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    Dix ans après les regroupements municipaux - La fusion a propagé le virus de la corruption

    12 novembre 2012 |Peter Trent - Maire de Westmount | Montréal
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	Gérald Tremblay et Peter Trent lors d’un débat sur les défusions municipales, en 2004</div>
    Photo: Jacques Nadeau - Archives Le Devoir
    Gérald Tremblay et Peter Trent lors d’un débat sur les défusions municipales, en 2004
    Peter Trent a combattu les regroupements municipaux de 2002. Nous publions aujourd’hui des extraits de son livre La folie des grandeurs, à paraître cette semaine en français chez Septentrion et en anglais chez McGill-Queen’s University Press sous le titre The Merger Delusion, How Swallowing Its Suburbs Made an Even Bigger Mess of Montreal.

    Depuis 2009, la ville de Montréal ressemblait de plus en plus à un bar ouvert, au nez et à la barbe du barman Tremblay qui ne se doutait de rien. Auparavant, je n’avais jamais eu beaucoup d’admiration pour M. Tremblay, parce que je ne lui avais pas pardonné d’avoir trahi sa promesse de ne pas s’opposer aux défusions. Il était dévoué et il travaillait sans relâche, mais ses ratiocinations technocratiques ne le rendaient pas très efficace. Je dois pourtant dire que, quand je l’ai vu traverser l’enfer de l’été 2009, alors que les scandales de corruption pleuvaient sur lui et que La Presse lui demandait de ne pas se représenter, j’ai été vraiment désolé pour lui. À mon corps défendant, ma compassion est devenue presque du respect devant l’énergie avec laquelle il s’est débattu jusqu’à l’élection. Certains ont avancé que sa foi chrétienne l’avait aidé à traverser l’épreuve.


    Après son expérience de mort imminente, nous avons vu apparaître un nouveau Gérald Tremblay, pénitent, qui avait appris sa leçon. D’abord, il est devenu beaucoup moins partisan. Il a non seulement invité des membres de l’opposition à faire partie de son comité exécutif (tout en se nommant lui-même président, il faut le dire), mais il a aussi fait bouger les choses pour donner plus de pouvoir aux commissions. Au début de 2010, il a proposé un processus budgétaire public associant les partis d’opposition, une première dans l’histoire de Montréal. Malheureusement, en 2011, il a mis dehors les deux conseillers de l’opposition et il a mis fin au nouveau processus budgétaire. Au moins, son désir de se racheter a persisté à l’égard des municipalités défusionnées, avec lesquelles il a entre shy;tenu de bons rapports.

     

    La « mégaville » a causé la perte de Gérald Tremblay


    Les médias ont fait tout un plat de la naïveté sans bornes de M. Tremblay. Personnellement, je préfère un maire naïf mais honnête à un maire corrompu mais avisé, au sens où on l’entend aujourd’hui. Devant leurs claviers, il était facile pour les journalistes de sermonner M. Tremblay et de réclamer sa démission. À mon sens, il est injuste de rejeter le blâme de tous ces scandales uniquement sur lui. Il est vrai que, jusqu’à un certain point, il a été l’artisan de son propre malheur ; mais, puisque la mégaville est ingouvernable, son administration et son organisation politique sont comme des boîtes de Petri dans lesquelles la corruption peut se reproduire et proliférer. Les journalistes croyaient que, si Montréal avait eu un maire compétent, ces scandales n’auraient jamais eu lieu. Même si cela est possible, l’histoire enseigne que Montréal a rarement eu des maires compétents. Pourquoi en aurait-il été autrement après qu’elle a annexé ses villes de banlieue ?


    Si la mégaville avait vraiment été créée par des fusions, c’est-à-dire, par l’union de partenaires égaux, le penchant de Montréal pour la corruption aurait pu s’estomper ou tout au moins être amoindri. Mais la mégaville a été créée par une annexion : aussi, ce sont les méthodes, l’administration et la moralité de l’ancienne ville de Montréal qui sont devenues la norme. La corruption s’est diffusée à partir d’une source bien enracinée. Bien sûr, il y a eu à l’évidence des cas sporadiques de corruption dans d’anciennes municipalités de banlieue et dans des arrondissements actuels, mais cela n’était pas généralisé. La corruption n’avait pas une base massive, comme à Montréal. À Saint-Laurent en 2002, il s’agissait de pots-de-vin pour obtenir des changements de zonage ; plus tard, à Outremont, le scandale concernait des fraudes d’importance mineure. Par contre, la série de scandales qui a secoué la mégaville en 2009 était plus systémique et elle était liée à l’attribution de contrats qui avaient été gonflés et rendus plus lucratifs par les fusions.


    Quand je jette le blâme sur la mégaville, je ne blâme pas ses employés. Après tout, proportionnellement, le bilan des élus montréalais est beaucoup plus désolant que celui des employés de la Ville. Parmi tous les politiciens élus dans la mégaville depuis sa création, à peu près 2 % ont été accusés ou condamnés pour des actes criminels. J’imagine que ce pourcentage est beaucoup plus élevé que ce qu’on trouve dans l’ensemble de la population. Pour atteindre un pourcentage comparable parmi les employés de la Ville, il aurait fallu que 400 d’entre eux soient accusés ou condamnés pour des actes criminels.


    Amateurisme politique


    Au moment où j’écris ces lignes, la plupart des apologistes de la mégaville de Montréal ont cessé de montrer du doigt M. Tremblay et la corruption comme principaux responsables de l’échec de la mégaville. Ils blâment maintenant M. Tremblay et la décentralisation. Après avoir vu en action M. Tremblay et M. Bourque, je suis convaincu que M. Tremblay est le meilleur maire des deux, et il est aussi moins dangereux. Personne, pourtant, n’a dit que l’ancienne ville de Montréal avait été un désastre à cause de M. Bourque. Si la mégaville est si fragile qu’elle peut être conduite à la ruine par un seul individu, alors c’est un échec. De même, si une mégaville a besoin d’un surhomme pour être un succès, c’est aussi qu’elle est un échec. Imputer le désastre de la mégaville à un seul homme est une simplification dangereuse. Ce n’est pas le capitaine qui est en cause, mais le vaisseau. Oui, comme les détracteurs de M. Tremblay le disent sans arrêt, sa tentative de décentralisation est partiellement responsable du problème de complexité de la mégaville, mais pour les raisons contraires à celles qu’ils donnent : c’est parce que M. Tremblay n’est pas allé assez loin.


    Cela étant dit, la grande faiblesse de M. Tremblay, en tant que maire, c’est son incapacité à attirer et à retenir autour de lui des personnes solides et compétentes, qu’il s’agisse du directeur général, du président de son comité exécutif, des conseillers municipaux de son parti, de son chef de cabinet et même de ses conseillers politiques. Son style de gestion est celui des portes tournantes et non pas des portes ouvertes. En tant que dirigeant, M. Tremblay est un solitaire, un défaut qu’il partage avec Pierre Bourque. Aucune personne ne peut diriger seule la ville de Montréal, même pas un Jean Drapeau. Et il faut un sens de la continuité : M. Tremblay en est à son cinquième directeur général depuis qu’il est devenu maire. Ses choix de présidents du comité exécutif ont été, au mieux, discutables. Toutefois, son soutien à Michel Labrecque pour la présidence de la Société de transport de Montréal (STM) était inspiré. Compétent, enthousiaste et honnête, M. Labrecque a solidement pris en mains la STM et la conduit vers une sorte de renaissance.


    M. Tremblay a réalisé d’autres choses. Il a amené la ville à investir massivement dans le transport en commun et la distribution de l’eau. Il a harcelé les maires de la région pour qu’ils acceptent un plan métropolitain d’aménagement et de développement et il a fait la paix avec les syndicats - en y mettant le prix, bien sûr. D’un autre côté, il a failli à la tâche de maîtriser les coûts. Même Bixi, un service brillant de vélos partagés et une création montréalaise au retentissement international, a été si mal administré sous l’égide de la Ville qu’il a fallu le renflouer par un prêt et des garanties totalisant 108 millions de dollars.


    Peu importe qui se retrouve aux commandes, ce qui me frappe est cet amateurisme, évident et persistant, de la classe politique montréalaise, et le professionnalisme relatif (mais un peu léthargique) de l’administration.


    En terminant, s’il y a une chose que j’ai réussi à faire au cours de trois dernières années, après être redevenu le leader des villes de banlieue de l’île, c’est prouver que les municipalités de l’île de Montréal peuvent bien s’entendre entre elles, comme elles le faisaient avant les fusions d’ailleurs. Je n’aurais pu réussir cela sans Gérald Tremblay et sa politique de coopération avec ses « partenaires », les municipalités de banlieue de l’île. Non sans ironie, cette politique de M. Tremblay a permis de démontrer la fausseté d’un des arguments qui ont été invoqués pour justifier les fusions, puis remis en service pour combattre les défusions. Cet argument, c’était que les municipalités de banlieue de l’île étaient incapables de s’entendre et de travailler avec la ville de Montréal : une grave maladie, disait-on, que seules les fusions pouvaient guérir.


    M. Trent a combattu les regroupements municipaux de 2002. Nous publions aujourd’hui des extraits de son livre La folie des grandeurs, à paraître cette semaine en français chez Septentrion et en anglais chez McGill-Queen’s University Press sous le titre The Merger Delusion, How Swallowing Its Suburbs Made an Even Bigger Mess of Montreal.


    « La mégaville a été créée par une annexion : aussi, ce sont les méthodes, l’administration et la moralité de l’ancienne ville de Montréal qui sont devenues la norme. La corruption s’est diffusée à partir d’une source bien enracinée. »


    « Les médias ont fait tout un plat de la naïveté sans bornes de M. Tremblay. Personnellement, je préfère un maire naïf mais honnête à un maire corrompu mais avisé, au sens où on l’entend aujourd’hui. »

     
     
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