Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Connectez-vous

    Commission Charbonneau - Les demi-vérités

    Alors que les premiers témoins qui ont comparu devant la commission Charbonneau déballaient les révélations de façon presque naïve, le scénario a changé depuis la comparution de l’entrepreneur Nicolo Milioto, alias Monsieur Trottoirs, et celle d’ex-fonctionnaires soupçonnés de corruption. L’arrivée des patrons de nos plus grandes firmes de génie en est un autre exemple, prélude peu réjouissant aux témoignages à venir des personnalités politiques.

    Au cours des deux derniers jours, le vice-président de Dessau, Rosaire Sauriol, a répété que c’est à la demande insistante des partis que son entreprise avait versé des centaines de milliers de dollars en argent comptant ou en chèques signés par des prête-noms aux différents partis provinciaux, municipaux et fédéraux. Ses prédécesseurs devant la commission, le p.-d.g. de BPR, Pierre Lavallée, et un vice-président de SNC-Lavalin, Yves Cadotte, ont aussi montré du doigt les organisateurs politiques insatiables.


    Voilà une interprétation bien incomplète des liens qui unissent les partis et les firmes de professionnels. Car depuis plusieurs décennies, les cabinets d’avocats, les firmes de génie, de relations publiques et de publicité entretiennent des liens quasi organiques très rentables avec les partis politiques.


    Rappelons-nous que, si les firmes de génie du Québec sont plus florissantes qu’ailleurs au pays, c’est que Québec et Hydro-Québec ont depuis toujours confié la réalisation des ouvrages aux ingénieurs du privé. Ce qui n’a pas été le cas en Ontario. Sans Hydro-Québec, Groupe SNC et Lavalin inc. seraient restées marginales. L’objectif de créer une expertise exportable était louable, et il a été atteint. L’ennui, c’est que l’enfant n’a jamais été sevré. Au contraire, il a même trouvé le moyen de frauder ses géniteurs.


    Dès les années 1970, on a vu d’anciens politiciens faire la navette entre le parti et les firmes. Comme si ces dernières étaient là pour soutenir la cause. Parallèlement, on a vu apparaître des formules de financement aussi originales qu’illégales, comme le recours aux prête-noms dont aucun parti ne s’est privé.


    C’est d’ailleurs pourquoi la déclaration de la première ministre Marois mardi, affirmant que son parti n’était pas au courant de l’existence d’un tel système, est une insulte à l’intelligence.


    Les professionnels ne contribuent pas aux partis politiques seulement parce qu’on le leur demande, mais pour entretenir leur influence et leurs contacts. Les firmes ne sont plus de simples regroupements de professionnels comme autrefois : elles sont devenues de grandes entreprises dont le premier objectif est la croissance. D’où les fusions, les acquisitions et la multiplication des postes voués au développement des affaires dans un univers de services publics qui interdit pourtant les pratiques de réseautage communes au secteur privé.


    La corruption d’élus ou de fonctionnaires est un jeu qui se joue à deux. Le système n’aurait pas pu fonctionner sans une parfaite complicité des acteurs. L’étonnant silence qui a entouré leurs activités pendant si longtemps en est la preuve.


    D’ici la fin des travaux de la commission, bien des intervenants tenteront à leur tour de projeter une interprétation des faits qui minimise ou explique leurs fautes. Gardons-nous de croire tout ce qui se dira. Surtout venant d’individus qui ont menti pendant tant d’années !













    Envoyer
    Fermer
    Les plus populaires


    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.