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    Tremblay abdique

    «Je traverse présentement une période d’une injustice insupportable», dit le maire démissionnaire de Montréal

    6 novembre 2012 | Brian Myles | Montréal
    Le maire de Montréal, Gérald Tremblay, tournant le dos aux journalistes après avoir annoncé, lundi soir, qu’il renonçait à la vie politique.
    Photo : Jacques Nadeau Le Devoir Le maire de Montréal, Gérald Tremblay, tournant le dos aux journalistes après avoir annoncé, lundi soir, qu’il renonçait à la vie politique.
    A relire: une chronique de Michel David publiée le 22 juin 2004, qui commence ainsi: «Gérald Tremblay a toujours eu le réflexe de nier la réalité quand elle lui déplait».
    Isolé, dépouillé de son autorité morale et meurtri jusqu’au plus profond de son âme, Gérald Tremblay a réglé ses comptes lundi soir en renonçant à la mairie de Montréal. « Je traverse présentement une période d’une injustice insupportable. Je n’ai jamais pensé que je vivrais un tel acharnement dans une société de droit. Mais, un jour, justice sera rendue », a-t-il dit entouré d’une vingtaine de ses plus fidèles conseillers.

    M. Tremblay a fait un choix de communications stratégiques discutable lorsque les travaux de la commission Charbonneau ont exposé l’ampleur de la corruption et de la collusion à l’Hôtel de Ville.

    Plutôt que de s’expliquer aux Montréalais, il s’est réfugié derrière une obligation de confidentialité en raison de déclarations assermentées qu’il aurait faites aux enquêteurs.


    M. Tremblay a répété à maintes reprises qu’il souhaitait être entendu devant la commission. Ses appels à la patience ont plutôt provoqué un gonflement des voix exigeant sa démission.


    Lors de la présentation du budget 2013, la hausse des taxes de 3,3 % a été décriée comme une hypothèque sur la corruption.


    M. Tremblay a fait sa dernière apparition à titre de maire lors de cette présentation chaotique, mardi. Il s’est réfugié à la campagne, à partir de jeudi, pour mûrir sa décision de quitter définitivement la vie publique, après 25 années de service.


    Privé d’une invitation à la commission Charbonneau, il était à court d’options pour rétablir le lien de confiance avec les Montréalais. « La vérité, je l’ai transmise à la commission Charbonneau. Je n’ai malheureusement pas la possibilité de me défendre parce que je ne fais pas partie du plan de match de la Commission, du moins à court terme », a-t-il reconnu.


    Jane Cowell-Poitras sera mairesse suppléante jusqu’à ce que le conseil municipal élise un successeur pour la durée restante du mandat. Les détails sur la transition seront communiqués mardi.


    Le chef de Projet Montréal, Richard Bergeron, a joué la carte des rassembleurs, saluant le départ du maire. « Ce n’était pas une décision facile, il l’a prise avec dignité », a-t-il commenté. M. Bergeron souhaite maintenant que le conseil puisse élire un maire par intérim capable de ramener le calme jusqu’aux élections du 3 novembre 2013.


    La chef de Vision Montréal, Louise Harel, attend une réunion de son caucus avant de se prononcer. Elle continue cependant de mettre de la pression sur le ministre des Affaires municipales, afin qu’il devance la tenue des élections.

     

    Maire amer


    Réputé pour son humeur joviale, le maire en disgrâce était gonflé d’amertume lorsqu’il a annoncé son départ.


    Exception faite de sa famille politique, qu’il a chaudement remerciée, il n’a trouvé de bons mots que pour l’ancien ministre libéral Raymond Bachand, un Montréalais dans l’âme, tout comme lui.


    Il a reproché à Québec son manque d’écoute, surtout lorsqu’il a demandé la modification de la règle du plus bas soumissionnaire, pour couper court à la collusion entre les entrepreneurs.


    Il a aussi livré un aperçu des explications qu’il gardait pour la commission Charbonneau.


    D’abord, il n’a jamais été informé par Jacques Duchesneau que quatre personnes douteuses faisaient partie de son entourage, lors d’une rencontre remontant au 2 juillet 2009. « Un jour, l’agenda caché de certaines personnes sera dévoilé », a dit M. Tremblay décochant une flèche à l’endroit de M. Duchesneau.


    Ensuite, M. Tremblay a réfuté le témoignage de l’ex-organisateur Martin Dumont. Celui-ci a déclaré que le maire avait été mis au courant de l’existence d’une double comptabilité au sein d’Union Montréal lors d’une réunion en 2004.


    « Cette rencontre n’a jamais eu lieu. Ces allégations sont fausses », a dit M. Tremblay, en s’appuyant sur l’agent officiel du parti, Marc Deschamps, qui demande aussi à être entendu à la Commission Charbonneau.

     

    Homme de foi


    M. Tremblay, un homme de foi, a truffé son discours de références religieuses. Il a évoqué ses « valeurs judéo-chrétiennes » telles que l’entraide, la solidarité, l’intégrité et la justice sociale pour expliquer son saut à la mairie de Montréal, en 2001.


    Tel un supplicié portant sa croix, il interprète sa démission comme « l’ultime sacrifice », son « dernier acte d’amour dans l’intérêt supérieur de Montréal ».


    M. Tremblay a passé outre à l’acte de contrition, reprochant à son entourage de l’avoir mal informé ou encore de l’avoir berné. « Je souhaite ardemment qu’un jour on reconnaisse que je me suis battu, très souvent seul, contre ce système, cette collusion et cette corruption qui, pourtant, selon les révélations de la commission Charbonneau, existaient depuis au moins 1988 », a-t-il dit.


    Le péché originel du maire remonte peut-être à sa première rencontre avec le directeur général de la Ville, en 2001.


    Celui-ci l’a informé des « rumeurs » sur la circulation d’enveloppes brunes à l’intérieur de certains services. « Je lui ai demandé ce qu’il avait fait. Il m’a répondu qu’il avait exigé des preuves qu’on ne lui avait jamais données », a-t-il dit.

     

    Corruption invisible


    M. Tremblay s’est plaint d’avoir été informé des problèmes bien après les faits. « J’avais beau avoir des doutes, poser des questions, être vigilant, ce n’est malheureusement qu’après les faits que l’on m’a remis des documents », a-t-il expliqué. Si les informations lui étaient parvenues en temps utile, il aurait pu éviter aux Montréalais le fiasco des compteurs d’eau et la vente au rabais des terrains du Faubourg Contrecoeur. « On a trahi ma confiance, et j’en assume l’entière responsabilité », dit-il.


    Indirectement, le directeur du Service du capital humain et des communications, Jean-Yves Hinse, lui a donné raison en matinée.


    La Ville de Montréal est à court de moyens pour débusquer la corruption et elle dépend de la commission Charbonneau pour y parvenir, a dit M. Hinse lors de l’étude du budget. « Si ce n’était pas de la commission Charbonneau, on n’aurait pas trouvé la corruption dans les contrats. Pourquoi ? Parce que ça se fait de manière très subtile », a-t-il dit.


    Au même moment, la Ville suspendait sans solde un quatrième fonctionnaire, Gilles Vézina pour la durée d’une enquête interne. Il était le patron des ingénieurs à la retraite Gilles Surprenant et Luc Leclerc, qui ont truqué des centaines d’appels d’offres et empoché des pots-de-vin totalisant plus de 1,3 million de dollars.


    Le gouvernement Marois a observé le silence radio en soirée, et il réserve ses commentaires pour mardi.


    Le maire de Québec, Régis Labeaume, a souligné le départ à sa manière. « On n’avait pas d’atomes crochus, mais tu ne peux pas haïr Gérald, a lancé M. Labeaume. C’est un gars qui a donné son numéro de téléphone personnel à ma fille quand elle est arrivée à Montréal. »


    M. Labeaume a par ailleurs sa petite idée sur le genre de personne qui devrait diriger Montréal. « Ça prend quelqu’un qui a beaucoup beaucoup de front. Quelqu’un, honnêtement, qui est baveux », a-t-il dit.

     

    Avec Isabelle Porter

     
     
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