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Transport collectif - Un beau plan de transport sur papier. Glacé!

Le plan stratégique de développement de l'Agence métropolitaine de transport prévoit des investissements de 17 milliards, sans qu'on sache comment il sera financé

Normand Baillargeon   16 novembre 2011  Montréal
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Photo : Source Agence métropolitaine de transport

À retenir

    Né en 1958
    Normand Baillargeon enseigne la philosophie de l’éducation à l’UQAM et fait partie du collectif de rédaction de la revue À Bâbord. Ses nombreux ouvrages traitent d’éducation, de philosophie, de politique et de littérature. (photo Marie Santerre-Baillargeon)
    Dernier livre paru: Je ne suis pas une PME. Plaidoyer pour une université publique (Poètes de Brousse, 2011)

Il y a deux grandes nouvelles dans le Plan stratégique de développement du transport collectif de l'Agence métropolitaine de transport (AMT) dévoilé hier. La première: on prévoit dépenser 16,8 milliards de dollars pour le transport collectif d'ici 2020; la deuxième: on n'a à peu près aucune idée de la provenance de ces montants. Il est bien difficile dans ces conditions de ne pas recevoir avec une bonne dose de scepticisme les cibles et les huit projets annoncés.

Les problèmes sont pourtant criants. «Au cours des dix dernières années, le parc automobile a augmenté deux fois plus rapidement que la population», rappelle-t-on en conférence de presse. Et, ô surprise, une part de cette augmentation provient de la motorisation accrue des étudiants et des personnes âgées, qui contribue à la saturation du réseau routier. Mais les solutions mises de l'avant ont presque toutes un air de déjà vu.

Les cibles annoncées, pour commencer: augmenter de 33 % la fréquentation des transports en commun, faire passer de 85 à 250 km les voies réservées en région de Montréal et informer les usagers en temps réel de l'état des services qu'ils vont utiliser. Quant aux projets dévoilés, plusieurs ont déjà été annoncés ou sont en marche — par exemple les prolongements du métro (peut-être en PPP), l'électrification du réseau métropolitain ou encore le Service rapide par bus dans le boulevard Pie-IX (SRB).

On peut même craindre que ces projets, qui semblent faits pour la banlieue, aggravent l'étalement urbain. Ils seraient alors en flagrante contradiction avec le Plan métropolitain d'aménagement et de développement (PMAD) élaboré pour la grande région, justement pour freiner ce phénomène.

Joël Gauthier, le p.-d.g. de l'AMT, s'en défend pourtant: «C'est un plan pour la région de Montréal, ce n'est pas un plan essentiellement pour la banlieue. [...] La réalité, c'est que d'ici 2026, il va y avoir plus de gens qui vont vivre dans le 450.»

«L'autre réalité, poursuit-il, c'est que sur l'île de Montréal, et particulièrement au coeur du centre-ville, le réseau est très bien développé. Il y a deux personnes sur trois qui viennent au centre-ville le matin en transport collectif. La part de marché dans les banlieues est à 3 %. Alors, si on veut convertir les automobilistes au transport en commun, il va falloir qu'on investisse là où le marché n'est pas à maturité.»

La délicate question d'argent

Comment financer ces projets? M. Gauthier reconnaît qu'une taxe sur l'essence «est probablement le moyen le plus équitable» d'y parvenir. Mais en l'absence apparente de volonté politique, et puisque «l'argent ne peut pas venir que des gouvernements», il faudra, nous dit-on, chercher d'autres solutions. Lesquelles? Peut-être un péage, une taxe sur l'immatriculation, des revenus fonciers anticipés. Aucune solution, pas même des PPP, n'est écartée d'emblée. «Si on veut développer le transport collectif, explique M. Gauthier, il n'y a aucun sujet tabou au niveau du financement. On va soulever toutes les pierres.» Pour soulever ces pierres, l'AMT suggère la création d'un comité de réflexion sur les sources de financement, comité «auquel siégeront l'AMT avec les partenaires des cinq secteurs municipaux».

Et pour décider avec ses multiples partenaires des projets à réaliser localement, l'AMT propose la création non pas d'un, de deux ou de trois, mais bien de trente comités!

L'AMT, qui a travaillé pendant 18 mois sur son plan stratégique, recommande donc, en bout de piste, la création de 31 comités.

La voiture a-t-elle encore gagné?


Il y a pourtant un vaste consensus social sur l'importance de transports collectifs fiables, rapides et accessibles. Mais encore faut-il que l'on se donne collectivement les moyens de les réaliser — ce qui est autre chose que de présenter des voeux pieux imprimés en couleurs sur papier glacé.

En attendant, il est difficile de se départir de l'idée que c'est encore la voiture qui l'emporte. La voiture et les marchandises. Car le fait est que toute demande d'utiliser les rails doit être présentée au CN et au CP, qui en sont propriétaires, qui les utilisent pour le transport de marchandises et qui peuvent décider d'accorder ou de refuser que les trains de banlieue y circulent.

Dans tout le discours de l'AMT, on entend clairement l'écho d'une certaine logique bureaucratique et mercantile. Le vocabulaire employé est à ce propos révélateur et suscite même un certain malaise. L'AMT parle ainsi volontiers de «clientèle» pour désigner ses usagers et se perçoit elle-même comme partie prenante de l'«industrie du transport motorisé».

On aimerait que son vocabulaire témoigne que c'est d'un service public qu'il s'agit et que c'est de citoyens-usagers qu'il est question.
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  • Jean-Guy Nadeau - Abonné
    16 novembre 2011 08 h 31
    À retenir
    Étrange rubrique que cet À retenir. Du texte de Pierre Fortin, il faudrait retenir sa bio plutôt que ce qu'il écrit !!!

    Et c'Est bien dommage car le texte est très pertinent. 18 mois de travail pour arriver à créer 31 comités !!!
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  • Claude Kamps - Inscrit
    16 novembre 2011 09 h 29
    Je suis pour le transport en «commun»
    payé par le «commun» et pas par quelques-uns!!

    On parle d'«usager payeur», mais on nous impose de payer par un système tordu, ou un possesseur d'une automobile qui doit prendre la «tram» dans un parking incitatif, paye les péages pour y arriver, la taxe d'essence pour diminuer le prix du transport «commun» et sont passage par la «tram»...

    Un transport en «commun» est payer par la communauté et ses usagés, je ne comprends pas que nous sommes si taxés et qu'on peine à nous donner du service en «commun» comme la santé, l'éducation, le transport etc...

    La solution est dans la resserrement des dépenses de fonctionnement de la bureaucratie envahissante avant que comme en Grèce, Italie ou Espagne on coupe de moitié cette force syndicale qui au fil des temps et du laxisme des gouvernements à envahit notre champ de taxation.

    L'autre situation embarrassante, il y a 31 comités pour juste penser à ce projet, avec 1 ou 2 on aurait bien en masse, on y pense, on le réalise pas...
    Tout ces élus qui on bien du temps à perdre sont bien trop nombreux et leurs présences multiples dévorent une autre partie de notre champ de taxation...

    Commençons par réduire de moitié, la taille de cet état qui est devenu bien trop gigantesque pour notre population et après on parlera d'augmenter les taxes...

    Petit exemple, ma municipalité de 15.000 habitants comprend un maire et 6 conseillers, qu'ont ne voit réellement qu'aux élections, un maire et trois conseillers seraient ils pas assez !!!
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  • Jean Richard - Abonné
    16 novembre 2011 10 h 06
    L'AMT, c'est la banlieue
    « L'autre réalité, poursuit-il, c'est que sur l'île de Montréal, et particulièrement au coeur du centre-ville, le réseau est très bien développé. » dixit le p.-d.g. de l'AMT. Voilà qui résume bien la vision banlieusarde de l'agence.

    Ça fait des années que les maigres ressources disponibles pour le développement des TEC ont été entièrement déployées en banlieue et tout ça, avec de maigres résultats. Pendant ce temps, contrairement à ce que pourraient laisser croire les propos de M. Gauthier, les TEC sur l'île se sont tout simplement détériorés, à commencer par des autobus de plus en plus lents, coïncés dans des bouchons toujours plus nombreux et ensuite, un métro de plus en plus saturé, qu'on a prolongé vers une ville de banlieue qui refuse d'en assumer les coûts et qui pourtant contribue à son sur-achalandage. On a prolongé la ligne orange vers Laval sans s'assurer que la qualité du service serait préservée pour les usagers de l'île. Or voilà, les gens de Villeray, Rosemont, du Plateau ont vu justement le service se détériorer et les tarifs augmenter.

    Amener un banlieusard vers les TEC et l'y garder, coûte très cher. En comparaison, empêcher un usager des TEC sur l'île de délaisser ces TEC pour se tourner vers la voiture, car ça, ça existe et l'AMT ne le dira jamais, ça n'en coûte qu'une mince fraction du prix. En détournant toutes les ressources vers la lointaine banlieue, on finit par oublier qu'il y a dans l'immédiate périphérie du cœur de la ville des gens qui se tournent vers la voiture, la détérioration du service en étant en grande partie la cause.
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