Le comité exécutif prend ses distances de Gilles Vaillancourt
«La seule crise dont on peut parler à Laval actuellement, c’est la crise qui affecte M. Vaillancourt»
Le vice-président du comité exécutif, Basile Angelopoulos, niait mercredi l’existence d’une crise à Laval après le retrait provisoire du maire, ciblé par une troisième perquisition de l’Unité permanente anticorruption (UPAC).
« La seule crise dont on peut parler à Laval actuellement, c’est la crise qui affecte M. Vaillancourt », a-t-il dit jeudi sous le regard approbateur des trois autres membres du comité exécutif. Pendant l’absence du maire pour des raisons de santé, ils assureront la gestion quotidienne de la Ville. « Nous allons continuer à nous occuper de nos responsabilités », a expliqué M. Angelopoulos.
M. Vaillancourt est soupçonné d’avoir détourné des dizaines de millions de dollars dans des paradis fiscaux et d’avoir orchestré le stratagème de collusion et de corruption dans l’octroi des contrats à Laval, une ville dont il préside aux destinées depuis 1989. L’hôtel de ville, deux de ses résidences et une dizaine de coffrets de sûreté à son nom ou ceux de proches ont fait l’objet de perquisitions de l’UPAC depuis le 4 octobre.
Le maire a pris lui-même la décision de se retirer pour des raisons de santé, afin de prendre du recul pour réfléchir à son avenir politique, après la réunion hebdomadaire du comité exécutif mercredi. Les quatre élus faisant partie de sa garde rapprochée n’ont pas abordé la question de sa démission lors de la rencontre.
À court d’options
À Québec, le ministre des Affaires municipales, des Régions et de l’Occupation du territoire, Sylvain Gaudreault, a approuvé la décision de M. Vaillancourt. « L’étau s’est resserré autour du maire de Laval. Et je pense que, dos au mur, il n’avait pas le choix de prendre la décision qu’il a prise », a-t-il commenté.
Québec ne peut sévir contre M. Vaillancourt. Officiellement, il s’est absenté pour des raisons de santé, sur recommandation de son médecin. Il n’est accusé d’aucun crime et il bénéficie donc de la présomption d’innocence ; la Ville n’est aucunement paralysée à la suite de son retrait provisoire.
« Le gouvernement est bien embêté », a dit le ministre de la Métropole, Jean-François Lisée. « Les dispositions légales qui existent ne permettent pas ni au gouvernement, ni au conseil municipal, ni à des citoyens d’intervenir. […] Et c’est un vide juridique », a-t-il ajouté.
Le ministre Gaudreault a reconnu indirectement son impuissance politique en indiquant qu’il allait travailler très fort en vue de présenter à la rentrée parlementaire un projet de loi pour élargir les pouvoirs de Québec concernant la destitution des maires.
La fin du maire
Les deux partis d’opposition, non représentés à l’hôtel de ville, sont persuadés d’avoir assisté à la fin de la carrière de Gilles Vaillancourt.
« Le maire est mort, le parti aussi. On oublie le PRO des Lavallois », a lancé Robert Bordeleau, candidat à la mairie pour le Parti au service du citoyen (PSC).
Selon Emilio Migliozzi, candidat au poste de conseiller pour le Mouvement lavallois, le maire cherche à gagner du temps en prenant un temps d’arrêt pour se refaire une santé. Il s’attend à ce qu’il démissionne après la date fatidique du 3 novembre, ce qui éviterait la tenue d’une élection partielle à la mairie. En vertu de la Loi sur les élections et les référendums dans les municipalités, toute vacance au poste de conseiller ou de maire est comblée par un vote secret du conseil municipal dans un délai inférieur à 12 mois de la date d’une élection générale. « C’est certain qu’il ne veut pas aller en élection. Il veut garder son parti au pouvoir », a dit M. Migliozzi.
Le PRO du maire Vaillancourt contrôle la totalité des 21 sièges au conseil. Si M. Vaillancourt tire sa révérence après le 3 novembre, les conseillers n’auront qu’à nommer son successeur (fort probablement M. Angelopoulos) jusqu’aux élections du 3 novembre 2013.
M. Angelopoulos a d’ailleurs indiqué que le maire ne pourra pas s’absenter pour la dernière année de son mandat au complet. « Le maire va prendre une décision prochainement », a-t-il indiqué.
Selon Robert Bordeleau, Québec doit profiter de cette crise pour créer un poste de Commissaire à l’éthique pour éviter la collusion dans les municipalités.
Doté de pouvoirs d’enquête et de sanction, le Commissaire devrait s’intéresser aux élus et aux fournisseurs de services qui obtiennent des contrats publics, estime le chef du PSC.
M. Bordeleau remet en question les affirmations de Basile Angelopoulos. Le vice-président du comité exécutif a indiqué qu’il n’avait jamais été témoin de problèmes de corruption ou de collusion à l’hôtel de ville. « Qui ne dit mot consent. Il y en a beaucoup qui ont sûrement été témoins de certaines pratiques, et personne n’a jamais rien dénoncé », lance M. Bordeleau.
Emilio Migliozzi doute également de la probité des membres du comité exécutif. « Ah, mon Dieu ! C’est ce qu’ils disent ? Je suis confiant que l’UPAC et la commission Charbonneau font leur job. Il va y en avoir, de la preuve, vous allez voir ! », s’est-il exclamé.
Avec Robert Dutrisac








