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    Questions d’images - La ville intelligente de ses citoyens

    Serait-ce le parfum de cette fin d’été, le vent frisquet du matin, la lumière changeante de l’automne à nos portes ou le premier rougissement des feuilles dans ma rue ? Je ne saurais dire. Mais je me plais à penser qu’il règne sur Montréal un air légèrement purifié.

     

    Je ne peux me résoudre à penser que cette ville que j’aime tant ne saura sortir grandie de la crise délétère dont elle émerge à peine. « Ce qui ne me tue pas me rend plus fort », disait Nietzsche. Il n’y a plus qu’à espérer que les candidats en lice dans la course prochaine à la mairie apprendront eux aussi de cette forme de sagesse populaire. Quelques signaux récents me donnent de l’espoir.

     

    On y débat de nouveau. Plus qu’on ne s’y invective. On aperçoit les aspirants sur bien des tribunes, dans bien des cercles ou communautés. En quête de voix bien sûr, mais aussi et surtout, en quête d’idées nouvelles. Ils seraient en «mode» écoute que je ne serais pas étonné (ce à quoi, nous ne sommes guère habitués). Une ville à l’écoute de ses citoyens ? Le concept vous paraît nouveau, n’est-ce pas ? Il l’est.

     

    Il est évident que, pour le moment, chacun cherche ses bases. Chaque camp recrute ses joueurs. Des bons, des moyens, des potentiels et… des pas si nouveaux que ça ! On va même parfois jusqu’à changer de camp. Mais bon, on n’y peut rien, la politique restera toujours la politique. On ne doit donc pas s’attendre à ce que la politique évolue à ce point. Non, ce qui est nouveau, et cela concerne toutes les villes, c’est la place et l’influence que les citoyens prendront demain dans la gouvernance des cités. La technologie, les médias sociaux, les nouveaux usagers peuvent et vont en effet changer la donne.

     

    Les candidates ou les candidats qui prétendront demain vouloir pratiquer ce que Louise Guay qualifie d’« urbanité participative » risquent fort de séduire les électeurs. Mais, une fois élu(e) s, ils devront accepter les règles de ce qui les forcera à gouverner différemment, c’est à dire, non pas gérer des administrations, mais gérer avec des citoyens mobiles et mobilisés. Comprenons bien. L’espace de la ville n’est plus politique. Il est désormais citoyen. Pas étonnant qu’à ce sujet, à une conférence des « matinées créatives », division québécoise de Creative Mornings, les quatre aspirants maire de Montréal soient venus écouter la renommée Louise Guay, présidente du Living Lab de Montréal, dans une conférence intitulée Net and the City, un propos où s’éclaira l’importance et le rôle que les nouvelles plateformes, les médias sociaux et leurs usages, joueront dans l’avenir des cités.

     

    Pour la spécialiste de l’urbanité participative, et je la cite, « la technologie, entre nos mains, façonne notre relation avec la ville, nos communications et notre mobilité, tout en offrant la possibilité de partager avec la société nos comportements et nos déplacements. Peut-elle, du même souffle, créer une cohésion sociale en favorisant la reconnaissance et la coopération ? »

     

    Mais Louise Guay se refuse à réduire son propos à la seule définition « pratique » de ville intelligente, et à la multiplicité d’applications logicielles (oui, on peut faire une photo avec son téléphone ou sa tablette, d’un nid-de-poule dans sa rue, la géolocaliser et la faire parvenir à la Ville).

     

    Dans une entrevue qu’elle m’a accordée quelques jours après sa conférence, elle précise sa pensée. Elle va plus loin en se référant aux inévitables conséquences sociales, culturelles, économiques et politiques que permettra cette urbanité participative. « Les villes intelligentes sont le produit de firmes informatiques et d’ingénierie, mais nous sommes à une époque plus diversifiée qui permet d’espérer aller beaucoup plus loin dans l’interaction du public, du privé et du citoyen. On souhaiterait que les politiques n’expédient pas trop vite les questions essentielles du gouvernement de la ville et ne se jettent pas non plus sur les solutions toutes faites. Ce qui nous rassurerait serait de les voir étudier, apprendre et s’entourer de gens éclairés, généreux, courageux et humbles. »

     

    Elle craint, bien entendu, la récupération politique - d’ailleurs, comment l’éviter ? En s’affirmant davantage. Le véritable enjeu des citoyens de demain, ajoute-t-elle, sera véritablement d’apprendre à se gouverner eux-mêmes. On nous a dépossédés de nos villes, il nous faut « reprendre » la rue.

     

    Louise Guay n’a rien d’une révolutionnaire, sa reprise de la rue est tout à fait pacifique. Elle invite les citoyens à une plus grande participation, celle que la technologie permet aujourd’hui. Une vision réaliste dans un monde en pleine mutation. Elle conclut : « Toute ville, grande ou petite, peut se concevoir comme une ville-État. Un État dont les citoyens interagissent et se gouvernent en respect de leurs différences, de leurs cultures et de leurs habitudes. » La ville-État qui écoute et qui est écoutée.

     

    J’espère, comme elle, que les aspirants-maires sauront qu’il y a là des enseignements riches pour leur gouvernance de demain. D’ailleurs, si j’en crois certains observateurs, on les a vus prendre des notes et même intervenir, à l’occasion. La gouvernance participative et « intelligente ». On peut rêver, non ? Décidément, j’adore l’automne.

     

     

    Jean-Jacques Stréliski est professeur associé à HEC Montréal, spécialiste en stratégie de l’image.













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