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    Malaise à la Fondation du maire

    Boudée par des donateurs potentiels, la direction de l’organisme voudrait changer son nom

    12 avril 2013 |Jeanne Corriveau | Montréal
    Les révélations de collusion et de corruption liées à l’administration Tremblay ont effrayé plusieurs donateurs potentiels.
    Photo: Jacques Nadeau - Archives Le Devoir Les révélations de collusion et de corruption liées à l’administration Tremblay ont effrayé plusieurs donateurs potentiels.
    Par les temps qui courent, voir son nom associé à la mairie de Montréal peut être un boulet. C’est le cas de la Fondation du maire de Montréal, créée par Pierre Bourque en 1996, qui souhaite larguer toute référence au maire dans sa dénomination et réclame de la Ville l’autorisation de changer son nom pour «Fondation Montréal inc.».

    L’année 2012 a été difficile pour la Fondation du maire, qui vient en aide aux entreprises en démarrage. Les révélations de collusion et de corruption étalées au grand jour par la commission Charbonneau ont créé un malaise chez certains donateurs.


    La directrice générale de la Fondation, Liette Lamonde, affirme que l’organisme songe depuis plusieurs années à modifier son nom, mais elle reconnaît que le climat ambiant et les allégations de malversations qui planent sur l’Hôtel de Ville rendent difficile la collecte de fonds.


    En raison du nom de la fondation, certains donateurs potentiels se sont demandé si l’argent était versé à la Ville ou à un parti politique, relate-t-elle. « Dans le contexte actuel, c’est difficile pour certaines entreprises de faire un chèque à la Fondation du maire à cause des perceptions, a-t-elle indiqué au Devoir. Le fait de s’appeler “Fondation du maire” crée une confusion terrible sur ce qu’on est. Plusieurs pensent qu’on fait partie de la Ville alors qu’on est un organisme de bienfaisance complètement distinct de la Ville avec son propre conseil d’administration. »


    L’association entre l’institution de la mairie et les entreprises pouvait même placer les élus dans une situation embêtante, eux qui craignent désormais d’être liés à des entrepreneurs, ajoute-t-elle.

     

    L’oeuvre de Pierre Bourque


    Lors de son élection à la mairie en novembre 1994, Pierre Bourque, qui recevait déjà une pension comme retraité de la Ville, avait promis de verser son salaire de maire à une fondation qui viendrait en aide aux jeunes. Ainsi est née la Fondation du maire de Montréal pour la jeunesse. Lorsqu’il a pris le pouvoir en 2001, Gérald Tremblay a donné son appui à l’organisme, mais n’a pas renoncé à son salaire.


    Aujourd’hui, le financement de la Fondation provient à 80 % de dons d’entreprises et à 20 % de subventions fédérales. La contribution de la Ville se limite au prêt de locaux et à la fourniture de services d’impression et de conception graphique. La vocation de la fondation est demeurée la même, mais elle offre désormais du mentorat, en plus des bourses attribuées chaque année.


    En 2010, le nom de l’organisme a été modifié une première fois pour devenir « La Fondation du maire : le Montréal inc. de demain ». Mais cette dénomination est trop longue, estime Mme Lamonde : « Je pense que n’importe qui comprend que se promener avec un nom de huit mots et deux signes de ponctuation, ça n’a pas de sens. Du point de vue de branding, on avait un gros problème qu’il fallait régler. »


    Compte tenu de la mission de la fondation et de l’importance de l’appui des gens d’affaires, l’organisme estime que l’appellation « Montréal inc. » est plus appropriée. « Même si la mairie et M. Bourque ont permis de créer cette organisation-là, maintenant, elle est rendue ailleurs et elle n’est plus l’oeuvre d’une seule personne », souligne Mme Lamonde.

     

    Opposition des élus


    Mais le changement de dénomination de la Fondation n’est pas passé comme lettre à la poste au conseil municipal. Le 19 mars dernier, plusieurs élus se sont levés pour dénoncer le changement de nom qui évacuait le mot « maire ». « Il n’y a aucune bonne raison de changer la dénomination sociale de la Fondation du maire pour “Montréal inc.”, une formule neutre qui ne veut à peu près rien dire », avait commenté la chef de l’opposition Louise Harel, qui avait qualifié de « très bon coup » de Pierre Bourque la création de cette fondation.


    Plusieurs élus, dont la mairesse d’Outremont, Marie Cinq-Mars, son homologue de Villeray -Saint-Michel -Parc-Extension, Anie Samson, et le chef de Projet Montréal, Richard Bergeron, ont eux aussi déploré la nouvelle dénomination. Devant le malaise, le maire Michael Applebaum a finalement recommandé à l’assemblée de retourner le dossier au comité exécutif.


    Liette Lamonde ne s’attendait pas à une telle réaction : « On a compris que pour plusieurs personnes, il y avait un aspect émotif qu’on avait peut-être mal jugé et qu’il y avait un manque d’information. »


    Comme si ce n’était pas suffisant, lors de son passage à la commission Charbonneau le 25 mars dernier, Marc Deschamps, agent officiel d’Union Montréal, avait même affirmé que Bernard Trépanier, l’ancien directeur du financement du parti de Gérald Tremblay, avait travaillé pour la fondation du maire et qu’il l’avait aperçu à un événement-bénéfice de la fondation, le Bal du maire, à l’automne 2006 ou 2007. « Je sais qu’il a levé des fonds pour la fondation du maire, c’est clair et limpide », avait-il dit.


    Liette Lamonde est catégorique : M. Trépanier n’a jamais travaillé pour la Fondation. « Je suis à la Fondation depuis 2004 et je ne connaissais pas M. Trépanier avant d’en entendre parler à la commission Charbonneau, a-t-elle indiqué au Devoir. Il n’existe nulle part dans tous nos dossiers. »

     

    La Bourse du maire


    La fondation maintient sa demande de changer son nom. Au cours des dernières semaines, Liette Lamonde a discuté avec les élus pour tenter de les convaincre d’accorder leur appui à la demande de l’organisme. Le dossier devrait être réexaminé par le comité exécutif la semaine prochaine.


    « On va toujours le dire que la fondation a été créée par M. Bourque et qu’elle a reçu l’appui des maires depuis ce temps-là. Je pense que c’est important de perpétuer cette tradition-là et on va le faire, assure-t-elle. Mais ce qui est surtout important, c’est de pérenniser l’oeuvre, et pour ce faire, il faut avoir un nom qui attire les gens et nous permet d’avoir une bonne oreille des donateurs et de la communauté d’affaires qui nous appuient. »


    Louise Harel s’est entretenue récemment avec Mme Lamonde et le président du conseil d’administration de la fondation, Andrew Molson, qui ont promis de créer une « Bourse du maire ». « À partir du moment où le lien est maintenu, je me suis ralliée », a expliqué Mme Harel.


    Depuis sa création, la Fondation du maire a versé des bourses à 780 jeunes entreprises qui ont créé 2325 emplois et généré 43 millions de dollars en investissements.


     

    Avec Marco Fortier













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