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    Applebaum au resto de la mafia

    Le nouveau maire de Montréal reconnaît avoir pris part à une activité de financement à La Cantina en 2003, lorsqu’il était conseiller

    15 janvier 2013 | Kathleen Lévesque , Brian Myles | Montréal
    Le maire de Montréal, Michael Applebaum, a accordé des entretiens au Devoir et à d’autres médias, lundi, pour défendre de nouveau son intégrité.
    Photo : Jacques Nadeau - Le Devoir Le maire de Montréal, Michael Applebaum, a accordé des entretiens au Devoir et à d’autres médias, lundi, pour défendre de nouveau son intégrité.
    Les enquêteurs de la commission Charbonneau ont de bonnes raisons de s’intéresser au maire Michael Applebaum. En 2003, il a participé à une activité de financement très privée au restaurant La Cantina, un point de chute du clan mafieux des Rizzuto.

    M. Applebaum a exprimé le souhait de faire de la politique autrement depuis son élection à titre de maire indépendant. Ses efforts pour redresser la métropole sont freinés par son association de onze ans avec Union Montréal, un parti miné par les scandales.


    Le 28 août 2003, l’Union des citoyens de Montréal (l’ancêtre d’Union Montréal) a organisé une activité de financement à La Cantina, propriété de Federico Del Peschio. Ce proche du clan Rizzuto a été assassiné dans le stationnement de son établissement, en août 2009.


    M. Applebaum accompagnait le maire Gérald Tremblay, son frère Marcel Tremblay et le président du comité exécutif, Frank Zampino, aujourd’hui accusé de fraude pour la vente au rabais des terrains du Faubourg Contrecoeur. Sa présence à l’activité de financement détonne. En 2003, il siégeait à titre de simple conseiller, et il présidait le Comité consultatif en urbanisme de son arrondissement tout en poursuivant ses activités professionnelles de courtier immobilier.


    « On m’a demandé d’aller là comme élu. J’y suis allé. Je n’étais pas au courant… Je n’avais pas de doute sur cet établissement », a-t-il expliqué lors d’un entretien au Devoir.


    M. Applebaum n’a aucun souvenir de l’identité de la douzaine de convives présents à La Cantina, ni même des raisons pour lesquelles ils voulaient rencontrer les élus. « Frank [Zampino] les connaissait plus que les autres, a-t-il dit. Il y avait différents hommes d’affaires qui étaient là, mais personne en particulier [dont je me souvienne]. Je ne suis pas très bon avec les noms. »


    « Ça fait longtemps », a enchaîné le maire, soulignant qu’il n’est pas très « sociable » de nature.


    Joint en soirée, Marcel Tremblay a lui aussi affirmé n’avoir conservé aucun souvenir de l’événement, sinon un détail. « Il y avait des personnes qui étaient d’aucune communauté sauf de la communauté italienne. C’est tout », a affirmé M. Tremblay.


    Selon le rapport financier de l’UCIM pour 2003, 12 donateurs ont versé 1000 $ chacun lors de l’événement, tandis qu’un treizième (anonyme) a versé 500 $, pour un total de 12 500 $. Le Devoir n’a pu établir l’identité des gens d’affaires en question.


    Déjà à cette époque, il était de notoriété publique que La Cantina était fréquentée par la mafia. Le présumé parrain Vito Rizzuto s’y rendait régulièrement.


    Michael Applebaum jure qu’il n’en savait rien. « Je ne savais pas jusqu’à ce que quelqu’un [Del Peschio] soit tué », a-t-il dit. Il se montre hésitant à condamner le manque de jugement d’Union Montréal, même a posteriori. « Je n’ai pas de commentaires sur le passé », a-t-il ajouté.


    M. Applebaum est retourné une deuxième fois à La Cantina, même s’il n’aime pas les mets italiens, a-t-il précisé. C’était pour rencontrer Vincenzo Guzzo, vice-président des cinémas Guzzo, qui voulait devenir membre de l’organisation caritative des Shriners.


    Le Devoir révélait vendredi que M. Applebaum fait l’objet d’une enquête de la commission Charbonneau pour son rôle allégué dans des transactions immobilières douteuses dans son arrondissement de Côte-des-Neiges-Notre-Dame-de-Grâce. L’Unité permanente anticorruption (UPAC) s’intéresse également au dossier.


    Le maire a rencontré les médias pour défendre de nouveau son intégrité lundi. « Je n’ai rien à me reprocher, a-t-il réitéré. […] Pour moi, c’est clair que je ne suis pas sous enquête de la commission Charbonneau. »


    M. Applebaum a rencontré les enquêteurs de la commission vendredi après-midi. Il était accompagné de ses deux avocats, François Giroux et Gérald R. Tremblay, un ex-bâtonnier et une sommité du droit au Québec.

     

    Aucune pression


    M. Applebaum refuse de divulguer toute information sur la rencontre, à la demande de la commission Charbonneau, précise-t-il. À la suite de cet entretien, Me Tremblay a pris les devants pour contacter l’UPAC.


    M. Applebaum assure qu’il n’a jamais subi de pressions de la part de promoteurs ou de membres de la mafia. À sa connaissance, il s’est retrouvé une seule fois en compagnie de l’entrepreneur Tony Magi, que la police relie à la mafia, en 1994 ou 1995. M. Applebaum s’opposait alors à un projet immobilier de M. Magi au 6332, rue Sherbrooke Ouest. Cet édifice a logé la députée fédérale Marlene Jennings, et les députés du Parti libéral du Québec Russell Copeman et Kathleen Weil.


    Les déboires de Michael Applebaum n’ont pas ébranlé la foi des partis d’opposition. Louise Harel et Richard Bergeron ont discuté avec lui durant le week-end, et ils sont satisfaits de ses explications.


    « La bonne foi se présume. C’est à la commission Charbonneau de faire son travail », a dit la chef de Vision Montréal, Louise Harel.


    « On fait confiance au maire », a renchéri l’attachée de presse de Projet Montréal, Catherine Maurice.


    En dépit des révélations du Devoir, le comité exécutif de coalition reste donc intact.


    ***

    L’EPIM : une escouade créée dans la précipitation

    L’escouade de protection de l’intégrité municipale (EPIM) est née sur les chapeaux de roues… en cinq jours.

    Le maire de Montréal, Michael Applebaum, a annoncé sa création vendredi dernier, en confirmant par la même occasion qu’il allait rencontrer les enquêteurs de la commission Charbonneau quelques heures plus tard.

    La commande politique pour créer l’EPIM a été passée officiellement le lundi précédent, soit le 7 janvier.

    « Je voulais l’annoncer le plus vite possible, avant la composition du comité-conseil [sur l’octroi des contrats]. Je ne voulais pas que quelqu’un me dise d’attendre les recommandations du comité-conseil », a expliqué M. Applebaum.

    En moins de cinq jours, le directeur du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), Marc Parent, et sa garde rapprochée ont jeté les bases de l’escouade assortie d’un budget de trois millions de dollars, avec des effectifs d’une vingtaine de civils et policiers.

    L’EPIM dispose d’un mandat si vaste qu’elle suscite un certain scepticisme. Elle pourra enquêter sur l’attribution de tous les types de contrats à la Ville, sur les employés, les élus et les fournisseurs de services. Elle pourra s’intéresser aux activités de la Ville centre, des arrondissements et des sociétés paramunicipales.

    Le maire Applebaum ne s’inquiète pas outre mesure de l’ampleur des défis. « C’est Marc Parent qui est arrivé avec ce budget et le nombre de personnes. C’est lui qui a décidé de la charge de travail », se justifie le maire.

    Tout comme le SPVM, M. Applebaum voit l’EPIM comme une escouade complémentaire au travail de l’UPAC et de la commission Charbonneau.

     
     
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