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Une vive amertume envers le gouvernement Marois

Gérald Tremblay réaffirme publiquement son intégrité et blâme de nouveau les journalistes

30 avril 2013 | Brian Myles | Montréal
L’ancien maire de Montréal, Gérald Tremblay, allant témoigner pour la dernière fois devant la commission Charbonneau, lundi, à Montréal.
Photo : Jacques Nadeau - Le Devoir L’ancien maire de Montréal, Gérald Tremblay, allant témoigner pour la dernière fois devant la commission Charbonneau, lundi, à Montréal.

Gérald Tremblay a blâmé le gouvernement Marois pour sa démission précipitée, en novembre dernier, refusant de voir ses difficultés à débusquer la collusion et la corruption comme la cause profonde de sa descente aux enfers.


L’ex-maire de Montréal a terminé son témoignage à la commission Charbonneau sur une pointe d’amertume, en réaffirmant publiquement son intégrité. « Il est très blessant, souverainement injuste et immérité qu’un ou des gérants d’estrade profitent de leur tribune pour formuler des remarques désobligeantes à mon égard. Il est également inacceptable de faire porter à quiconque la responsabilité des actes criminels commis par d’autres », a-t-il lancé dans une déclaration sentie.


Selon M. Tremblay, aucun maire n’aurait pu s’attaquer à la collusion et à la corruption à l’hôtel de ville avec le succès de l’escouade Marteau et de la commission Charbonneau. Pour sa part, il a fait de son mieux, dans les limites des pouvoirs que lui conférait la loi, afin d’ébranler les réseaux occultes.


« Je suis aussi choqué que vous des révélations faites devant la commission. Des entrepreneurs, des ingénieurs, par cupidité auraient élaboré un système profitant de règles établies par l’autorité provinciale, notamment celle du plus bas soumissionnaire. Des conspirateurs ne conspirent pas en public », a-t-il expliqué.


Une dent contre le PQ


M. Tremblay a reproché à la première ministre, Pauline Marois, de l’avoir désavoué lors de l’ultime crise de leadership qu’il a traversée à la suite du témoignage de l’ancien organisateur d’Union Montréal, Martin Dumont. Il ne porte pas dans son coeur le ministre de la Métropole, Jean-François Lisée, qui n’a même pas daigné lui demander sa version des faits.


M. Tremblay a commencé à rédiger sa lettre de démission le samedi 3 novembre, au terme d’un appel de moins de cinq minutes de Mme Marois. Sa première question ? « Est-ce que t’as fini ta réflexion », a-t-il relaté.


Sans l’appui moral de la première ministre, il a compris qu’il ne pouvait plus gouverner la métropole. Le lundi suivant, il quittait la vie politique, après 11 ans à la mairie.


M. Tremblay est retombé dans ses vieux réflexes de blâmer les journalistes pour ses déboires. Il s’est plaint « d’acharnement médiatique disproportionné » à la suite du témoignage de Martin Dumont, le 30 octobre.


L’ex-organisateur avait déclaré que le maire était au courant de l’existence d’une double comptabilité au sein d’Union Montréal. « Il n’y a jamais eu de rencontre. Il n’y a jamais eu de double comptabilité à Union Montréal », a dit M. Tremblay.


L’ex-maire affichait un air contrit, et il était beaucoup moins jovial que la semaine dernière. De nombreux sujets sont restés en suspens, entre autres les menaces dont il aurait fait l’objet de la part du crime organisé, ainsi qu’il le révélait dans un entretien au Devoir, à la veille de l’élection 2009.


Lundi soir, Martin Dumont a réitéré par voie de communiqué qu’il maintenait intégralement son témoignage.

 

La FINA avant la collusion


Pour l’essentiel, M. Tremblay a minimisé sa connaissance des irrégularités dans l’octroi de contrats. En 2005, la lutte contre la collusion était moins pressante que le sauvetage des Mondiaux aquatiques de la FINA dans ses priorités.


M. Tremblay se souvient d’avoir approuvé un contrat de 500 000 $ à la firme Macogep pour évaluer le coût des travaux d’infrastructures, en février 2005, sans toutefois qu’on lui ait parlé de collusion.


Il a nié le témoignage du fonctionnaire Serge Pourreaux, selon lequel il participait personnellement aux travaux du chantier d’optimisation. En centralisant les appels d’offres au sein de la direction des approvisionnements, la Ville espérait réaliser des économies annuelles de 40 à 45 millions. Ce chantier prometteur a été torpillé en raison d’une résistance politique et administrative.


« Je n’ai jamais participé à un comité stratégique. Je n’y assistais pas », a dit M. Tremblay. À l’hiver 2005, il était moins présent à l’hôtel de ville, car il avait le mandat de sauver du désastre les Mondiaux aquatiques, prévus en juillet.


L’ex-maire a maintenu sa version des faits, à savoir qu’une première étude secrète faisant état de l’existence d’un « marché fermé » à Montréal, datant de 2004, lui a été cachée jusqu’à l’automne 2012. « Je ne sais pas qu’il existe, ce rapport, a dit M. Tremblay. Je ne l’ai jamais vu. »


La juge France Charbonneau a paru sceptique. « Vous n’étiez tout de même pas dans une tour d’ivoire. Vous deviez quand même avoir des échos à gauche et à droite », a-t-elle dit.


« Non », a répondu M. Tremblay. C’est seulement en 2009 qu’il a pu obtenir un portrait complet du problème.


Les anomalies dans l’octroi du contrat des compteurs d’eau lui ont également été cachées. Par crainte de représailles, les fonctionnaires montréalais hésitent à outrepasser l’autorité de leurs supérieurs et à dénoncer des dérives aux rangs supérieurs de l’administration municipale. Selon le témoin, c’est sans doute la raison pour laquelle une lettre du directeur de l’eau, Réjean Lévesque, ne s’est jamais rendue à son bureau.


En 2007, M. Lévesque lançait un « cri d’alarme » sur les risques inhérents au contrat, dans une lettre adressée à Yves Provost, directeur général adjoint aux infrastructures.


Le gonflement des coûts, de 50 à 400 millions et l’absence d’implication du Contentieux et des Finances pesaient sur l’octroi de ce contrat, écrivait l’ingénieur Lévesque. Il suggérait quelques recommandations de son cru pour « garantir la transparence, l’image d’intégrité et d’éthique » de la Ville.


Ces préoccupations, comme tant d’autres, ne sont jamais venues aux oreilles de Gérald Tremblay.

 
 
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