Le secteur agroalimentaire demeure un levier économique majeur
« Les décisions qui seront prises devront être claires »
Le projet de Plan métropolitain d'aménagement et de développement (PMAD) de la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) s'engage à prendre en compte la donne de l'agriculture dans le cadre de son déploiement. Plus largement, la question qui se pose ici est la suivante: comment concilier le zonage agricole et ses enjeux avec l'urbanisation? Bernard Ouimet, expert à la retraite, a accepté notre invitation afin d'y voir plus clair.
La documentation du projet de PMAD met la table du volet agricole par l'entremise de chiffres et de constats. Ainsi, la région métropolitaine de Montréal se distingue des autres métropoles nord-américaines par la présence d'une zone agricole couvrant 58 % de son territoire, soit 220 567 hectares. Plus précisément, en 2010, la présence du zonage agricole représentait 4,1 % à Montréal, 29,4 % à Laval, 33,3 % à Longueuil, 70 % dans la banlieue nord et 37,4 % dans la banlieue sud.
De 2001 à 2006, on a constaté une diminution de 6 % de la superficie des terres en culture. Pour la même période, la valeur de la production agricole à l'hectare a augmenté de 15 %, cet écart s'expliquant notamment par la présence de sols de grande qualité et par la proximité d'un marché de 3,7 millions d'habitants.
L'ensemble du secteur agroalimentaire métropolitain demeure un levier économique majeur du Grand Montréal, précise la documentation. Plus des deux tiers des activités de transformation alimentaire de l'ensemble du Québec se déploient à l'intérieur du Grand Montréal. À lui seul, le secteur agroalimentaire représente environ 11 % de l'emploi métropolitain total.
«S'inspirant du bilan d'une expérience tentée par la MRC de Roussillon, indique-t-on plus loin, le projet de PMAD favorise la réalisation de plans de développement de la zone agricole à l'échelle des MRC. Une telle planification contribuerait, entre autres, à la mise en valeur du potentiel agricole et au maintien d'une stabilité aux entreprises agricoles sur deux volets: le plan territorial par l'accès à des sols de qualité et à des coûts compétitifs et la possibilité d'investir dans l'amélioration de leurs terres suivant un horizon économiquement acceptable.»
Enfin, dans l'optique du PMAD, la CMM vise une croissance de 6 % de la superficie des terres en culture d'ici 2021, soit un retour à la superficie cultivée en 2001, notamment par une remise en culture des terres en friche. Cet objectif permettra de favoriser la mise en valeur des terres agricoles, tout en minimisant les impacts négatifs sur les bois métropolitains. «L'augmentation des superficies cultivées devra toutefois tenir compte des préoccupations métropolitaines relatives au développement durable, notamment les objectifs métropolitains pour la protection des bois, des milieux naturels et de la qualité de l'eau (bassins hydrographiques)», tient-on encore à préciser.
Réflexion
Bernard Ouimet, qui a consacré 17 années de vie professionnelle au zonage agricole, dont dix ans comme président de la Commission de la protection du territoire agricole du Québec, soit de 1994 à 2004, et qui est l'auteur du rapport intitulé Protection du territoire agricole et développement régional; une nouvelle dynamique mobilisatrice pour nos communautés, admet l'urgence d'agir: «Écoutez, le Grand Montréal est l'épicentre des enjeux d'harmonisation entre l'agriculture et l'urbanisation au Québec. On peut ici parler de plaques tectoniques qui s'entrechoquent. D'un côté, vous avez d'excellentes terres agricoles avec une immense superficie, et de l'autre, un territoire qui doit demeurer concurrentiel et attrayant à l'échelle des grandes agglomérations en Amérique du Nord. Un territoire qui a besoin de croître [sur le plan de l'urbanisation et de l'industrialisation]. Près de 50 % de la population et des emplois au Québec se retrouvent dans la région du Grand Montréal, dont le PIB représente aussi près de 50 % de celui de la province. On y retrouve 82 municipalités réparties dans 12 MRC.»
Encore des chiffres
Il présente d'autres chiffres qui mettent en contexte le projet de PMAD, dont le déploiement s'échelonnera sur une période de 20 ans, au titre de ce qu'il appelle le choc des plaques tectoniques. «D'ici 2031, on estime que la population de la CMM aura augmenté de plus de 530 000 personnes, 320 000 ménages, en plus de la création de 150 000 emplois. C'est important, ça, sur le plan urbanistique.» En résumé, dit-il, l'idée est de réussir «à concilier les besoins de développement du Grand Montréal avec la protection des meilleurs sols agricoles en assurant leur mise en valeur dans un contexte périurbain».
Concrètement, poursuit l'expert, «cela consiste à mieux maîtriser l'urbanisation, à optimiser l'utilisation de l'espace dans les périmètres de l'urbanisation ou le périmètre métropolitain. C'est important à considérer, sinon l'agriculture recule tout le temps, c'est un fait presque inexorable: l'urbanisation mange les terres agricoles. Le lien, donc, entre l'urbanisation et la protection des terres doit être vu comme des vases communicants. En clair, mieux maîtriser l'urbanisation se traduit par la consolidation des espaces urbanisés; cela veut dire densifier selon les caractéristiques des milieux, bien sûr, ça veut dire requalifier des secteurs, ça veut dire planifier le transport et l'aménagement, etc.»
«Tout cela est complexe, admet M. Ouimet. Ce sont de grands enjeux, et les décisions qui seront prises devront être claires. Mais je demeure optimiste. Ce plan est très intéressant, il voit à long terme. Et, pour que cela réussisse, tout le monde, et j'insiste encore, tout le monde doit faire sa part, tant le gouvernement, la CMM, les MRC, les agglomérations que les municipalités.»
***
Collaborateur du Devoir
La documentation du projet de PMAD met la table du volet agricole par l'entremise de chiffres et de constats. Ainsi, la région métropolitaine de Montréal se distingue des autres métropoles nord-américaines par la présence d'une zone agricole couvrant 58 % de son territoire, soit 220 567 hectares. Plus précisément, en 2010, la présence du zonage agricole représentait 4,1 % à Montréal, 29,4 % à Laval, 33,3 % à Longueuil, 70 % dans la banlieue nord et 37,4 % dans la banlieue sud.
De 2001 à 2006, on a constaté une diminution de 6 % de la superficie des terres en culture. Pour la même période, la valeur de la production agricole à l'hectare a augmenté de 15 %, cet écart s'expliquant notamment par la présence de sols de grande qualité et par la proximité d'un marché de 3,7 millions d'habitants.
L'ensemble du secteur agroalimentaire métropolitain demeure un levier économique majeur du Grand Montréal, précise la documentation. Plus des deux tiers des activités de transformation alimentaire de l'ensemble du Québec se déploient à l'intérieur du Grand Montréal. À lui seul, le secteur agroalimentaire représente environ 11 % de l'emploi métropolitain total.
«S'inspirant du bilan d'une expérience tentée par la MRC de Roussillon, indique-t-on plus loin, le projet de PMAD favorise la réalisation de plans de développement de la zone agricole à l'échelle des MRC. Une telle planification contribuerait, entre autres, à la mise en valeur du potentiel agricole et au maintien d'une stabilité aux entreprises agricoles sur deux volets: le plan territorial par l'accès à des sols de qualité et à des coûts compétitifs et la possibilité d'investir dans l'amélioration de leurs terres suivant un horizon économiquement acceptable.»
Enfin, dans l'optique du PMAD, la CMM vise une croissance de 6 % de la superficie des terres en culture d'ici 2021, soit un retour à la superficie cultivée en 2001, notamment par une remise en culture des terres en friche. Cet objectif permettra de favoriser la mise en valeur des terres agricoles, tout en minimisant les impacts négatifs sur les bois métropolitains. «L'augmentation des superficies cultivées devra toutefois tenir compte des préoccupations métropolitaines relatives au développement durable, notamment les objectifs métropolitains pour la protection des bois, des milieux naturels et de la qualité de l'eau (bassins hydrographiques)», tient-on encore à préciser.
Réflexion
Bernard Ouimet, qui a consacré 17 années de vie professionnelle au zonage agricole, dont dix ans comme président de la Commission de la protection du territoire agricole du Québec, soit de 1994 à 2004, et qui est l'auteur du rapport intitulé Protection du territoire agricole et développement régional; une nouvelle dynamique mobilisatrice pour nos communautés, admet l'urgence d'agir: «Écoutez, le Grand Montréal est l'épicentre des enjeux d'harmonisation entre l'agriculture et l'urbanisation au Québec. On peut ici parler de plaques tectoniques qui s'entrechoquent. D'un côté, vous avez d'excellentes terres agricoles avec une immense superficie, et de l'autre, un territoire qui doit demeurer concurrentiel et attrayant à l'échelle des grandes agglomérations en Amérique du Nord. Un territoire qui a besoin de croître [sur le plan de l'urbanisation et de l'industrialisation]. Près de 50 % de la population et des emplois au Québec se retrouvent dans la région du Grand Montréal, dont le PIB représente aussi près de 50 % de celui de la province. On y retrouve 82 municipalités réparties dans 12 MRC.»
Encore des chiffres
Il présente d'autres chiffres qui mettent en contexte le projet de PMAD, dont le déploiement s'échelonnera sur une période de 20 ans, au titre de ce qu'il appelle le choc des plaques tectoniques. «D'ici 2031, on estime que la population de la CMM aura augmenté de plus de 530 000 personnes, 320 000 ménages, en plus de la création de 150 000 emplois. C'est important, ça, sur le plan urbanistique.» En résumé, dit-il, l'idée est de réussir «à concilier les besoins de développement du Grand Montréal avec la protection des meilleurs sols agricoles en assurant leur mise en valeur dans un contexte périurbain».
Concrètement, poursuit l'expert, «cela consiste à mieux maîtriser l'urbanisation, à optimiser l'utilisation de l'espace dans les périmètres de l'urbanisation ou le périmètre métropolitain. C'est important à considérer, sinon l'agriculture recule tout le temps, c'est un fait presque inexorable: l'urbanisation mange les terres agricoles. Le lien, donc, entre l'urbanisation et la protection des terres doit être vu comme des vases communicants. En clair, mieux maîtriser l'urbanisation se traduit par la consolidation des espaces urbanisés; cela veut dire densifier selon les caractéristiques des milieux, bien sûr, ça veut dire requalifier des secteurs, ça veut dire planifier le transport et l'aménagement, etc.»
«Tout cela est complexe, admet M. Ouimet. Ce sont de grands enjeux, et les décisions qui seront prises devront être claires. Mais je demeure optimiste. Ce plan est très intéressant, il voit à long terme. Et, pour que cela réussisse, tout le monde, et j'insiste encore, tout le monde doit faire sa part, tant le gouvernement, la CMM, les MRC, les agglomérations que les municipalités.»
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Collaborateur du Devoir








