Tremblay s’en prend à la GRC
L’opposition reproche au maire de Montréal la collusion endémique à l’hôtel de ville
M. Tremblay est sorti de ses gonds jeudi matin, après que les vidéos de surveillance de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) eurent été présentées à la commission Charbonneau.
« Comme citoyen, et comme maire de Montréal, j’ai été profondément choqué. On aurait dû avoir accès à cette information bien avant. […] Toutes ces allégations, ces ouï-dire, étaient connus. Quand on voit ça à la télévision, on se demande comment il se fait qu’on ne bouge pas plus rapidement », a dit le maire d’un ton courroucé.
Les vidéos de surveillance de la GRC, tournées au club social Consenza en 2004 et en 2005, montrent des entrepreneurs en construction tels que Frank Catania et Nicolo Milioto compter des liasses de billets et festoyer en compagnie de membres du clan mafieux des Rizzuto. Les habitués du Consenza ont tous connu un succès inespéré dans l’obtention des contrats de construction à Montréal.
Pour en rajouter, Lino Zambito a confirmé en après-midi, lors de son témoignage à la commission Charbonneau, qu’il avait personnellement fait partie d’un système de collusion regroupant de 10 à 12 entrepreneurs qui se partagent les contrats sur l’île. Il payait à la mafia un pizzo (une taxe) de 2,5 % sur la valeur de ses contrats.
« Comment peut-on continuer à faire affaire avec des entreprises qui, de façon évidente, mettent en place des mesures de corruption et de collusion ? », s’est interrogé Gérald Tremblay en matinée, en marge d’une séance de la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM).
Réforme à venir
Le ministre responsable de la métropole, Jean-François Lisée, s’est adressé aux élus de la CMM pour les assurer qu’ils obtiendront des outils afin d’empêcher les firmes aux pratiques et aux relations douteuses de décrocher des contrats publics.
À Québec, la ministre du Travail, Agnès Maltais, a confirmé que le gouvernement déposera cet automne un projet de loi pour colmater les brèches de la loi 35. « C’est une priorité et c’est cet automne », a-t-elle confirmé.
Le projet de loi sur lequel planche le législateur engage plusieurs ministres, a indiqué Mme Maltais. À son avis, il est tout à fait possible qu’il puisse être adopté au terme de la session d’automne puisque « c’est un objectif commun » à tous les partis.
Lors de la campagne électorale, les libéraux avaient promis de déposer un projet de loi afin d’empêcher un entrepreneur accusé d’une infraction criminelle grave, comme la fraude, d’obtenir des contrats publics, et ce, avant même que la cour ne le déclare coupable.
Le chef par intérim du Parti libéral, Jean-Marc Fournier, s’est dit « tout à fait disposé à une bonification de la loi » à la reprise des travaux, le 30 octobre.
Le maire Tremblay n’en peut plus d’attendre. La reprise de la session parlementaire arrive « un peu tard » pour lui. « On est pris les mains liées au niveau municipal », a-t-il dit, faisant référence au fait que les municipalités sont contraintes par la loi d’accorder un contrat au plus bas soumissionnaire conforme à la suite d’un appel d’offres.
Montréal serait donc incapable de se défaire des entreprises qui participent aux stratagèmes de collusion et enrichissent la mafia au passage, d’autant moins que les travaux urgents (voirie, aqueduc, etc.) ne peuvent pas attendre.
Trop peu, trop tard
L’opposition officielle s’est moquée de la sortie intempestive de M. Tremblay. « Encore une fois, le maire de Montréal se cherche des excuses pour prétendre qu’il ne savait pas, a dit Louise Harel, la chef de Vision Montréal. C’est un pattern [pour lui] de prétendre après coup qu’on aurait dû l’informer. »
La mairesse de Rivière-des-Prairies -Pointe-aux-Trembles, Chantal Rouleau, a fait part d’une situation préoccupante dans son arrondissement.
Le 31 août dernier, elle a écrit au maire pour demander s’il était possible de reporter l’octroi d’un contrat de voirie de 947 224 $ à Construction Soter, le temps que Québec corrige les failles de la loi 35.
Mme Rouleau éprouve « un dilemme éthique » à accorder un contrat à une entreprise qui a profité des lacunes de la loi 35. L’entreprise bénéficiait d’une licence restreinte « par contamination » après qu’un de ses administrateurs eut été reconnu coupable de fraude fiscale, et elle aurait dû être privée de contrats publics jusqu’en décembre 2013. Mais Soter a réussi à rétablir sa virginité en retirant l’administrateur fautif de son conseil.
L’administration Tremblay n’a pas voulu reporter l’échéancier des travaux, se disant forcée d’accorder les contrats aux plus bas soumissionnaires conformes.
L’arrondissement a finalement autorisé la dépense afin de ne pas perdre l’enveloppe pour la réfection du réseau routier local, qui doit être absolument dépensée en 2012. « Il [le maire] n’a pas voulu aider les citoyens à se défaire de cette situation qui est en train de nous empoisonner tous, les Montréalais. Il n’a pas voulu agir », a dit Mme Rouleau.
Selon le chef de Projet Montréal, Richard Bergeron, tout citoyen un tant soit peu informé connaissait l’étendue du problème de collusion. L’explication du maire « n’est pas acceptable », a-t-il dit.
M. Bergeron demande au comité exécutif de faire l’analyse historique de l’octroi des contrats depuis un an. Un mandat en ce sens a été confié au directeur général la semaine dernière.
Avec Robert Dutrisac et Antoine Robitaille








