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    Suivre la rumeur de la ville

    Un tour guidé du Montréal sonore est organisé par l’UQAM

    13 novembre 2014 |Jeanne Corriveau | Montréal
    Considéré comme une nuisance par la Ville, le bruit peut aussi participer à l’ambiance urbaine. La rue Prince-Arthur peut par exemple sembler morose à côté du boulevard Saint-Laurent.
    Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Considéré comme une nuisance par la Ville, le bruit peut aussi participer à l’ambiance urbaine. La rue Prince-Arthur peut par exemple sembler morose à côté du boulevard Saint-Laurent.

    Des chants d’oiseau au tintamarre d’un chantier en passant par la circulation automobile, le bruit est omniprésent à Montréal, à tel point qu’il n’est pas facile de trouver un endroit où il est en dessous des niveaux recommandés par l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

     

    Oasis de verdure au coeur de la ville, le mont Royal n’est pas nécessairement une oasis de silence. Sur le flanc sud, dans un sentier parmi les arbres, le verdict tombe : « 66 décibels A », annonce Romain Dumoulin en consultant son sonomètre. « On est encore au-dessus des valeurs de l’OMS », commente-t-il.

     

    Au cours des deux prochaines heures, Romain Dumoulin fera ce constat à maintes reprises.

     

    Acousticien, assistant de recherche et technicien en contrôle du bruit à l’arrondissement du Plateau-Mont-Royal, M. Dumoulin animait la semaine dernière, en compagnie de Daniel Steele, étudiant au doctorat à l’Université McGill, une randonnée « sonore » dans les rues de Montréal.

     

    L’événement était organisé par le Coeur des sciences de l’UQAM. Le but : explorer la ville par ses bruits.

     

    Avant de partir sur le terrain, les participants apprennent les rudiments du bruit dans un laboratoire d’acoustique de l’Université McGill. « L’OMS donne des valeurs à ne pas dépasser pour éviter que la majorité des personnes soient sérieusement gênées par le bruit dans la journée. Le niveau à ne pas dépasser est 55 décibels A », explique Romain Dumoulin en faisant écouter à l’auditoire des bruits de différente intensité.

     

    Mais la réalité est plus compliquée qu’une simple mesure en décibels A (dBA). Bien d’autres éléments devraient être pris en considération, insiste Romain Dumoulin en faisant observer que le milieu universitaire remet en question les recommandations de l’OMS.

     

    À l’angle de la rue Peel et de l’avenue des Pins, lorsque les voitures s’élancent à la lumière verte, le sonomètre enregistre 80 dBA. « Ce ne sont pas des valeurs qui sont forcément dangereuses pour l’audition », assure M. Dumoulin.

     

    N’empêche qu’une exposition prolongée à un tel bruit aura des effets sur la santé, dont une réduction de la qualité du sommeil, un stress à long terme et des difficultés de concentration, explique-t-il.

     

    À mesure que le groupe grimpe le mont Royal, les bruits de la circulation font place à un ronronnement diffus : c’est la rumeur de la ville. Même dans ce parc, impossible d’oublier qu’on est en milieu urbain. Le grondement assourdi atteint 66 dBA, mais il n’est pas gênant. Du moins jusqu’à ce que surgisse un vrombissement insolite. C’est le système de ventilation d’un immeuble en contrebas orienté vers la montagne.

     

    Nuisance?

     

    Ce qui amène Romain Dumoulin à parler d’un enjeu central : le bruit dans le contexte de l’aménagement et de l’urbanisme. « Les urbanistes voient le bruit comme une nuisance. À la Ville de Montréal, le service qui s’occupe du bruit, c’est le service d’inspection », fait-il observer.

     

    Or, le bruit peut être un atout. La balade sonore conduit les participants sur le boulevard Saint-Laurent, animé et bruyant, qui contraste avec la morosité ambiante de la rue Prince-Arthur, sans voitures. « On pourrait croire qu’une rue piétonne sans voitures, c’est une solution parfaite pour l’environnement sonore, mais sur Prince-Arthur, ce ne sont que des commerces fermés, note le guide. C’est clair qu’il manque quelque chose. Pas nécessairement du son, mais il manque quelque chose. »

     

    Bordé d’immeubles, le carré Saint-Louis est un bon exemple d’un aménagement urbain favorisant le calme. Les ruelles de Montréal sont également des zones de calme relatif.

     

    Romain Dumoulin croit que Montréal aurait avantage à importer le concept de « zones calmes » à protéger comme cela se fait en Europe. Le temps serait peut-être aussi venu de dépoussiérer le règlement de la Ville sur le bruit qui date de plusieurs décennies, ajoute-t-il. Rappelons que ce règlement prohibe notamment le bruit de cris, de clameurs, de chants, d’altercations ou d’imprécations et « toute autre forme de tapage ».

     

    Une seconde balade aura lieu ce jeudi soir, et Romain Dumoulin en promet d’autres pour le printemps prochain.













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