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    Manifestations - Tremblay songe à interdire les masques

    «Une personne qui veut manifester et qui a des revendications légitimes n'a pas à se cacher»

    Photo : Jacques Nadeau - Le Devoir
    Excédé par le grabuge qui marque invariablement les manifestations contre la brutalité policière année après année, le maire Gérald Tremblay a évoqué hier la possibilité de resserrer les règlements municipaux. Son administration pourrait revenir à la charge avec son projet d'interdire le port de masques et de cagoules lors de rassemblements, a-t-il indiqué.

    Au lendemain de la manifestation du Collectif opposé à la brutalité policière qui s'est soldée par 226 arrestations, le maire pense qu'il est temps de mettre un terme à ces démonstrations de violence. «J'ai été et je suis encore dégoûté de la situation. Ma tolérance a atteint ses limites. Il semblerait que ce soit également le cas pour l'ensemble de la population montréalaise», a-t-il expliqué lors d'un point de presse.

    Il a assuré que les auteurs des méfaits seraient poursuivis, mais pour éviter que ce scénario se reproduise, il croit qu'une révision des règles encadrant les manifestations s'impose, à commencer par l'utilisation de masques par certains casseurs. «Une personne qui veut manifester et qui a des revendications légitimes n'a pas à se cacher», a-t-il dit.

    En 2009, l'administration Tremblay avait songé à modifier sa réglementation pour interdire aux manifestants de se masquer de visage. Le projet avait suscité de vives critiques, notamment de la part des défenseurs des libertés civiles qui estimaient qu'une telle interdiction était susceptible de brimer la liberté d'expression. La Ville avait finalement reculé.

    «On est toujours dans une situation perdante-perdante, estime le maire Tremblay. Si on ne fait rien, on est critiqués, et si on essaie de faire de la prévention, on est critiqués. Au cours des prochains jours, on va évaluer toutes les solutions possibles, mais on ne peut pas continuer comme ça.»

    Parmi les autres options envisagées, le maire a suggéré la possibilité d'obliger les organisateurs de manifestations à fournir leur itinéraire ou à obtenir un permis.

    L'opposition dirigée par Louise Harel est favorable à une interdiction des masques lors de manifestations. «À Vision Montréal, on appuierait ça parce qu'on n'est pas en Syrie ici. Les gens ont le droit de manifester et ils ne se feront pas tabasser. [...] Porter une cagoule n'est pas compatible avec le caractère pacifique qu'on attend d'une manifestation», a indiqué le vice-président de la Commission de la sécurité publique, Réal Ménard, à Radio-Canada.

    Masques et liberté d'expression

    Le président de la Ligue des droits et libertés, Dominique Peschard, n'est pas de cet avis. «Le Code criminel prévoit déjà que le déguisement dans un dessein criminel est une infraction criminelle passible de dix ans d'emprisonnement. Et il y a toutes sortes d'autres motifs légitimes pour lesquels les gens peuvent vouloir se déguiser. Ce n'est pas aux policiers de décider quand un déguisement est acceptable ou pas. On trouve que c'est très dangereux pour la liberté d'expression de donner un pouvoir général aux autorités», a-t-il expliqué au Devoir.

    Par ailleurs, la Ville voudrait aussi que le gouvernement du Québec l'aide à financer les services policiers montréalais. «On est tannés de payer. C'est toujours nous qui ramassons la facture. Il y a presque 1000 manifestations par année à Montréal et on demande depuis des années au gouvernement du Québec de nous aider», a dit le maire Tremblay qui évalue à 35 millions la somme que Québec devrait verser à la Ville annuellement pour les dépenses de sécurité publique.

    Arrestations et grabuge


    De son côté, le chef du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), Marc Parent, s'est dit satisfait de la manière dont les policiers sont intervenus lors de la manifestation de jeudi.

    La police a eu besoin de plusieurs heures, jeudi soir, pour ramener le calme au centre-ville de Montréal. La manifestation, à laquelle ont participé environ 2000 personnes — un record pour cet événement annuel, selon les organisateurs —, s'est soldée par 226 arrestations, dont 190 ont été faites en bloc vers 22h, à l'angle de la rue Berri et du boulevard de Maisonneuve. Hier matin, seules quatre personnes étaient toujours détenues, faisant face à des accusations de bris de condition, de possession d'arme ou d'agression armée.

    La plupart des personnes arrêtées l'ont toutefois été pour des infractions à des règlements municipaux ou pour avoir commis des méfaits ou des voies de fait. Quatorze manifestants ont aussi été arrêtés en vertu de l'article 31 du Code criminel, qui permet à un policier d'arrêter un individu s'il a des motifs raisonnables de croire que celui-ci est sur le point de commettre un acte criminel ou un acte qui compromet la sécurité des citoyens.

    Selon le SPVM, neuf personnes, dont sept policiers, ont subi des blessures mineures au cours de la manifestation. Des manifestants ont aussi vandalisé des véhicules de police et de citoyens, ainsi que certains commerces du centre-ville.

    Provocation


    Les organisateurs de la manifestation, de la Convergence contre la répression politique et policière (CCRPP), ont pour leur part dénoncé «l'attitude provocatrice» de la police qui, selon eux, leur «[dénie] le droit de manifester». Jeudi, le SPVM a déclaré la manifestation illégale environ 30 minutes après son commencement, estimant qu'elle devenait dangereuse pour la sécurité de tous. À la CCRPP, on affirme au contraire que «tout se déroulait dans le calme» au moment où les policiers ont sommé les manifestants de mettre fin à la marche.

    «En déclarant la manifestation illégale au tout début, le SPVM n'a fait qu'enflammer les manifestants. Le SPVM doit être tenu comme le principal responsable de la tournure des événements», a affirmé la CCRPP, par voie de communiqué.

    L'ampleur de la manifestation de jeudi s'explique aussi par la participation de nombreux étudiants en grève. La Coalition large de l'Association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE), qui avait invité ses membres à participer à la marche pour dénoncer l'attitude de la police lors des récentes manifestations étudiantes, a toutefois tenu à se dissocier des actes de violence et de vandalisme commis jeudi soir.
    Gérald Tremblay<br />
     
     
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