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Commission Charbonneau - «Vous m’avez menti tout à l’heure»

Contredisant son précédent témoignage, Frank Zampino est forcé par le commissaire Lachance d’avouer qu’il avait eu vent de la collusion à Montréal en 2006

24 avril 2013 | Brian Myles | Montréal
Confronté à ses déclarations contradictoires à la commission Charbonneau, Frank Zampino a fini par concéder mardi qu’il avait peut-être répondu « trop vite » aux questions portant sur sa connaissance des stratagèmes de collusion.
Photo : Jacques Nadeau - Le Devoir Confronté à ses déclarations contradictoires à la commission Charbonneau, Frank Zampino a fini par concéder mardi qu’il avait peut-être répondu « trop vite » aux questions portant sur sa connaissance des stratagèmes de collusion.
Frank Zampino en savait beaucoup plus sur la collusion à l’hôtel de ville qu’il semblait prêt à l’avouer devant la commission Charbonneau. Le commissaire Renaud Lachance l’a piégé mardi dans sa toile de mensonges.

À la suite d’un échange corsé avec M. Lachance, M. Zampino a été forcé d’admettre qu’il a eu vent de la collusion dans l’octroi des contrats en 2006. Il a pris des mesures pour « donner suite » à un rapport de vérification interne faisant état « d’indices de collusion ».


Depuis le début de son témoignage, l’ex-président du comité exécutif affirmait qu’il avait appris l’existence des problèmes en écoutant la commission Charbonneau. Personne, pas même ses bons amis Bernard Trépanier et Rosaire Sauriol, n’avait levé « un drapeau rouge » au sujet du partage des contrats, assurait-il.


« Vous m’avez menti tout à l’heure lorsque je vous ai posé la question “est-ce que vous avez déjà entendu parler d’indices de collusion à Montréal ?”. Vous m’avez dit “ non, pas avant la commission”», a souligné M. Lachance.


Le rapport de vérification de 2006 révélait que quatre entreprises en construction avaient obtenu la moitié des contrats de voirie, d’infrastructures et d’égout en 2005. Il s’agissait de Simard Beaudry/Construction Louisbourg, d’Infrabec, de Pavages CSF/Construction Mirabeau et de Sintra/Pavage Moto.


« En raison de l’absence des moyens de prévention et de détection de collusion, fraude, conflit d’intérêts et autre acte illégal, et des solutions de rechange disponibles pour exécuter les travaux, la Ville n’est pas en mesure d’obtenir les services requis de façon économique », concluait le rapport.


Les entreprises fautives n’étaient pas nommées dans le rapport, mais elles l’étaient dans une lettre confidentielle transmise au nouveau directeur général, Claude Léger. Lors de son témoignage, M. Léger a dit qu’il avait partagé le contenu du rapport et de la lettre avec M. Zampino et en avait discuté avec lui.


Le bras droit de Gérald Tremblay a gardé l’information pour lui. « Je ne me rappelle pas d’en avoir parlé au maire », a dit M. Zampino. M. Tremblay aura la chance de s’expliquer puisqu’il a été officiellement confirmé mardi comme le prochain témoin à la commission Charbonneau.


Pour se tirer d’affaire, M. Zampino a indiqué que des rapports semblables étaient produits tous les jours à la Ville. Il a attribué à Claude Léger la responsabilité d’informer le maire du suivi de l’étude de 2006. « Je m’objecte à ce qu’on essaie d’insinuer que je n’ai pas pris part active » dans le suivi du dossier, a-t-il lancé. Confronté à ses déclarations contradictoires, il a fini par concéder qu’il avait peut-être répondu « trop vite » aux questions portant sur sa connaissance des stratagèmes de collusion. « Je suis désolé. »

 

Amitiés cachées


M. Zampino a caché à l’ex-maire Gérald Tremblay ses liens d’amitié avec Rosaire Sauriol et Tony Accurso, les deux gagnants du plus important contrat jamais accordé par la Ville de Montréal pour l’installation des compteurs d’eau.


M. Zampino connaît Rosaire Sauriol, l’ex-vice-président de Dessau, depuis la fin des années 90. À la suite de sa démission de la présidence du comité exécutif, en 2008, il a été recruté à titre de vice-président et chef de la direction financière par Dessau. M. Zampino est aussi un ami de longue date de Tony Accurso, qu’il connaît depuis une trentaine d’années. Leurs pères ont brassé des affaires ensemble.


M. Zampino juge tout à fait normales ses fréquentations avec Sauriol et Accurso, même si leurs entreprises ont obtenu d’importants contrats de la Ville de Montréal lorsqu’il était à la tête du comité exécutif, de 2001 à 2008.


Il reconnaît cependant avoir fait « une erreur de jugement » en acceptant de séjourner sur le bateau de Tony Accurso, le Touch.


Il y est allé une première fois en 2005 avec des membres de sa famille, en l’absence de M. Accurso. Il y est retourné deux fois avec l’homme d’affaires et Rosaire Sauriol, en janvier 2007 et en février 2008, en plein coeur des préparatifs pour l’octroi du contrat des compteurs d’eau pour l’administration Tremblay. Il n’y a aucun lien entre ces croisières de luxe et l’octroi du contrat des compteurs d’eau, dit-il.


« Même si j’ai tissé des liens, dans certains cas des liens serrés, pour moi, j’ai toujours été capable de faire la distinction claire entre mes liens d’amitié et mes responsabilités en tant qu’élu », a assuré M. Zampino.


Sous sa gouverne, un consortium formé de Dessau et de Simard Beaudry (propriété de M. Accurso) a obtenu le contrat de 356 millions pour l’installation des compteurs d’eau. Ce contrat a été annulé à la suite de nombreuses irrégularités constatées par le Vérificateur général de la Ville de Montréal. Le scandale des compteurs d’eau a mis fin à la carrière politique de M. Zampino.

 

Amitiés étonnantes


Malgré ses déboires, M. Zampino est resté un ami de Rosaire Sauriol et de Tony Accurso, ce qui a fait bondir le commissaire Renaud Lachance.


Depuis le début de son témoignage à la commission Charbonneau, Frank Zampino a maintes fois répété que Rosaire Sauriol et les autres membres du cartel des ingénieurs lui avaient caché leur implication dans un stratagème de collusion.


M. Sauriol vous a menti pendant sept ans sur la collusion, il vous a « triché dans le dos », il a « volé » les Montréalais et vous le considérez encore comme un ami ? s’est étonné M. Lachance.


Le témoin a esquivé la question en faisant la leçon au commissaire sur l’interprétation à donner au témoignage de M. Sauriol. « Vous ne nous direz pas comment faire notre travail ; on va passer à autre chose », lui a répondu sèchement M. Lachance.

 
 
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