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    Commission Charbonneau - Les silences du maire

    2 octobre 2012 |Bernard Descôteaux | Montréal
    Les révélations faites ce lundi par l’entrepreneur Lino Zambito à propos de ristournes de 3 % sur les contrats de construction de la Ville de Montréal versées au parti Union Montréal ont eu l’effet d’une bombe à l’Hôtel de Ville. Son chef, le maire Gérald Tremblay, est atteint personnellement.

    La commission Charbonneau ne voulait pas a priori mettre son nez dans la gestion des contrats à la Ville de Montréal. Le procureur en chef de la Commission, Sylvain Lussier, notait, au moment de prendre ses fonctions, qu’elle ne pourrait fouiller partout tant son mandat était large. Il a vite constaté qu’il lui fallait commencer par Montréal, car la collusion et la corruption avaient d’abord leurs racines dans les municipalités, petites et grandes.


    Le témoignage de Lino Zambito est dévastateur. Certes, il faut l’accueillir avec une certaine prudence. Il pourra être contredit sur certains points, mais les révélations qu’il a faites corroborent les informations mises au jour par le travail d’enquête des médias, sauf que le portrait est encore plus noir que tout ce que l’on avait pu imaginer. Si ce qui se passait à Montréal se passait aussi de manière similaire à Laval et dans d’autres municipalités des couronnes nord et sud, comme le soutient Zambito, bien des élus doivent très mal dormir.


    Le système décrit par Lino Zambito profitait à tout le monde : à la mafia, aux entrepreneurs, à des fonctionnaires, ingénieurs responsables de projets et surveillants de chantiers, et aux politiciens. L’information la plus dévastatrice est certainement celle selon laquelle une ristourne de 3 % de la valeur des contrats était versée au parti Union Montréal, ce qui expliquerait la tolérance à l’endroit de ce système pendant des années.


    Il faut prendre garde à ne pas faire dire à Lino Zambito ce qu’il n’a pas dit. Ce qu’il a dit, c’est qu’il remettait à l’entrepreneur-entremetteur Nicolo Milioto des sommes destinées à Union Montréal. Ont-elles été versées à des représentants de ce parti ? On peut le penser, mais la Commission devra l’établir, tout comme elle devra nous dire qui a profité de cet argent. Il s’agit ici de sommes considérables qui ne pouvaient aboutir toutes dans le compte officiel du parti.


    Le maire Gérald Tremblay a commenté sans attendre les allégations touchant son parti, invoquant pour sa défense les enquêtes menées par le Directeur général des élections à quelques reprises sur les contributions à Union Montréal, lequel ne lui a jamais adressé de reproches. Cela n’est toutefois pas une preuve que son parti n’a pas bénéficié d’une partie de cet argent sale, car ce n’est pas là-dessus que les enquêtes ont porté.


    À titre de premier magistrat de Montréal et à titre de chef d’Union Montréal, Gérald Tremblay est atteint par les révélations de Lino Zambito. Il ne peut pas toujours dire qu’il ne savait pas, mais que lorsqu’il a su il a agi. Or, ici, il ne peut prétendre que cette affaire est chose nouvelle pour lui. Lors de l’élection de 2009, Benoit Labonté, un ancien membre du comité exécutif de Montréal, avait fait état de l’existence de ces ristournes de 3 % et avait soutenu l’en avoir informé en 2007. Le maire avait balayé ces affirmations, n’y voyant que « rumeurs et ouï-dire ». S’en est-il préoccupé par la suite ? A-t-il cherché à savoir ? A-t-il demandé une enquête ? Son silence à ce propos est inquiétant.


    Les partis d’opposition à l’Hôtel de Ville demandent aujourd’hui la démission du maire. Ils lui reprochent d’avoir, par son inaction, toléré un système de corruption. Bien sûr, il refusera, car il estime avoir fait ce qu’il faut. Tout ce qu’il faut ? Cela, il n’est pas arrivé à nous en convaincre. Gérald Tremblay ne peut être tenu responsable de tous les maux de Montréal, mais il aurait dû s’assurer de savoir qu’il y avait quelque chose de pourri dans son royaume. Aujourd’hui, sa crédibilité est lourdement entachée. Tôt ou tard, il devra se résoudre à partir.

     
     
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