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    Commission Charbonneau - L’homme de l’ombre qui tirait les ficelles

    Rosaire Sauriol était plus important que Bernard Trépanier dans le système de collusion à Montréal

    21 mars 2013 |Brian Myles | Montréal
    Les preuves amassées par la commission démontrent que Rosaire Sauriol, le vice-président de la firme Dessau, ne ratait aucune occasion de faire du «développement des affaires» avec les élus.
    Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Les preuves amassées par la commission démontrent que Rosaire Sauriol, le vice-président de la firme Dessau, ne ratait aucune occasion de faire du «développement des affaires» avec les élus.
    L’ingénieur Rosaire Sauriol était un rouage plus important que Bernard Trépanier dans le stratagème de collusion à Montréal. Il en menait si large à l’Hôtel de Ville que son ami Frank Zampino - « l’homme le plus puissant » de la métropole - lui transmettait à l’avance les discours les plus importants de Gérald Tremblay, le maire qui n’a rien vu.

    La commission Charbonneau brosse peu à peu le portrait de Rosaire Sauriol en homme de l’ombre, qui tirait les ficelles du cartel des ingénieurs avec la complicité de Frank Zampino et de Bernard Trépanier. « Êtes-vous à la base du système de collusion à la Ville de Montréal ? », lui a demandé le procureur Denis Gallant. « Non », a répondu sèchement le vice-président de Dessau.


    M. Sauriol a cependant concédé que les plus grandes firmes de génie évoluaient au sein d’un cartel. « Avant même de soumissionner, on savait qu’on allait gagner. Il n’y avait pas de surprise », a-t-il dit.


    Les preuves amassées par la commission, notamment l’agenda électronique de M. Sauriol (gracieuseté de la SQ), démontrent que le vice-président de la firme ne ratait aucune occasion de faire du « développement des affaires » avec les élus.


    Après l’élection de Gérald Tremblay, en novembre 2001, M. Sauriol a rempli d’élus d’Union Montréal une loge au centre Bell partagée par Dessau et le cabinet d’avocats Dunton Rainville.


    Y sont allés en diverses occasions : l’actuel maire, Michael Applebaum ; le frère de Gérald Tremblay, Marcel ; Frank Zampino, Claude Dauphin, Michel Prescott, Peter Yeomans, Claude Dussault, Sammy Forcillo, Richard Deschamps, Claude Trudel (tous des élus), de même que le président d’Octane Stratégies, Jean Battah ; l’ex-responsable du contentieux, Robert Cassius de Linval ; feu Martial Fillion, l’ex-directeur général Robert Abdallah et l’entrepreneur Frank Minicucci (Simard Beaudry).


    La firme Dessau était lancée dans « une opération charme » auprès de l’administration Tremblay. « L’objectif pour nous est de nous rapprocher des élus, a expliqué M. Sauriol. Il fallait les connaître, il fallait tisser des relations avec eux. »


    À l’Hôtel de Ville, Michael Applebaum a défendu de nouveau son intégrité en point de presse. « Ce n’est pas parce que je suis allé dans une loge pour voir un match de hockey que j’ai été acheté. » Il est convaincu que les électeurs renouvelleront leur confiance en lui lorsqu’il sollicitera un sixième mandat dans Côte-des-Neiges-Notre-Dame-de-Grâce, en novembre.


    Ces fréquentations incestueuses étaient courantes à l’époque ; elles ont cessé avec les enquêtes répétées des journalistes et des policiers. « La proximité avec les élus, elle est complètement terminée », assure Rosaire Sauriol. Encore aujourd’hui, l’ingénieur refuse de voir ce copinage pour ce qu’il est : des tentatives de corrompre des élus ou fonctionnaires.

     

    Coup de pouce à Tremblay


    Rosaire Sauriol a donné un sérieux coup de pouce à l’ex-maire Gérald Tremblay et l’ancien directeur général Claude Léger, les deux hommes qui n’avaient rien vu de la collusion à l’Hôtel de Ville.


    Le numéro 2 de Dessau, branché directement sur Frank Zampino, serait « très, très, très étonné » que l’ex-maire Tremblay ait été mis au courant des problèmes. Bernard Trépanier lui parlait toujours de Frank par-ci, et Frank par-là. Lorsque « monsieur 3 % » référait au maire Tremblay, son ultime patron, il se montrait « très irrespectueux ». Quant à Claude Léger, « il ne savait pas », estime M. Sauriol.


    « C’est un petit cercle, hein ? C’est un petit monde », a ironisé Me Gallant. Devant la faible collaboration du témoin, en matinée, le procureur a menacé de sortir de ses cartons les preuves de la SQ sur les liens d’affaires et d’amitié qu’entretenait Rosaire Sauriol avec Tony Accurso, Paolo Catania, Frank Zampino et autres Bernard Trépanier. Monsieur 3 % et lui se sont parlés 775 fois, de 2005 à 2009.


    Dès 2001, M. Trépanier a sollicité Dessau pour que la firme contribue au financement d’Union Montréal. Selon Rosaire Sauriol, le parti était « une machine structurée » pour récolter des dons.


    La firme a versé 50 000 $ pour la campagne de Frank Zampino à la mairie de Saint-Léonard. Bernard Trépanier est revenu à la charge, et la firme a acheté des billets pour les cocktails de financement d’Union Montréal pour 50 000 $ bon an mal an, en plus de contributions occasionnelles de 20 000 $ pour les arrondissements.


    Grâce à ses contributions systématiques, Dessau a été dispensée d’un paiement de 200 000 $ en 2005, et du versement d’une ristourne de 3 % sur la valeur de ses plus importants contrats pour les années subséquentes.


    Au début de son témoignage mardi, Rosaire Sauriol a admis des dons illégaux de deux millions de dollars aux partis politiques provinciaux et municipaux.


    Les dons aux partis municipaux étaient surtout faits en liquide, notamment à Longueuil (où il y avait un cartel des ingénieurs), Blainville, Saint-Jérôme et Châteauguay, tandis que les contributions aux partis provinciaux étaient faites par chèque, en utilisant des prête-noms.


    De 1998 à 2010, Dessau a ainsi versé 600 000 $ au PLQ (avec 411 donateurs) et 395 000 $ au PQ (377 donateurs).

     

    L’ami Zampino


    M. Sauriol a fait la connaissance de Frank Zampino en 1998, lorsque sa firme a acquis Soprin, un concurrent. Soprin récoltait l’essentiel des contrats dans l’arrondissement de Saint-Léonard, et MM. Sauriol et Zampino ont noué une relation d’affaires qui s’est muée en relation d’amitié au fil des ans. « C’est devenu une personne que j’ai fréquentée », a dit le témoin.


    Grâce à Frank Zampino, le contrat litigieux de 356 millions pour l’installation des compteurs d’eau est tombé dans les mains de Dessau. Ce contrat a été annulé à la suite d’une enquête du Vérificateur général. Quand la situation à l’Hôtel de Ville est devenue intenable pour Frank Zampino, il a démissionné de son poste, en mai 2008. Son séjour sur le bateau de Tony Accurso, en compagnie de Rosaire Sauriol, a porté un coup fatal à sa carrière politique.


    Quelques mois plus tard, Dessau recrutait Frank Zampino comme vice-président, un poste qu’il a occupé de janvier à avril 2009. L’embauche avait suscité un malaise chez les employés de Dessau et sa clientèle. C’était une grave erreur de jugement, reconnaît M. Sauriol.













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