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    200 000 frênes menacés de disparition à Montréal

    L’agrile du frêne fait des ravages

    6 mars 2014 | Mélanie Loisel - Avec Jeanne Corriveau | Montréal
    Le tiers des arbres de la métropole pourrait disparaître d’ici dix ans.
    Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Le tiers des arbres de la métropole pourrait disparaître d’ici dix ans.

    Dans dix ans, peut-être même dans cinq ans, l’agrile du frêne pourrait faire disparaître plus de 200 000 arbres à Montréal. Des rues entières vont perdre toute leur verdure. De nombreux quartiers vont être dépouillés de leurs arbres. Et les passants n’auront plus autant de choix pour se mettre à l’ombre au parc Lafontaine lors des canicules d’été. Voilà ce qui risque d’arriver si la Ville ne prend pas les grands moyens pour lutter contre l’agrile du frêne ; un petit insecte venu d’Asie qui s’installe insidieusement sous l’écorce de l’arbre au point d’entraîner sa mort.

     

    Le maire de l’arrondissement de Rosemont–La Petite-Patrie, François Croteau, croit que ce n’est qu’une question de temps avant que tous les frênes de Montréal soient infestés. On en compte actuellement 200 000 sur le domaine public, sans compter tous ceux sur les propriétés privées. Le tiers des arbres de la métropole pourrait donc disparaître. Quinze arrondissements sont d’ailleurs aux prises avec l’agrile du frêne.

     

    « Le parasite ne s’élimine pas. Il faut soit traiter les frênes à vie, ou les couper. Donc, à terme, tous les frênes de Montréal disparaîtront. L’échéance de dix ans est réaliste et non alarmiste. Au pire, d’ici cinq ans, ça pourrait être l’hécatombe »,mentionne M. Croteau. « Si nous n’intervenons pas rapidement avec les moyens nécessaires, nous allons perdre le contrôle de la progression de l’infestation. Or, à l’heure actuelle, nous sommes très en retard », poursuit-il en rappelant que 300 arbres devront être coupés d’ici la mi-mars dans son arrondissement.

     

    Tsunami écologique

     

    La semaine dernière, l’arrondissement de Mercier–Hochelaga-Maisonneuve a aussi confirmé que 154 frênes devront être coupés pour tenter de limiter la propagation de l’agrile du frêne. Le maire de l’arrondissement et responsable du dossier au comité exécutif de la Ville, Réal Ménard, reconnaît que « la situation est urgente et préoccupante. » Bien qu’il refuse de dire que les 200 000 frênes de Montréal sont condamnés, M. Ménard affirme que des dizaines de millions de dollars, voire des centaines devront être investies pour gagner la bataille contre l’insecte ravageur.

     

    « La ville centre ne sera jamais dans une situation où elle aura 400, 500 millions à mettre pour l’agrile du frêne »,indique-t-il. Dans le récent budget, la maire de Montréal, Denis Coderre, a d’ailleurs prévu que 3,8 millions de dollars pour enrayer l’épidémie. M. Ménard croit que la solution sera de créer un « montage financier multipartite. »« Rien ne nous interdit de faire appel au gouvernement du Québec, au secteur privé. Il n’y a aucune municipalité en Amérique du Nord qui a mis les ressources qu’il fallait parce que ces ressources se chiffrent par millions de dollars », dit-il.

     

    Depuis sa découverte dans le sud de l’Ontario et au Michigan en 2002, la lutte contre la propagation de l’argile du frêne a déjà coûté des milliards de dollars. 100 millions de frênes ont été jusqu’à présent abattus tant au Canada qu’aux États-Unis. L’ingénieur forestier Bruno Chicoine, qui a fait parvenir une lettre au Devoir, parle d’un véritable « tsunami autant écologique que financier ». Comme un tsunami, l’agrile du frêne rase tout sur son passage tellement sa propagation se fait rapidement. Et une fois que le frêne est infesté, l’abattage coûte cher. À Montréal, il faut compter au moins un millier de dollars pour abattre un arbre, puis entre 2000 et 3000 dollars pour le remplacer. Ces coûts sont pour le moment assumés par les arrondissements, dont les ressources financières sont limitées.

     

    Un sommet le 10 mars

     

    Le maire de Rosemont–La Petite-Patrie, François Croteau, réclame donc un fonds d’urgence de 10 millions de dollars pour faire face à la crise. Lundi prochain, le 10 mars, les 19 maires d’arrondissement et ceux d’une quinzaine de villes ont prévu d’en discuter lors du sommet sur l’agrile du frêne. Réal Ménard, qui organise l’événement, affirme d’emblée que cette demande sera rejetée. « Ce n’est pas possible. On a déjà parlé de ça au conseil dans le cadre de notre réalité financière. Un 10 millions, ça peut se trouver si on est en partenariat », dit-il.

     

    De nombreux experts soutiennent que la meilleure solution reste encore le dépistage précoce de l’agrile du frêne et le traitement préventif des arbres. Or, Réal Ménard reconnaît que « la bataille contre l’agrile du frêne se fait à deux vitesses. »« En ce moment, il y a des arrondissements qui font peu d’efforts et d’autres qui font beaucoup d’efforts », affirme-t-il.

     

    Face à cette situation, l’Association des biologistes du Québec (ABQ) et le Conseil des espèces exotiques envahissantes rappellent que les villes auraient intérêt à investir les sommes nécessaires pour accélérer les démarches de prévention pour contenir l’infestation, et appellent Québec à collaborer. « Quand les frênes seront tous dépérissants, la facture associée à l’abattage d’urgence sera salée. Quand les frênes seront tous morts, faute de moyens, il sera très long de rebâtir un nouveau patrimoine forestier », affirme Kim Marineau de l’ABQ. Et si les frênes venaient à disparaître à Montréal, des études ont démontré que les conséquences sont nombreuses, dont l’augmentation des îlots de chaleur et même de la mortalité associée aux maladies des voies respiratoires et cardiovasculaires.


    Avec Jeanne Corriveau

    Le tiers des arbres de la métropole pourrait disparaître d’ici dix ans. L’agrile du frêne est arrivé au Québec en 2008.












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