Montréal - La suite des choses
Le sentiment qui habitait Gérald Tremblay en annonçant aux Montréalais lundi sa démission était celui d’une insupportable injustice. On le comprendra, car il partait sans avoir pu défendre son intégrité, circonstance qui par ailleurs occultait ses mérites comme « développeur » de Montréal. S’il a été aveugle à la corruption et aux personnages troubles qui l’entouraient, il avait par contre une vision de l’avenir de sa ville. En termes simples, Gérald Tremblay a transformé Montréal pour le mieux. Il faudra lui en être reconnaissant.
Le vide créé par le départ de celui qui fut le premier maire de la nouvelle ville de Montréal créée par les fusions de 2001 inquiète. Car le prochain maire, qui sera choisi par le conseil, ne jouira pas de la légitimité que confère une élection au suffrage universel. Ce sera un maire intérimaire. Un maire disposant d’une autorité limitée dont les pouvoirs seront ceux d’un intendant. Son rôle sera d’autant plus difficile que s’est ouverte lundi par le fait de la démission de Gérald Tremblay la prochaine campagne électorale qui durera 12 mois, au lieu des trois mois traditionnels. On imaginera facilement que Montréal risque de faire du surplace, ce qu’elle ne peut se permettre.
Les deux partis d’opposition à l’hôtel de ville, Vision Montréal et Projet Montréal, ont souhaité que le maire qui sera choisi la semaine prochaine forme un comité exécutif de coalition. Le parti de Gérald Tremblay a accueilli l’idée avec beaucoup de réserves, mais convient qu’il faut mettre de côté l’esprit partisan. Voyons-y une petite ouverture et invitons Union Montréal à pousser sa réflexion.
Mettre de côté l’esprit partisan ne sera pas chose facile. C’est, diront certains, contre nature pour des politiciens, mais cela peut être possible si certaines conditions sont réunies.
Il faut d’abord s’arrêter au profil du candidat idéal au poste de maire intérimaire. On recherchera, il va sans dire, une personne ayant des qualités de gestionnaire. La nécessité d’un ménage dans l’appareil administratif s’impose plus que jamais. Une personne qui aura par ailleurs la volonté de mener à terme les projets entrepris par Gérald Tremblay. Ce n’est pas le moment de faire table rase. Il faut assurer la continuité. Enfin, une personne capable de rassembler les membres du conseil au-delà des lignes partisanes. Il faudrait que le nouveau maire reçoive un large appui du conseil, au-delà des lignes partisanes.
Une deuxième condition a trait justement aux lignes partisanes. Ce maire intérimaire doit s’engager, d’une part, à ne pas être candidat à la mairie à l’élection du 3 novembre 2013 et, d’autre part, à ne pas participer aux activités politiques de son parti, y compris aux réunions de son caucus. Ces conditions, il devra les imposer ensuite aux membres du comité exécutif qu’il sera appelé à former.
La troisième condition consistera à inviter des conseillers de l’opposition au sein du comité exécutif, de façon que les deux partis d’opposition y aient une représentation proportionnelle à leur poids au sein du conseil.
Le maire Tremblay avait au lendemain de la dernière élection invité deux conseillers de l’opposition à siéger au comité exécutif. L’expérience fut malheureuse en raison d’une partisanerie omniprésente. Cette fois, les circonstances sont différentes. Le conseil municipal, qui fait face à une situation inédite, doit s’inspirer de l’élévation dont a fait preuve Gérald Tremblay.








