Commission Charbonneau - Giuseppe Borsellino se montre évasif
Le président de Garnier Construction a commencé son témoignage sur des banalités en fin d’après-midi lundi. Sur des sujets aussi anodins que la taille de son empire et l’étendue de ses ramifications, il a fait preuve d’une mémoire plutôt sélective. M. Borsellino ne semble pas connaître toutes les compagnies placées sous le parapluie de Garnier Construction, ni même la nature des opérations quotidiennes dans certaines de ses filiales.
L’entreprise emploie environ 200 personnes, et elle génère un chiffre d’affaires annuel de 50 à 55 millions de dollars, a concédé M. Borsellino qui a refusé de rencontrer les enquêteurs de la commission avant son témoignage.
Le Giuseppe Borsellino de Garnier n’a rien à voir avec son homonyme du Groupe Petra. Diplômé de l’Université de Concordia en 1981, il a commencé sa carrière à la dure dans l’entreprise fondée par son père en 1978. « Je mettais mes bottes de construction et je faisais du gazon et de l’asphalte », a-t-il dit.
Se disant doué en marketing, M. Borsellino a lui-même trouvé le nom de l’entreprise. Quoi de mieux qu’un nom francophone pour brasser des affaires au Québec.
Nouveau chantier
En principe, la commission Charbonneau pourrait ouvrir un nouveau chantier avec le témoignage de Giuseppe Borsellino. Selon l’entrepreneur Lino Zambito et l’ingénieur Michel Lalonde, Garnier faisait partie du cartel des égouts à Montréal.
M. Lalonde a nommé Giuseppe Borsellino dans la liste des entrepreneurs qui acceptaient de verser en argent liquide le quart des extras fictifs réclamés sur les chantiers afin de garnir la caisse occulte d’Union Montréal.
Des véhicules de Garnier ont aussi été aperçus près du café Consenza, le quartier général de la mafia, où les entrepreneurs se rendaient pour payer leur « pizzo » de 2,5 % au clan Rizzuto.
L’ingénieur à la retraite de la Ville de Montréal Gilles Surprenant, dit « TPS », a enfin admis qu’il avait touché plus de 100 000 $ en pots-de-vin de Giuseppe Borsellino. Son ex-collègue Luc Leclerc a reconnu que M. Borsellino lui avait donné 25 000 $.
M. Borsellino ne semble pas inspiré par l’exemple des Zambito et Lalonde, qui ont avoué sans ambages leur participation aux stratagèmes de corruption et de collusion dans l’octroi des contrats publics.
Questionné sur son amitié avec l’ex-directeur général de la FTQ-Construction, Jocelyn Dupuis, il s’est montré évasif. Il a reconnu qu’il avait appelé M. Dupuis pour s’enquérir de ses chances de décrocher un contrat de 40 millions pour la rénovation de l’usine de Rio Tinto, au Saguenay. « Si j’ai parlé avec Jocelyn, c’est juste pour voir si c’était possible d’y aller », a-t-il dit. Quelques minutes plus tard, il se ravisait. Il se pourrait qu’il ait parlé à son ami Dupuis. « Mais je ne suis pas à l’aise de vous répondre avec certitude », a-t-il ajouté.
À la suite de ce témoignage, les commissaires ont semblé interloqués. M. Borsellino poursuivra son témoignage mardi matin.







