Amer, Gérald Tremblay se dit intègre
L’ex-maire regrette d’avoir choisi Frank Zampino
« C’était pas dans son intérêt de me le dire. Si j’avais été avisé, il aurait perdu son poste de président du comité exécutif », a dit M. Tremblay, jeudi, à la commission Charbonneau.
Personne n’a levé de drapeau rouge sur les fréquentations de Frank Zampino. La commission Charbonneau lui en a appris plus à ce sujet que tous les membres de son entourage politique réunis.
Les cachotteries de M. Zampino ont duré jusqu’à la toute fin de leur collaboration. Lors de sa démission, en 2008, il n’a jamais voulu révéler au maire l’identité des personnes qui avaient séjourné avec lui sur le bateau de Tony Accurso, soit le bras droit de l’entrepreneur, Frank Minicucci, et Rosaire Sauriol. À la suite de ces croisières, Dessau et Simard Beaudry ont mis la main sur le contrat litigieux de 356 millions pour l’installation des compteurs d’eau. « Il sait très bien que s’il donne les noms, c’est la fin du contrat », a dit M. Tremblay, qui se targue d’avoir résilié ledit contrat.
M. Tremblay est d’attaque et visiblement déterminé à se camper en politicien intègre, qui a pris tous les moyens pour lutter contre la corruption et la collusion à l’Hôtel de Ville du temps où il était maire de Montréal, de 2001 à 2012. La commission lui offre l’une des dernières tribunes de sa vie publique afin de rétablir un tant soit peu sa réputation, durement malmenée par une décennie de scandales.
M. Tremblay ne posera pas en victime, comme il l’a laissé entendre dans son discours de démission, le 5 novembre. « Si je me suis entouré de certaines personnes qui peuvent avoir trahi ma confiance, j’en assume l’entière responsabilité. Ce sont mes choix. Je ne blâme personne », a-t-il dit à la commission sur un ton blessé, et parfois même amer.
Fidèle aux valeurs inculquées par ses parents - honnêteté, intégrité, solidarité -, M. Tremblay a présumé de la probité et de la bonne foi de ses plus proches collaborateurs, pour son plus grand malheur.
Où étiez-vous ?
Sonia LeBel, procureure en chef, a résumé l’état d’esprit du public à l’égard de l’ex-maire, qui souffre d’un déficit de crédibilité en matière de lutte contre la corruption et la collusion. « Où étiez-vous ? », lui a-t-elle demandé, tout simplement.
« Je n’ai jamais fait d’aveuglement volontaire, je ne suis pas naïf, je suis une personne qui fait confiance. […] Toutes les fois que j’ai été informé d’une situation, j’ai agi », a répliqué M. Tremblay, répétant une ligne familière, pour ne pas dire usée, qu’il a servie pendant des années aux journalistes couvrant la politique municipale.
M. Tremblay a donné en exemple le cas de Robert Abdallah pour bonifier son image de maire intransigeant quant aux dérives éthiques. En 2006, il a montré la porte à son directeur général en raison de ses mauvaises fréquentations. En pleine préparation de l’appel d’offres pour le contrat des compteurs d’eau, M. Abdallah avait été vu à plusieurs reprises avec Tony Accurso (Simard Beaudry) dans le salon privé d’un restaurant du centre-ville. « Le lien de confiance était brisé », a-t-il dit. Jusqu’à ce jour, le maire n’avait expliqué à personne, pas même à M. Abdallah, les raisons de ce renvoi prématuré.
M. Tremblay s’est montré tout aussi expéditif avec Bernard Trépanier, le directeur du financement d’Union Montréal. Le maire était horrifié après avoir reçu un appel de la haute direction de SmartCentres, à Toronto. En se présentant comme un de ses conseillers, Bernard Trépanier aurait réclamé un pot-de-vin d’un million de dollars pour un projet dans Saint-Michel.
M. Tremblay a tout révélé à Frank Zampino, en l’informant qu’il allait congédier le directeur du financement dans la minute. La seule préoccupation de M. Zampino était de savoir s’il y avait une enquête de police sur cette tentative d’extorsion. Fait à souligner, M. Zampino a témoigné que le maire ne lui avait jamais parlé du renvoi de Bernard Trépanier.
« Frank Zampino était au courant », assure M. Tremblay. Ses démarches n’en sont pas restées là. M. Tremblay a raconté l’épisode au directeur du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), Yvan Delorme. Son analyse l’a surpris. M. Delorme lui aurait dit : « Il n’y a pas eu de tort de commis, donc il n’y a pas matière à enquête. »
Impossible 3 %
Bernard Trépanier a été congédié « pour la forme » en février 2006, a reconnu l’agent officiel du parti, Marc Deschamps. « Monsieur 3 % » a continué de s’occuper des cocktails de financement du maire, et il a conservé son certificat de collecteur jusqu’en 2009.
Selon Gérald Tremblay, M. Deschamps a fait une erreur en permettant à M. Trépanier de rester dans l’entourage du parti. M. Tremblay a lui aussi toléré la présence de l’arnaqueur présumé, en allant même jusqu’à le féliciter pour un cocktail particulièrement réussi, qu’il avait organisé après son « départ » du parti.
À l’instar de Marc Deschamps, M. Tremblay ne croit pas un seul instant à l’existence d’un stratagème grâce auquel Union Montréal aurait perçu des ristournes de 3 % sur la valeur des contrats accordés aux entrepreneurs et aux firmes de génie-conseil. « Il n’y a jamais eu de 3 % à Union Montréal. C’est impossible », a-t-il lancé.
Malgré l’avalanche des révélations sur le financement illégal du parti, M. Tremblay continue de croire que tout était en ordre. Il a invité la commission à considérer sérieusement la possibilité que des gens malintentionnés s’en soient mis plein les poches en utilisant le prestige du parti. « C’est trop gros pour être vrai. C’est certain que ce n’est pas allé dans les coffres d’Union Montréal », estime-t-il.
Pressé d’en découdre avec l’ancien organisateur du parti, Martin Dumont, il a également dit qu’il est « irréel » de penser qu’Union Montréal utilisait une double comptabilité pour cacher le financement illicite.
Son témoignage reprendra lundi.







