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    Des audiences pour «élaborer un aménagement cohérent»

    24 septembre 2011 |Claude Lafleur | Montréal
    La Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) tiendra dès la semaine prochaine des audiences publiques à propos de son Plan métropolitain d'aménagement et de développement. Ce plan vise à définir ce que sera le Grand Montréal des années 2030.

    «Rien de plus normal à ce qu'il y ait un plan d'aménagement, puisque toutes les grandes régions métropolitaines du monde en ont un, lance Marcel Côté, coprésident (avec Claude Séguin) du Groupe de travail sur les enjeux de gouvernance et de fiscalité de Montréal. Toutefois, il estime que ces audiences seront l'occasion pour certains politiciens «de chercher à se faire du capital politique!»

    «Le but du plan, poursuit-il, est d'élaborer un aménagement cohérent de l'espace dans l'ensemble de la région métropolitaine.» La Communauté métropolitaine de Montréal — le Grand Montréal qui englobe les banlieues autour de la ville-centre — n'ayant été instituée qu'en janvier 2001, c'est la première fois qu'on élabore un plan d'ensemble couvrant plus de la moitié de la population et de l'activité économique du Québec.

    Il a fallu à la petite équipe de fonctionnaires de la CMM beaucoup de temps pour régler tous les problèmes, relate M. Côté. «Après des années de travail et de consultations, le Plan métropolitain d'aménagement et de développement (PMAD) a pu enfin émerger», dit-il. Ce plan fera l'objet d'assemblées publiques qui auront lieu du 28 septembre au 20 octobre sur l'ensemble du territoire de la CMM, avant d'être finalement adopté au plus tard le 31 décembre.

    La CMM regroupe 82 municipalités, comptant 3,7 millions de personnes réparties sur 4360 kilomètres carrés de territoire. Étonnamment, 51 % du territoire est classé agricole. Le problème de fonctionnement que rencontre quotidiennement la CMM vient d'un déséquilibre marqué dans la répartition de la population. Ainsi, Montréal, la ville-centre, représente à elle seule, avec ses 1 677 000 habitants, plus de 45 % de la population de la CMM. En y ajoutant les deux autres grandes villes — Laval (400 000 habitants) et Longueuil (235 000 habitants) — on rassemble 62,5 % de la population. Toutefois, ces trois villes ne comptent que pour 16,5 % du territoire. C'est dire le déséquilibre que vivent les 79 autres agglomérations lorsque vient le temps de discuter d'aménagement du territoire.

    «Pour toute région métropolitaine, enchaîne Marcel Côté, se pose le problème classique de l'étalement urbain.» Si on avait bénéficié d'un plan d'aménagement il y a vingt ans, celui-ci aurait probablement restreint cet étalement urbain, estime le coprésident. «On n'aurait probablement pas développé le service "en étoile" des trains de banlieue comme on l'a fait», dit-il. Montréal est d'ailleurs une ville étoilée, puisque quiconque en banlieue désire se rendre ailleurs que dans la ville-centre n'a souvent d'autre choix que de passer par celle-ci, de même que ceux qui ne sont que de passage dans la région métropolitaine.

    «Ce qui manque à Montréal, poursuit M. Côté, c'est une voie de ceinture comme on en retrouve une à Paris, par exemple. Montréal demeure une ville étoilée et continue de se développer de cette façon... vers Saint-Jérôme, vers l'est, vers le sud. Bien entendu, il y a des coûts à l'étalement urbain — des coûts d'infrastructures, de basse densité, etc.» Montréal est néanmoins l'une des grandes agglomérations les plus densément peuplées en Amérique du Nord, souligne aussi M. Côté.

    20 000 logements


    «Bien que le PMAD ait été élaboré après consultations, on savait que, le jour où il serait rendu public, il y aurait de la controverse, poursuit le coprésident du Groupe de travail sur les enjeux de gouvernance et de fiscalité de Montréal. Il y a de la controverse parce que vous vous trouvez devant des intérêts opposés.»

    «Ceux qui se plaignent — et ils ont peut-être raison, je ne prends pas parti là-dedans — ce sont les villes de banlieue qui disent que le plan est trop restrictif. Celui-ci recommande qu'il y ait peu de dézonage de territoire, mais les villes de la banlieue disent qu'elles n'ont pas assez de terrains pour assurer leur développement industriel, commercial et résidentiel.» Or il faut voir que l'économie de ces villes dépend en bonne partie d'une croissance soutenue de la population. «Pour ces villes, 10 000 ou 15 000 nouveaux logements, c'est beaucoup», indique M. Côté.

    C'est ainsi que, à l'occasion des audiences publiques, on devrait assister aux positions traditionnelles des villes, prédit Marcel Côté. «Il s'agira surtout des élus des banlieues qui contesteront le plan, dit-il. Ils diront qu'il y a des mesures trop restrictives et que, si on applique ce plan, on s'en ira directement vers une calamité... Et vous verrez les villes-centres qui voudront encore renforcer le plan!»

    Or, tout compte fait, «on se bat pour à peu près 20 000 à 25 000 nouvelles maisons par année», sur les 1,55 million que compte la CMM. «C'est l'enjeu: 20 000 logements par année, insiste M. Côté, où seront-ils construits?»

    Normalement, si on veut préserver l'équilibre actuel, près de la moitié de ces logements devraient être construits sur l'île de Montréal, ainsi qu'environ 10 % à Laval et 6 % à Longueuil. «Mais les municipalités des banlieues ont besoin de beaucoup plus que ce qui reste pour assurer leur développement, relate M. Côté. Encore une fois, on parle d'étalement urbain... Vital pour les uns, mais coûteux pour les autres.»

    Or, selon lui, le véritable enjeu à débattre devrait plutôt être celui-ci: devrait-on doter Montréal d'une voie de ceinture afin d'améliorer la circulation et de limiter l'étalement urbain? «La bataille des 20 000 logements n'a pas grand-chose à faire avec la qualité de la vie d'un peu tout le monde, tranche-t-il. Il s'agit plutôt de politiciens qui veulent se faire réélire localement!»

    ***

    Collaborateur du Devoir












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