d’élus prenait le pouvoir à l’hôtel de ville de Montréal. Avec le Rassemblement des citoyens de Montréal (RCM), Jean Doré et son équipe mettaient un terme au long règne de Jean Drapeau. Au crépuscule de sa vie, Jean Doré a voulu parler de son sujet de prédilection : Montréal. Le Devoir l’a rencontré.
     

    Montréal peut voir grand, estime Jean Doré. Celui qui fut maire de Montréal de 1986 à 1994 est atteint d’un grave cancer, mais la maladie ne l’empêche pas d’avoir des idées pour la métropole. Parmi les projets qu’il rêve de voir se réaliser figure celui d’enfouir l’autoroute Métropolitaine pour en faire les « Champs-Élysées de Montréal ».

     

    Au mois d’août dernier, la vie de Jean Doré a basculé : l’homme de 69 ans a appris qu’il était atteint d’un cancer du pancréas, un cancer qui ne pardonne pas.

     

    Les traitements de chimiothérapie l’ont transformé physiquement. Lui qui gardait la forme, faisait du sport sans souci de santé a perdu 75 livres depuis l’été. S’il a perdu ses cheveux, ses yeux bleus ont conservé leur vivacité. Et surtout, sa voix grave n’est que peu altérée. « J’ai choisi le mauvais numéro », admet-il au sujet de son cancer.

     

    Assis à la table de sa cuisine, Jean Doré parle de Montréal avec passion et évoque de nombreux souvenirs. Au cours de l’entretien ponctué d’anecdotes, il s’emporte parfois, tape sur la table, laisse échapper quelques jurons.

     

    Élu maire de Montréal en 1986 à l’âge de 41 ans, Jean Doré est resté au pouvoir pendant deux mandats, des années pendant lesquelles son administration a modernisé l’appareil municipal, adopté un plan d’urbanisme et instauré de nouvelles règles démocratiques avec la création de l’Office de consultation de Montréal et des commissions permanentes.

     

    Au fil de l’entrevue, Jean Doré rappelle ses bons coups, notamment la création du Biodôme et de la plage de l’île Sainte-Hélène, l’aménagement du parc Jarry, l’adoption du plan d’urbanisme, la création du Musée Pointe-à-Callière ainsi que l’agrandissement du Musée d’art contemporain et du Musée des Beaux-Arts.

     

    Quand on lui demande quelle réalisation le rend le plus fier aujourd’hui, il hésite un moment avant de choisir la revitalisation du Vieux-Montréal. « Ça m’horripilait de voir l’hôtel de ville sur le bord de l’autoroute. Le Vieux-Montréal mourait. Montréal lui avait tourné le dos », dira-t-il.

     

    Jean Doré dit n’avoir aucun regret, même s’il évoque encore son absence lors de l’inondation de 1987. « On m’a dit qu’il n’y en avait pas de problème. Je suis revenu 24 heures plus tard et j’en ai payé le prix », dit-il.

     

    L’imposition d’une taxe professionnelle a aussi nui à sa réélection, soutient-il. Cette décision de son administration, il l’attribue au mauvais état de l’économie et à la décision de Québec de sabrer le financement du transport en commun. « Ça m’a tué politiquement. J’apparaissais comme celui qui ne pensait pas à l’économie et à la création d’emplois et comme celui qui ne se préoccupait pas des gens d’affaires. »

     

    Malgré tout, l’héritage de son administration demeure, dit-il : « On a remis Montréal sur les rails dans une stratégie de développement durable et on en tire les bénéfices aujourd’hui ».


    La Métropolitaine

     

    Vingt ans ont passé depuis que Jean Doré a quitté l’hôtel de ville, mais l’ancien maire demeure à l’affût de l’actualité politique. Les fusions-défusions ont laissé de profondes cicatrices à la ville. Selon lui, trop de pouvoirs ont été accordés aux arrondissements et dans le cas des transports et du déneigement, c’est problématique. « Je comprends que Coderre n’ait pas le goût de s’embarquer là-dedans. Il a d’autres chats à fouetter. Il veut faire avancer son agenda. Il a commencé à centraliser. Mais à un moment donné, il va se rendre compte qu’il y a une limite à ce qu’il peut faire. »

     

    Au cours de la dernière décennie, Montréal a aussi été victime de mauvais choix urbanistiques, selon lui. « Turcot, c’est une horreur. C’est le genre d’affaire où c’est Québec qui décide et c’est Montréal qui subit. » Il reproche d’ailleurs à l’ancien maire Gérald Tremblay de ne pas avoir mis son poing sur la table pour empêcher ce projet : « Le problème de Tremblay, c’est qu’il est un bon gars, mais il n’a pas de colonne vertébrale ».

     

    Le développement de Griffintown est aussi une grave erreur, selon lui. « On va peut-être réussir à réchapper le quartier en partie, mais c’est une erreur catastrophique sur le plan urbain et c’est une conséquence directe des défusions et de ce flou. C’est un lourd prix à payer », dit-il.

     

    Jean Doré a plusieurs rêves pour Montréal, dont celui de la voir récupérer une partie de la taxe de vente. « C’est clair que Montréal a besoin d’autres sources de revenus que les seules taxes foncières. C’était vrai en 1990. C’est encore vrai aujourd’hui », tranche-t-il.

     

    Mais Montréal doit aussi avoir des ambitions d’un autre ordre. Il lance alors une idée qui lui est chère : enfouir l’autoroute Métropolitaine entre les boulevards Lacordaire et Décarie. Tôt ou tard, il faudra rénover cette structure en décrépitude, rappelle-t-il. « La Métropolitaine a charcuté Montréal, a charcuté les paroisses, et a laissé un développement dégueulasse », relate-t-il.

     

    La construction d’un tunnel pourrait se faire sans déranger la circulation en surface. Le dégagement permettrait d’aménager « les Champs-Élysées de Montréal », dit-il. Le projet est ambitieux et coûteux, mais selon lui, les principes de TOD (Transit Oriented Development) pourraient être appliqués pour profiter de la plus-value foncière.

     

    Il affirme que Montréal ne serait pas confrontée à des difficultés techniques comme l’a été Boston avec son « Big Dig », où la rivière Charles causait problème. « À Montréal, il n’y aurait pas de coûts additionnels. Il n’y a pas de rivière souterraine. Rien à drainer. C’est possible de le faire », avance-t-il.

     

    Coderre

     

    Au sujet du nouveau maire, il se dit plutôt impressionné par sa performance après un an. « Il est chanceux, d’une certaine façon, d’arriver après toute la marde qui s’est passée. Il a eu le génie d’aller chercher [Denis] Gallant [comme inspecteur général] pour redonner une crédibilité [à la Ville]. Ça a rassuré beaucoup de gens. Est-ce que ça va tout régler ? Ça, c’est une autre affaire. »

     

    Il le met toutefois en garde contre la tentation de faire de la microgestion : « C’est dangereux dans la mesure où il risque d’être submergé et de ne pas mettre son attention sur l’essentiel. Lui, son focus, c’est ce qui s’est passé à “Je vois mtl” ».

     

    S’il se dit plutôt favorable à ce que Richard Bergeron se joigne au comité exécutif du maire Coderre, il émet quelques doutes à l’égard du nouveau chef de l’opposition, Luc Ferrandez. « S’il peut écouter. S’il peut penser qu’il n’a pas la science infuse. Le problème, c’est qu’il a une grosse tête », résume-t-il.

     

    Cela dit, Jean Doré affirme que, s’il avait été réélu pour un troisième mandat, il aurait testé, dans le cadre d’un projet pilote sur cinq rues résidentielles, des aménagements qu’il a vus à Amsterdam pour décourager la circulation de transit. Le tout appuyé par des constats d’infraction donnés aux automobilistes qui ne peuvent justifier leur présence dans ces rues. « C’est possible d’élever une famille à Montréal si la menace n’est pas constante avec la circulation », explique-t-il. « Il faut forcer les gens à prendre le réseau artériel. S’ils trouvent que le réseau artériel est trop lent, ils n’ont qu’à prendre le transport en commun ou faire du covoiturage. »

     

    Quand on lui signale qu’il est encore plus radical que M. Ferrandez, il se défend : « Oui, mais il faut le faire de façon coordonnée, en mesurant les impacts sur le réseau artériel. »

     

    Jean Doré estime que Montréal vit des moments privilégiés avec la mobilisation du milieu communautaire et du monde des affaires pour la tenue de l’événement « Je vois mtl » la semaine dernière. « C’est un élément fort. J’aurais été très fier d’être maire de Montréal avec cet événement-là », dit-il.

     

     













    Envoyer
    Fermer
    Les plus populaires


    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.