Le SPVM défend son application du règlement P-6
Si les policiers montréalais appliquent avec plus de sévérité le règlement P-6 depuis le 15 mars dernier, c’est en raison de la recrudescence d’actes de violence à leur endroit, ont expliqué mercredi trois hauts gradés du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM).
La manifestation du 5 mars dernier a marqué un tournant, a indiqué l’inspecteur Alain Simoneau, chef du poste 21 (au centre-ville de Montréal) lors d’une présentation devant les membres du comité exécutif de la Ville, en compagnie du directeur du SPVM, Marc Parent.
« Un groupe bien défini voulait confronter les policiers. Ils se sont masqués et ils ont attaqué un symbole qui était, depuis des lunes à Montréal, intouchable : les chevaux de la cavalerie et les cavaliers », a relaté l’inspecteur Simoneau.
Observant une radicalisation d’un « noyau dur » parmi les manifestants, le SPVM a décidé que la tolérance dans l’application du règlement n’était plus de mise. Ainsi, la manifestation annuelle contre la brutalité policière du 15 mars a été rapidement déclarée illégale, les manifestants ayant refusé de fournir leur itinéraire. Quelque 200 personnes ont été arrêtées.
S’appuyant sur un bilan de 2013, le directeur adjoint au SPVM, Pierre Brochet, a fait valoir que l’application plus stricte du règlement P-6 évitait les dérapages et les scènes disgracieuses abondamment relayées par les médias. « Lorsque P-6 est utilisé, il y a moins de méfaits et les policiers ont moins recours à la force », a-t-il soutenu.
La tête d’Anarchopanda
Mais les élus sont sceptiques. Depuis quelques semaines, ils sont nombreux à recevoir des courriels outrés de citoyens dénonçant l’attitude des policiers et le caractère abusif du règlement. Projet Montréal, dirigé par Richard Bergeron, entend d’ailleurs déposer une motion au conseil municipal de lundi prochain afin de réclamer l’abrogation du règlement controversé.
Membre de Vision Montréal, Réal Ménard n’est pas prêt à aller aussi loin, car abroger le règlement P-6 signifierait, selon lui, d’abolir les règles encadrant les manifestations. Mais il a exigé du SPVM des preuves que le règlement était appliqué avec discernement.
Il a aussi questionné les policiers au sujet du traitement infligé à Anarchopanda, qui, lors de la manifestation du 5 avril dernier, s’est fait confisquer la tête de son costume en plus de recevoir une contravention de 637 $.
« Anarchopanda avait été avisé avant la manifestation de ne pas porter de masque, a répliqué l’inspecteur Simoneau. Et il avait une affiche de Ian Lafrenière [responsable des communications du SPVM] de bonne dimension posée sur son arrière-train qui incitait les gens à lui taper les fesses. »
Quant à la tête du costume, elle a été confisquée « en vertu du Code de procédure pénale afin d’éviter une poursuite d’infraction », a-t-il dit. Elle a été restituée à son propriétaire quelques jours plus tard.
Au sujet du graffiti montrant Ian Lafrenière avec une balle dans le front, Réal Ménard s’est étonné que la justice s’en prenne à la citoyenne qui a fait circuler l’image sur les médias sociaux plutôt qu’à la personne qui a fait le dessin. « Le système de justice verra à faire son oeuvre », a répliqué Pierre Brochet.
Pour sa part, la conseillère Josée Duplessis a déploré que des citoyens sans mauvaises intentions soient pris en souricière par les policiers, qui leur imposent des amendes salées.
Le maire Michael Applebaum a donné un appui non équivoque aux policiers. Il a plaidé en faveur du maintien du règlement P-6, alléguant qu’exiger un itinéraire aux manifestants était légitime.








