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    Réjean Thomas, médecin en quête de dépassement

    20 novembre 2014 | Vicky Fragasso-Marquis - La Presse canadienne - Collaboratrice | Montréal
    « J’ai des patients que je suis depuis 25 ans. Ils ont appris qu’ils avaient le VIH, au début des années 80. Ils sont passés à travers toutes les étapes ; ils étaient convaincus qu’ils allaient mourir, ils ont essayé la trithérapie, et là, ils vont encore bien. Ils n’avaient jamais imaginé pouvoir prendre leur retraite ! »
    Photo: Jacques Nadeau Le Devoir « J’ai des patients que je suis depuis 25 ans. Ils ont appris qu’ils avaient le VIH, au début des années 80. Ils sont passés à travers toutes les étapes ; ils étaient convaincus qu’ils allaient mourir, ils ont essayé la trithérapie, et là, ils vont encore bien. Ils n’avaient jamais imaginé pouvoir prendre leur retraite ! »
    Ce texte fait partie d'un cahier spécial

    « J’ai toujours vu la médecine comme un outil de transformation sociale », confie le Dr Réjean Thomas. Très jeune, il s’est engagé dans la cause de la lutte contre le sida, même s’il n’avait pas prévu parcourir tout ce chemin lorsqu’il est sorti de l’école, en 1979.


    « Moi, j’ai fait mes études et le sida n’existait pas », a rappelé le Dr Thomas, en entrevue téléphonique. Fraîchement diplômé, le jeune médecin d’origine acadienne s’est d’abord consacré à la médecine familiale traditionnelle à Rimouski.

     

    « J’ai fait des accouchements, des soins à domicile. J’ai fait toutes sortes de choses »,s’est-il souvenu. Il a apprécié l’expérience, mais il se sentait trop à l’étroit dans la petite ville. Celui qui avait grandi dans un rang à Tilley Road, au Nouveau-Brunswick, a débarqué à Montréal, tout juste avant que la maladie ne commence ses ravages.

     

    Dès 1982, le Dr Thomas s’est intéressé à la question en participant au Comité-SIDA, instauré par le gouvernement du Québec pour étudier la maladie. C’est deux ans plus tard que, du haut de ses 29 ans, il a fondé la clinique l’Actuel, spécialisée dans les infections transmissibles sexuellement, avec ses collègues Michel Marchand, Sylvie Ratelle et Alain Campbell.

     

    Il précise que la clinique n’était pas destinée à devenir le centre névralgique de la lutte contre le sida à Montréal. « On ne pensait pas que le sida deviendrait si important », a-t-il indiqué.

     

    Début de la lutte

     

    Lorsque le sida s’est bien implanté dans la ville, toutefois, le médecin a commencé à prendre part au débat public, notamment parce qu’il était invité par plusieurs médias qui voulaient en savoir davantage sur la maladie. « Il y avait beaucoup d’éducation à faire », a-t-il remarqué.

     

    Il avoue que la bataille contre la maladie a été difficile par moments, bien qu’il fût motivé par le « défi » médical et social. Au début des années 90, il a atteint un creux, découragé de voir tant de malades qui ne pouvaient pas encore être traités.

     

    « C’est là que j’ai été étudier en philosophie, pour essayer de prendre du recul », a-t-il expliqué.

     

    Missions internationales

     

    L’engagement du Dr Thomas a pris une autre forme dans les années 90, alors qu’il a été invité à participer à des missions internationales. Ces voyages auprès de populations vulnérables semblent lui avoir insufflé une nouvelle motivation pour continuer. Il s’est rendu notamment en Haïti, au Zimbabwe et en Afghanistan.

     

    « On rencontre des êtres humains et c’est ça qui est extraordinaire. Ils sont motivés, passionnés, malgré de si grandes embûches. Ça peut juste nous encourager à nous dépasser », a-t-il analysé.

     

    Ces expériences formatrices l’ont amené à fonder Médecins du monde Canada, en 1999.

     

    Dr Thomas parle avec émotion d’un projet qu’il avait mené à Cité Soleil, un des quartiers les plus pauvres de la capitale haïtienne, où des femmes enceintes atteintes du VIH recevaient des traitements pour ne pas transmettre le virus à leur enfant.

     

    « Après cinq ans, ils m’ont invité, et là, dans la salle, il y avait une soixantaine de femmes avec autant d’enfants, qui avaient toutes participé à ce projet-là. Et il n’y avait aucun enfant qui avait le VIH dans le groupe », a-t-il raconté fièrement.

     

    Cela ne l’empêche pas d’être valorisé dans son travail aussi lorsqu’il soigne chacun de ses patients, avec lesquels il a une relation privilégiée. « Les gens nous racontent leur vie. Parfois, on est la seule personne au monde qui connaît tout de leur vie. Et ça crée un contact assez spécial », a-t-il expliqué.

     

    « J’ai des patients que je suis depuis 25 ans. Ils ont appris qu’ils avaient le VIH, au début des années 80. Ils sont passés à travers toutes les étapes ; ils étaient convaincus qu’ils allaient mourir, ils ont essayé la trithérapie, et là, ils vont encore bien. Ils n’avaient jamais imaginé pouvoir prendre leur retraite ! »

     

    Le médecin de 59 ans compte travailler encore plusieurs années. Un engagement qu’il souhaite apolitique pour l’instant. « On peut s’engager socialement, sans entrer en politique, et pour le moment c’est ce qui m’intéresse », a-t-il conclu.













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