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Prostitution: une zone de tolérance est envisagée dans Hochelaga-Maisonneuve

16 juin 2012 | Jeanne Corriveau | Montréal
Certaines travailleuses du sexe opèrent en zone résidentielle, ce qui entraîne une cohabitation difficile avec les résidants.
Photo : Agence France-Presse Valéry Hache Certaines travailleuses du sexe opèrent en zone résidentielle, ce qui entraîne une cohabitation difficile avec les résidants.
Pour calmer l’exaspération des citoyens face à la présence de prostituées dans leur quartier, l’arrondissement de Mercier-Hochelaga-Maisonneuve a décidé d’instaurer une « zone de tolérance » dans un secteur industriel de la rue Sainte-Catherine Est. Par cette mesure, le maire Réal Ménard souhaite éloigner les travailleuses du sexe des zones résidentielles et commerciales de son arrondissement. Mais cette décision est loin de faire l’unanimité.

« Le statu quo ne peut pas continuer. Il y a entre 60 et 75 filles qui opèrent sur la rue Sainte-Catherine Est et il n’y a pas de règles du jeu », souligne Réal Ménard. Au cours des derniers mois, des discussions ont été menées avec les policiers et les groupes tels que Stella. Les élus ont finalement convenu de créer une zone où la prostitution serait tolérée, sur un segment de la rue Sainte-Catherine Est, dans le secteur de la rue Moreau. « Comme conseil d’élus, ce qu’on demande aux policiers, c’est de déplacer les filles dans cette zone-là et d’être plus tolérants s’il n’y a pas de violence faite aux filles et s’il n’y a pas d’irritants majeurs », explique M. Ménard.


S’il reconnaît le caractère controversé de cette décision, M. Ménard estime que les élus devaient agir, tant les citoyens sont excédés. « Notre réseau de la santé n’a pas pris ses responsabilités jusqu’à présent et a sous-contracté aux groupes communautaires. Il doit déployer des ressources pour aides ces filles-là, dit-il. Les gens qui m’ont élu, ce qu’ils veulent, légitimement, c’est un milieu résidentiel et commercial exempt de prostitution. » Un sondage mené auprès de 525 citoyens et de 83 commerçants au mois d’avril dernier a révélé que 66 % des commerçants et 62 % des résidants interrogés étaient en faveur de la création d’une zone de tolérance.


« C’est la moins mauvaise solution pour les résidants d’Hochelaga-Maisonneuve incommodés, pas tant par la prostitution, mais par les activités qui l’entourent », estime le conseiller d’Hochelaga, Laurent Blanchard.


Pour la responsable du développement social et communautaire au comité exécutif, Jocelyn-Ann Campbell, la décision des élus de l’arrondissement est « totalement irresponsable ». « C’est un semblant de solution. Ça ne vient pas changer la réalité des femmes qui ont une vie de misère et sont aux prises avec des problèmes de drogue, de santé mentale, de santé physique et de pauvreté. C’est déplacer le problème et le cacher », déplore-t-elle.


Si elle reconnaît que la cohabitation est difficile, Mme Campbell estime que, comme l’itinérance, la prostitution est un problème propre aux grandes villes. Hochelaga-Maisonneuve n’est pas le seul quartier de Montréal à devoir composer avec cette réalité, fait-elle remarquer.


Mais pour l’instant, les propositions concrètes font défaut. « C’est un problème complexe qui nécessite des solutions multiples et concerne l’ensemble des partenaires », dit-elle. La prise en charge de ces travailleuses nécessiterait la contribution du réseau de la santé et des services sociaux, ajoute-t-elle : « Ça dépasse largement les pouvoirs d’intervention d’une municipalité qui agit sur l’aspect réglementaire. »


Inquiète pour la sécurité des prostituées qui devront travailler dans un endroit isolé, la directrice générale de l’organisme Stella s’est prononcée contre le projet de l’arrondissement. Tout comme la députée d’Hochelaga-Maisonneuve, Carole Poirier, qui juge que l’arrondissement fait fausse route avec ce projet.

 
 
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