Prostitution : la loi s’appliquera même en « zone de tolérance »
La proposition de Réal Ménard est contraire à la loi, dit la police
« M. Ménard a mis une proposition sur la table, mais la loi ne nous permet pas de dire qu’on peut fermer les yeux », a indiqué hier au Devoir l’inspecteur Cayer.
La semaine dernière, le maire de Mercier-Hochelaga-Maisonneuve (MHM), Réal Ménard, avait fait connaître son intention de créer une zone de tolérance dans un secteur industriel de la rue Sainte-Catherine Est de manière à éloigner les prostituées des zones résidentielles. L’arrondissement se devait d’agir compte tenu de l’exaspération des citoyens, avait insisté M. Ménard. Les élus ont donc convenu de créer une zone où les travailleuses du sexe ne se feraient pas importuner par les policiers. « Ce qu’on demande aux policiers, c’est de déplacer les filles dans cette zone-là et d’être plus tolérants », avait expliqué M. Ménard.
Selon l’inspecteur Cayer, cette solution est inapplicable pour les policiers qui se doivent de faire appliquer la loi. En revanche, miser sur la répression pure et simple ne donnerait pas des résultats durables et chasserait les prostituées ailleurs, dans d’autres arrondissements, admet-il, une stratégie que ne prône pas le comité de sécurité urbaine d’MHM dont il fait partie.
« La prostitution dans Hochelaga est liée à la consommation de crack et d’héroïne. C’est un problème de santé publique. […] On ne parle pas d’une escorte qui fait ça pour payer son condo », dit l’inspecteur Cayer en évoquant les problèmes de santé et de toxicomanie des prostituées de rue qui opèrent dans les rues d’Hochelaga-Maisonneuve.
Selon lui, une meilleure coordination des services de santé serait une solution plus appropriée pour gérer le problème. Pour illustrer ses propos, il évoque l’ouverture éventuelle d’un site d’injection supervisée qui, sans éradiquer la consommation de stupéfiants, permettra au moins de limiter les effets indésirables dans le quartier.
Risque de poursuite
La question de la zone de tolérance a rebondi au conseil municipal hier après-midi. Le maire Gérald Tremblay a alors réitéré la position de son administration qui s’est opposée à la proposition de Réal Ménard d’utiliser une cour de voirie pour accueillir les prostituées. « On avait une opinion juridique à l’effet que nous risquions d’être poursuivis si on tenait un endroit de débauche sur la place publique ou encore être accusés de proxénétisme si je donnais suite à sa demande », a-t-il expliqué.
Malgré tout, Réal Ménard n’entend pas renoncer à son projet. « Je vais faire la bataille pour mettre fin à ce statu quo, a-t-il dit. Les propos de votre administration sont inacceptables. C’est irresponsable que vous vouliez maintenir la prostitution dans les corridors scolaires, en milieu commercial et en milieu résidentiel. »








