Coderre tente de rallier les élus de Montréal
L’aspirant maire ne serait cependant pas le choix de la communauté des affaires
Le député fédéral doit confirmer sa candidature au plus tard dans un mois pour le poste de maire de Montréal. Lui et son équipe croient être en mesure de faire le plein d’appuis au conseil municipal, surtout chez les indépendants et chez Union Montréal (l’ex-parti de Gérald Tremblay), a appris Le Devoir de sources fiables.
La récolte s’annonce toutefois mince au sein du « Montréal inc. » : la communauté d’affaires hésite à appuyer le député fédéral, indiquent nos sources.
Loin des projecteurs, une équipe d’organisateurs a commencé à travailler de façon informelle pour Denis Coderre, plus de six mois avant l’élection de novembre prochain. Deux représentants de la firme National font partie de la garde rapprochée de l’aspirant maire : il s’agit de Serge Paquette, qui a milité chez les libéraux fédéraux, et de Pierre Bélanger, ex-ministre péquiste de la Sécurité publique, devenu conseiller principal au sein du cabinet de relations publiques.
Ces stratèges et d’autres proches de M. Coderre ont sondé l’intérêt d’une série d’élus, qui attendent désespérément un « sauveur » après la tempête éthique qui a emporté l’ex-maire Gérald Tremblay. « Tout le monde attend que Denis annonce sa candidature avant de bouger. Les élus sont nerveux », dit une source bien au fait des jeux de coulisses à l’Hôtel de Ville.
Grande réflexion
Deux maires d’arrondissement qui ont donné leur appui à Denis Coderre pourraient entraîner d’autres élus dans leur sillage. Il s’agit de Gilles Deguire (Montréal-Nord) et d’Anie Samson (Villeray -Saint-Michel -Parc-Extension). Des conseillers tels que Frantz Benjamin et Mary Deros pourraient les suivre.
« Je connais Denis Coderre, c’est un enflammé. Je l’ai vu aller sur le terrain. Il est proche des gens, à l’écoute, réfléchi, inspiré et, j’ose espérer, inspirant. Il devrait apporter un nouveau souffle à la métropole, dit Gilles Deguire. L’ensemble des citoyens à Montréal veut du changement, et il incarne ce changement », ajoute le maire de Montréal-Nord.
Deux autres maires d’arrondissement sont pressentis pour faire équipe avec Coderre : Pierre Gagnier, maire indépendant d’Ahuntsic-Cartierville, et Claude Dauphin, maire de Lachine resté fidèle à Union Montréal. L’organisation du député Coderre a donné un coup de main à Dauphin à l’élection de 2009.
Le vétéran Luis Miranda, maire d’Anjou, a confié à des membres de son entourage qu’il envisage de se présenter comme indépendant. Il n’exclut pas de donner son appui à Denis Coderre, au moment opportun.
Le député Coderre a consulté des élus et d’anciens élus de son fief fédéral de Montréal-Nord avant de plonger dans la course à la mairie, dont son ami Pablo Rodriguez, ex-député libéral fédéral devenu organisateur de Justin Trudeau ; Monica Ricourt, conseillère d’Union Montréal qui réfléchit à son avenir ; et son amie Line Beauchamp, ex-ministre de l’Éducation qui a claqué la porte du gouvernement Charest dans la foulée du printemps érable.
Ébauche de programme
Denis Coderre doit élaborer un programme au plus vite, parce qu’il est attendu de pied ferme par ses adversaires Louise Harel, de Vision Montréal, et Richard Bergeron, de Projet Montréal, qui ont confirmé leur candidature au cours des dernières semaines.
Populiste dans l’âme, Denis Coderre se fait demander depuis longtemps de se présenter à la mairie par ses partisans sur Facebook et sur Twitter, où plus de 102 000 personnes le suivent. Il a moins de succès auprès de la communauté d’affaires. Son manque de vision et d’engagement dans les débats sur l’avenir de Montréal est perçu comme un boulet. Et son amitié avec Robert Bouvier, président du syndicat des Teamsters Canada, passe mal auprès des patrons.
Le « Montréal inc. » tente de convaincre une personnalité bien en vue, qui n’a jamais siégé à l’Hôtel de Ville, de se lancer dans la course à la mairie. Courtisé, Normand Legault, ex-président du Grand Prix de Formule 1 de Montréal, a fait savoir qu’il n’est pas intéressé.
L’ex-ministre Raymond Bachand a aussi décliné l’invitation de se lancer dans la course à la mairie, après sa décevante troisième place dans la bataille pour la direction du Parti libéral du Québec (PLQ). L’ex-ministre et sénateur conservateur Michael Fortier a aussi fermé la porte à sa candidature à la mairie.
Résistance au PLQ
Au-delà de Montréal-Nord, où les liens politiques entre les libéraux provinciaux et fédéraux sont tricotés serré, M. Coderre ne passe pas au sein du PLQ.
« L’organisation de M. Coderre a approché le PLQ, elle a demandé de l’aide, mais on leur a refusé », indique une source très bien placée à l’Hôtel de Ville.
Il semble que les militants du PLQ n’aient jamais pardonné à Denis Coderre d’avoir fait circuler la rumeur de sa candidature pour succéder à un Jean Charest en difficulté, à l’automne 2010.
Dans l’entourage de M. Coderre, on compte miser sur la notoriété du député fédéral - un « gars du peuple » -, qui siège à la Chambre des communes depuis plus de 15 ans.
L’aspirant maire compte « rétablir la fierté d’être Montréalais » après la série de scandales de corruption qui ont entaché la réputation de la Ville. L’intégrité s’annonce comme un des thèmes principaux de la campagne. La réforme de la gouvernance fait aussi partie des priorités. « Montréal est ingouvernable. Il y a trop d’élus », confie une source.
Denis Coderre a déjà laissé entendre qu’il pourrait présenter sa candidature sans former de parti en bonne et due forme, mais des membres de son entourage insistent : l’équipe Coderre doit mettre de l’avant une vraie formation politique pour assurer une « cohésion » à l’Hôtel de Ville.
Avec Guillaume Bourgault-Côté








