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    «Un 10 000 $ bien investi»

    Un homme d’affaires a payé Frank Zampino pour un accès privilégié aux contrats municipaux de Saint-Léonard

    21 décembre 2012 |Kathleen Lévesque | Montréal
    Frank Zampino est accusé de fraude en rapport avec le dossier Contrecœur.
    Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Frank Zampino est accusé de fraude en rapport avec le dossier Contrecœur.
    L’accès privilégié aux contrats de services professionnels de Saint-Léonard avait un coût. Un homme d’affaires et ancien organisateur politique affirme au Devoir avoir donné un pot-de-vin de 10 000 $ en argent comptant à Frank Zampino alors que celui-ci était maire de cette ville de l’Est montréalais, fonction qu’il a occupée à compter de 1990. Par la suite, chaque année, pendant près d’une décennie, il lui versait 5 % de la valeur des contrats obtenus.

    « Ç’a été un 10 000 $ bien investi. De toute façon, c’était la règle. Je savais qu’il fallait faire une contribution pour avoir des contrats », explique cet homme, qui a requis l’anonymat.


    Ce dernier raconte qu’il était en contact avec l’organisateur politique Claude Dumont (aujourd’hui décédé) avec qui il avait partagé l’orchestration de nombreuses campagnes électorales municipales dans la grande région de Montréal. Ensemble, ils formaient une équipe qui faisait des « élections clés en main ».


    Lors de l’élection de 1990, qui mena Frank Zampino à la mairie de Saint-Léonard, la source avait choisi de ne pas faire d’organisation. Il souhaitait malgré tout « mettre la main sur le compte de Saint-Léonard ». Pour cela, affirme-t-il, il devait payer un montant forfaitaire de 10 000 $ comptant au responsable du financement, Bernard Trépanier.


    Ce dernier, qui a également été le grand argentier du parti Union Montréal, est surnommé monsieur 3 % parce qu’il aurait empoché 3 % de la valeur des contrats octroyés par la Ville de Montréal sous l’administration Tremblay-Zampino. M. Trépanier a été accusé notamment d’abus de confiance le printemps dernier dans le cadre du scandale immobilier du Faubourg Contrecoeur. Son nom a été fréquemment mentionné lors des audiences de la commission Charbonneau. « J’ai dit à Claude [Dumont] qu’il n’était pas question de donner d’argent à Trépanier. Je n’avais pas confiance. C’est là qu’il m’a organisé une rencontre avec Zampino », a affirmé la source du Devoir.


    Une rencontre cordiale


    C’est ainsi qu’un dimanche matin, avant d’aller à la messe, cet homme d’affaires s’est rendu à la résidence de Frank Zampino pour faire le paiement initial qui allait lui donner accès aux contrats attribués par la municipalité de Saint-Léonard. La transaction s’est faite devant un témoin, que Le Devoir a retracé. « Quand on est arrivés, M. Zampino était en robe de chambre en soie, vous savez, comme les hommes riches dans les films. Il nous attendait au salon. La servante ramassait la table », se souvient cette personne qui ne souhaite pas être identifiée.


    Selon ce témoin, la rencontre s’est déroulée de façon cordiale. « On a pris le temps de s’asseoir et de jaser un peu. Puis l’enveloppe a été remise de main à main et personne n’a compté l’argent », affirme cette personne, pour qui la situation n’avait rien d’étonnant puisque « c’était les règles du jeu en politique ».


    Une fois la contribution versée, l’entreprise de l’homme d’affaires a obtenu systématiquement les contrats professionnels liés à son domaine d’expertise octroyés par Saint-Léonard. Cela s’est poursuivi jusqu’à la fin des années 1990. Une seule fois, l’homme d’affaires s’est rendu compte qu’une « firme italienne » s’était mise à travers sa route et avait obtenu un contrat de Saint-Léonard. « Je l’ai mentionné et ça s’est réglé rapidement », a-t-il relaté, laissant entendre que la situation ne s’était pas répétée.


    Chaque année, l’homme d’affaires se rendait à l’hôtel de ville pour rencontrer le maire Zampino et lui remettre une somme équivalant à 5 % des contrats. Selon ses souvenirs, il donnait entre 4000 $ et 5000 $, ce qui correspondait donc à un volume d’affaires de 80 000 à 100 000 $ de contrats annuels.

     

    Un calcul simple


    Le Devoir a joint l’employé qui était responsable de calculer la ristourne annuelle à verser au sein de la firme. « Je prenais la liste des clients et je faisais un tableau informatique. On calculait tout simplement 5 % de la valeur des contrats qu’on avait reçus », a raconté sous le couvert de l’anonymat cette personne. « Je faisais trois ou quatre rapports par année. J’ignorais tout de l’autre étape. Ce n’est que plusieurs années plus tard que j’ai su à quoi servaient mes calculs », a-t-elle ajouté.


    L’homme d’affaires ne sait pas si l’argent était destiné à l’enrichissement personnel de M. Zampino ou à la caisse électorale de l’équipe du maire. Il dit également ignorer si une portion des sommes qu’il a payées au fil des ans aurait pu être donnée à une quelconque organisation criminelle selon le modèle qui a été exposé devant la commission Charbonneau.


    Le Devoir a contacté l’avocat de Frank Zampino, Me Claude-Armand Sheppard, en lui exposant la teneur des déclarations recueillies afin d’obtenir la réaction de son client. Celui-ci n’a pas rappelé Le Devoir en dépit d’autres appels logés auprès de Me Sheppard.


    L’ex-maire de Saint-Léonard, qui est devenu après les fusions municipales, en 2001, président du comité exécutif de la Ville de Montréal, a quitté la politique en 2008. Le 17 mai dernier, l’Unité permanente anticorruption (UPAC) a arrêté M. Zampino relativement au dossier du Faubourg Contrecoeur, qui a bénéficié à l’entrepreneur Paolo Catania. L’ancien politicien a été accusé de fraude, complot et abus de confiance.


    De plus, des témoignages entendus devant la commission Charbonneau ont incriminé Frank Zampino. Sous serment, Elio Pagliarulo, l’ex-ami et confident de Paolo Catania, a expliqué comment il avait corrompu M. Zampino à coup de pots-de-vin avoisinant 555 000 $.

     
     
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