Laval - Fin de règne
Entré en politique municipale il y a 40 ans, d’abord comme conseiller puis comme maire de « sa » ville de Laval, Gilles Vaillancourt l’a officiellement quittée vendredi, accablé par des allégations de corruption, des enquêtes de police, des perquisitions et la perspective prochaine de voir ses activités passées au crible de la commission Charbonneau. Un poids qui s’approchait du déshonneur.
Gilles Vaillancourt était un maire apprécié de ses concitoyens pour la qualité de sa gestion de leur ville. Combien de fois n’a-t-on pas entendu des Lavallois dire : « C’est un bon maire. » C’est ce beau côté des choses qu’il a voulu mettre en évidence ce vendredi en s’adressant à eux une dernière fois.
Il est vrai qu’apparemment cette ville était bien gérée puisque tous les indicateurs, qu’il s’agisse de la taxation, de la dette, de la croissance économique, du développement immobilier ou encore de celui du bonheur, cette ville se classe presque toujours première au Québec. Il est vrai qu’une majorité de Lavallois se sont montrés suffisamment satisfaits de la qualité de la vie à Laval pour réélire Gilles Vaillancourt à six reprises.
Il y a par contre l’autre côté des choses. Il y a le côté obscur de la tradition politique lavalloise que Gilles Vaillancourt a porté à un sommet. Son pouvoir presque absolu sur le conseil municipal et le comité exécutif lui a permis de faire de Laval un fief où il contrôlait tout, particulièrement les appels d’offres, l’octroi de contrats, les modifications aux règlements de zonage, l’octroi de permis. Toutes choses qui pouvaient s’apparenter à la distribution d’avantages.
La rumeur publique laissait entendre depuis déjà plusieurs années qu’à Laval, l’argent était au coeur de la prise de décisions. La rumeur s’approcha de la réalité lorsqu’en 2010, l’ancien ministre Serge Ménard et le député Vincent Auclair affirmèrent s’être fait proposer des enveloppes d’argent par Gilles Vaillancourt. Elle devint encore plus réelle lorsque, devant la commission Charbonneau, Lino Zambito affirma avoir versé 25 000 $ pour l’obtention d’un contrat. Dans nos pages, un homme d’affaires de Laval affirma cette semaine avoir dû payer une taxe annuelle de 15 000 $ pour pouvoir faire affaire avec la Ville, remettant à deux reprises cette somme à Gilles Vaillancourt en mains propres.
« Allégations non prouvées » que tout cela, soutient Gilles Vaillancourt. Précisons. Allégations non encore prouvées, car les enquêtes se poursuivent. Retenons que, contrairement au maire Gérald Tremblay qui a défendu âprement son intégrité personnelle en démissionnant lundi, l’ex-maire de Laval n’a pas prononcé ce mot dans ses adieux. Il n’a pas défendu ses modes de gestion. Il faudrait, à l’entendre, le juger à l’aune de l’indice de bonheur des Lavallois, sauf que ce n’est pas de cela qu’il s’agit. Les réponses qu’il n’a pas données ce vendredi, il devra un jour ou l’autre les donner. Le déshonneur auquel il tente d’échapper le rejoindra.
La fin du régime Vaillancourt ouvre la perspective de changements à l’hôtel de ville. On voit le comité exécutif faire preuve de prudence. A été reporté l’octroi de tout contrat, qui sera soumis à l’autorité de la loi numéro 1 sur l’intégrité que l’Assemblée nationale se prépare à adopter. Peut-on croire à une rupture totale avec la tradition du roi Vaillancourt et à la mise à l’écart de ses courtisans ? N’ayons pas une confiance aveugle.
Le gouvernement Marois a tort de refuser de nommer un observateur dont la présence à l’hôtel de ville suppléerait à l’absence d’une opposition. Ce serait une garantie du retour de la transparence, qui pendant toutes ces années est ce qui a le plus manqué à Laval. Il revient aux Lavallois de prendre leur destin en main, de sortir de l’apathie démocratique dans laquelle leur maire les avait plongés. Mais il faut aussi les aider.








