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    Montréal

    Denis Coderre, un an plus tard

    1 novembre 2014 |Jeanne Corriveau | Montréal
    Le style du maire Denis Coderre a donné un électrochoc à la ville.
    Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le style du maire Denis Coderre a donné un électrochoc à la ville.
    Ce texte fait partie de notre section Perspectives.
    « There’s a new sheriff in town. » Cette phrase lancée par le maire Denis Coderre en mars dernier illustre bien la nouvelle ambiance qui règne à l’hôtel de ville de Montréal. Regard sur la première année de règne du maire Coderre.
     

    Denis Coderre se targue d’avoir redonné le sourire aux Montréalais et d’avoir remis la métropole à l’ordre du jour du gouvernement du Québec, martelant régulièrement le mot qu’il a créé : « incontournabilité ». L’ancien député libéral semble dans son élément dans son rôle de commandant du gros navire qu’est la Ville de Montréal avec ses 28 000 employés, mais ses adversaires surveillent de près ce maire.

     

    Depuis que les Montréalais l’ont porté au pouvoir le 3 novembre 2013, Denis Coderre est partout : sur le terrain, devant les caméras et dans la Twittosphère… au risque de trop s’éparpiller, disent ses critiques. Projet Montréal a d’ailleurs dressé une liste des priorités évoquées par Denis Coderre lors de ses interventions médiatiques au fil de la dernière année. L’équipe dirigée par Luc Ferrandez en a répertorié pas moins de 50, soit environ une par semaine.

     

    C’est que Denis Coderre s’intéresse à tout. Parmi ces priorités : la sécurité, l’itinérance, l’agrile du frêne, le transport, les salons de massage et la sécurité des chauffeurs de taxi, en passant par les terrains de baseball, la ville intelligente et une multitude d’enjeux.

     

    Le style extraverti du nouveau maire a semblé donner une décharge électrique à la Ville enlisée dans une lassitude généralisée héritée de l’ère Tremblay. « Il a fait un bon boulot, admet l’ancien sénateur Michael Fortier, maintenant vice-président du conseil de RBC Marchés des capitaux. Mais il est certain que le contraste est plutôt évident entre ses prédécesseurs et lui, dans le style comme dans le contenu. On avait des maires qui étaient plutôt discrets et je pense qu’il était temps que Montréal s’affirme. Elle le fait très certainement avec Denis Coderre. Montréal avait besoin de quelqu’un qui avait confiance en lui, qui savait ce qu’il voulait, qui ne craignait pas de le manifester et acceptait plutôt mal de se faire dire non. »

     

    La réforme honnie

     

    Les partis d’opposition à l’hôtel de ville reconnaissent aussi l’énergie déployée par le maire. Le chef intérimaire de Projet Montréal, Luc Ferrandez, lui prête quelques qualités. « À première vue, il est enjoué, il aime sa job, aime le monde. Il est présent. Il est vigilant. » Mais dans le bilan qu’il a dressé de la première année de règne du maire Coderre vendredi, le successeur de Richard Bergeron ajoute rapidement des bémols. « C’est quelqu’un qui est trop superficiel quand vient le temps de mettre en place des solutions », avance-t-il. « Il vient de pondre une réforme qui ignore 50 % des enjeux de terrain », dit-il au sujet de la réforme du financement des arrondissements, qu’il dénonce sur toutes les tribunes depuis l’été. Il promet d’ailleurs de talonner le maire sur ce dossier.

     

    « On sent qu’il a de l’énergie », convient aussi Benoit Dorais, maire du Sud-Ouest et chef de Coalition Montréal. « Il est déterminé. Il a une volonté d’agir et veut donner une direction, mais ce qui devient le défaut de sa qualité, c’est qu’il en vient à microgérer plein d’affaires. Tout devient une priorité. Il veut tellement se dissocier de l’ère Tremblay qu’il en vient à se perdre dans plein de détails. On dirait qu’il a le nez collé sur l’arbre. Au lieu de regarder la forêt, il regarde chacun des arbres pour essayer de régler les défauts de l’un et de l’autre, celui qui pousse croche, celui dont l’écorce n’est pas assez épaisse. »

     

    Comme son collègue Ferrandez, Benoit Dorais n’a toujours pas digéré la réforme du financement des arrondissements qui amputera le budget de plusieurs d’entre eux, dont le sien. Il lui reproche aussi son côté autoritaire qui fait en sorte qu’au conseil municipal, le vote libre ne semble pas exister au sein de l’Équipe Coderre, qui vote toujours d’un seul bloc. Sur une note plus positive, il salue la création de la table des maires.

     

    Denis Coderre a changé l’état d’esprit à Montréal, croit pour sa part la chef du Vrai Changement pour Montréal, Lorraine Pagé. Elle souligne sa présence et son côté « bulldozer ». Mais selon elle, il est un peu tôt pour faire le bilan des réalisations du maire.

     

    Si Denis Coderre a réalisé quelques bons coups, avec, notamment, la création du poste d’inspecteur général, sur bien d’autres fronts, il faudra patienter avant de voir des résultats concrets, dit-elle en citant le dossier des relations de travail et de négociation des conventions collectives ou le statut de métropole qui fait l’objet de négociations entre l’administration Coderre et le gouvernement du Québec.

     

    3 sur 5

     

    « D’une priorité à l’autre, on a un peu de difficulté à voir une vision d’ensemble », estime Mme Pagé, qui reproche au maire de négliger un enjeu majeur, soit les transports, au risque que, tôt ou tard, Montréal soit déclassée. Mme Pagé juge aussi que le maire aurait pu travailler davantage avec les arrondissements lorsqu’il a élaboré sa réforme du financement des arrondissements, alors qu’il répète souvent sa volonté de travailler avec tout le monde.

     

    « Je lui donnerais 3 sur 5. Il n’a pas échoué, mais il y a place pour l’amélioration », résume l’ancienne enseignante.

     

    De son côté, le maire de Westmount, Peter Trent, apprécie de voir « un maire de Montréal Vui prend des décisions et qui tient parole ». « Il lui faudrait peut-être prendre un peu plus de temps pour prendre des décisions, mais au moins il en prend », dit-il.

     

    Selon lui, M. Coderre a bien manoeuvré jusqu’à maintenant dans plusieurs dossiers, dont celui des régimes de retraite. Mais le maire Trent met en garde le maire Coderre contre l’envie de trop centraliser la Ville de Montréal.

     

    Le milieu des affaires

     

    Denis Coderre aurait même réussi à séduire les gens d’affaires, estime Michael Fortier. « Il avance. Il ne tergiverse pas. Je pense que c’est remarqué. Dans la communauté des affaires dans laquelle j’oeuvre, les gens aiment cette qualité d’action et de prise de décision. »

     

    Michael Fortier, qui avait d’ailleurs été pressenti pour être candidat à la mairie l’an dernier, connaissait peu Denis Coderre avant d’avoir à transiger avec lui il y a quelques mois dans le cadre des négociations pour le maintien à Montréal du Grand Prix de Formule 1. « Il a un esprit de synthèse assez remarquable », dit-il en rappelant toute la complexité du dossier, qui nécessitait la collaboration des trois ordres de gouvernement en plus des autres partenaires. « Il a compris très rapidement les enjeux et il posait les bonnes questions. À la fin des négociations, des points litigieux ont été soulevés et Denis [Coderre] a joué un rôle important pour que tout le monde embarque. Il s’en est occupé. On avait besoin d’une décision. »

     

    « Je suis certain qu’il va se tromper, et il l’a peut-être déjà fait, mais les gens qui ne prennent jamais de décisions ne se trompent jamais », reconnaît-il.













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