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Montréal prise entre deux cônes orange

Plusieurs appréhendent un ralentissement des travaux de voirie

Les contrats d’infrastructures se donnent au compte-gouttes à Montréal depuis le début de l’année 2013.
Photo : Jacques Nadeau - Le Devoir Les contrats d’infrastructures se donnent au compte-gouttes à Montréal depuis le début de l’année 2013.
Au cours des dernières années, les automobilistes ont été nombreux à se plaindre de l’invasion des cônes orange dans les rues de Montréal. Cet été, ils pourraient au contraire protester parce qu’il n’y en a pas assez. Réfractaire à l’idée d’octroyer des contrats à des firmes de construction à la probité douteuse, la Ville de Montréal craint la paralysie de ses chantiers.

Chaque année, l’arrondissement de Villeray—Saint-Michel -Parc Extension effectue des travaux de réfection de chaussée de 3 à 4 millions de dollars dans ses rues. Mais cet été, l’arrondissement s’attend à faire une fraction des travaux requis, en raison des règles que les élus ont mises en place pour contrer la corruption et la collusion.


La mairesse Anie Samson approuve les précautions prises par l’administration de coalition pour combattre les malversations, mais elle appréhende un ralentissement important des travaux de voirie. « On a besoin de refaire nos rues. Si on contourne nos règles éthiques, on va accorder des contrats à des entreprises dont on ne veut pas », dit-elle.


Ce dilemme éthique, les maires des 19 arrondissements - et celui de Montréal - le vivent tous les jours. Soit ils laissent dépérir leurs infrastructures, soit ils confient leurs travaux à des firmes montrées du doigt à la commission Charbonneau. Conséquence de ce malaise : les contrats d’infrastructures se donnent au compte-gouttes à Montréal depuis le début de l’année 2013. Des investissements de 750 millions de dollars sont en jeu dans les prochains mois, a prévenu le maire Michael Applebaum dans une lettre adressée au gouvernement Marois datée du 21 février dernier.


« Quand il s’agit de recommander l’octroi d’un contrat au conseil municipal, le dilemme éthique se pose chaque fois », relate Laurent Blanchard, président du comité exécutif de la Ville.


Mercredi dernier, le comité exécutif a ainsi approuvé trois contrats totalisant 956 000 $ à Génivar et à Dessau, deux firmes citées à la commission Charbonneau pour collusion et financement illégal de partis politiques. La Ville a demandé un décret au gouvernement Marois pour que les contrats soient scrutés par l’Autorité des marchés financiers (AMF) et l’Unité permanente anticorruption (UPAC). Si jamais les firmes n’obtiennent pas leur « certificat de bonne conduite », les travaux seront tout simplement suspendus, le temps de trouver un autre fournisseur honnête.


« J’appelle ça la théorie de l’asphalte : on donne les contrats et on demande à l’AMF de se grouiller », résume Laurent Blanchard.

 

Climat de suspicion


En décembre dernier, l’administration Applebaum s’est entendue avec Québec pour que des contrats de 100 000 $ et plus puissent être assujettis à la Loi sur l’intégrité en matière de contrats publics, alors que le gouvernement avait fixé la barre à 40 millions.


La Ville s’est-elle tiré dans le pied en faisant une telle demande au gouvernement du Québec ? Laurent Blanchard croit que oui, mais il apporte une nuance. « Aurait-on pu mettre la barre à 1 million, à 500 000 $? On l’a mise à 100 000 $. Ç’a été un choix arbitraire du maire Applebaum dans la mesure où on était au début de décembre, dans la tourmente qui a suivi le départ de M. [Gérald] Tremblay. »


Selon lui, le contexte pouvait justifier cette décision. Et le même climat de suspicion demeure, note-t-il. « Avec les témoignages de Bernard Trépanier, de Frank Zampino et celui à venir de Gérald Tremblay, on ne peut pas dire que ce qui se passe publiquement renforce l’image de la Ville de Montréal et de ses élus », laisse-t-il tomber.


Les contraintes que la Ville de Montréal s’est elle-même imposées, les autres villes en sont épargnées, déplore-t-il. « Les ministères et les autres villes accordent des contrats en toute impunité. Nous, on s’est imposé un carcan pour rétablir la confiance des Montréalais. Les Montréalais vont-ils dire que, parce qu’on s’est imposé un carcan, on paralyse la Ville ? », se demande M. Blanchard.

 

Pas de passe-droit


Depuis décembre, la Ville a soumis 75 contrats à l’AMF - qui affirme avoir reçu en bonne et due forme 39 de ces dossiers. De ce lot, seuls deux soumissionnaires, Excava-Tech et Pavages Chenail, viennent d’obtenir la certification de l’AMF. Depuis des mois, la Ville se plaint de la lenteur du processus. Le maire de Québec, Régis Labeaume, avait fait état des mêmes récriminations jusqu’à ce que l’AMF accorde en mars dernier sa bénédiction à ADF, l’entreprise retenue pour la construction de la structure d’acier de l’amphithéâtre.


« Les Montréalais sont en droit de se poser des questions sur le fait que l’AMF ne semble pas considérer avec le même sentiment d’urgence les contrats attribués à Montréal par rapport à ceux attribués pour l’amphithéâtre de Québec », dit Laurent Blanchard.


L’AMF balaie ces critiques du revers de la main. « Il n’y a pas de passe-droit. Le dossier est enclenché à partir du moment où il rentre chez nous », dit Sylvain Théberge, porte-parole de l’AMF.


Une demi-douzaine de maires d’arrondissement nous ont dit la même chose : ils craignent une quasi-paralysie des travaux dans l’île cette année. « Je suis très inquiet. Les infrastructures sont dans un état pitoyable. A-t-on oublié les mauvais souvenirs des dernières années [l’effondrement de deux viaducs à Laval] ? », lance François Croteau, maire de l’arrondissement de Rosemont -La Petite-Patrie.


Les travaux d’aqueduc et d’égout représentent la vaste majorité des projets en suspens. On note aussi des chantiers jugés prioritaires, comme celui de l’échangeur Pie IX -Henri-Bourassa, la transformation du boulevard Saint-Laurent entre les rues Bernard et De Bellechasse ou le réaménagement de l’avenue Laurier entre le boulevard Saint-Laurent et la rue Saint-Denis.


« En plus des craintes pour la sécurité des citoyens, il y a des effets sur l’économie montréalaise : l’industrie de la construction tourne au ralenti », dit Lionel Perez, maire de l’arrondissement de Côte-des-Neiges -Notre-Dame-de-Grâce.


Les maires ne le disent pas trop fort, mais ils ont une autre crainte : les entreprises malhonnêtes, qui n’obtiendraient pas leur « certificat de bonne conduite » de l’AMF, seront bannies des contrats publics pour une durée de cinq ans. Un problème de plus pour une ville qui en a déjà pas mal sur les bras.

Les contrats d’infrastructures se donnent au compte-gouttes à Montréal depuis le début de l’année 2013. <div>
	Les travaux d’aqueduc et d’égout représentent la vaste majorité des projets en suspens.</div>
 
 
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